Jean-Michel Bazire, Yves Dreux, Pascal-André Geslin, trois caractères bien trempés. Les hommes de Kesaco Phedo, Nazla Valiere et Nouba du Saptel vous font rêver, pour savoir de qui vous êtes le plus proche, faites donc ce test !
1. Je circule sur la route nationale 32, soudain un tracteur convoyant des rouleaux de foin pénètre sur la voie que j'emprunte.
a) Je le dépasse sans souci
b) Je reste derrière, on sait jamais, mes rétros sont peut-être mal orientés, une voiture derrière moi tente peut-être déjà de nous dépasser. Finalement, je mets le cligno, mais jamais je n'ose sortir. J'arrive chez moi à la tombée de la nuit.
c) Je ne dépasse pas par la gauche, mais j'emprunte le chemin caillouteux à droite de la route. Je crève et finis dans le fossé, l'autoradio à fond.
2. Je bois un verre à la cool dans un café d'une ville que je ne connais pas. Une femme me regarde et me sourit.
a) J'y vais, j'attaque.
b) Je me dis que c'est dommage que je ne sois pas plus souvent dans cette ville, quand même. J'aurais pu vivre quelque chose avec cette femme, c'est bête...
c) Je me dis que je lui plais sûrement, qu'il me faut juste suivre la musique à présent. Je monte donc sur la table et chante "La belle de Cadix" en hurlant. Je ferme les yeux pour jouer "Born to be wild" en air-guitar, et quand je les rouvre, elle a disparu.
3. Je marche dans la rue, j'ai rendez-vous à la mairie et pour y aller, j'ai décidé de couper par le square, soudain je vois par terre un billet de 200 euros.
a) Je le ramasse.
b) Je me dis que cette fois, j'ai vraiment un bon parcours, et tout en me félicitant, j'oublie de ramasser.
c) Je deviens rouge à l'idée que la personne à qui ce billet appartient traîne dans les parages. Je chante à pleins poumons "La Belle de Cadix" pour me donner contenance. Puis je cours dans le square en criant "Footing, je fais du footing ! " et je fais tout le tour du square afin de saisir le billet à la volée, ni vu ni connu, héhé.
4. Avec mon billet de 200 euros, j'ai pu passer une supersoirée avec la femme que j'ai croisé dans le bar tout à l'heure. Elle est amusante et jolie, nous flirtons, on est chez elle, elle me demande de l'aider à se déshabiller.
a) Je l'attaque comme un demi-dieu de la chair, et la fait vibrer de partout. Néanmoins, juste au moment de la pénétrer, je pars inexplicablement au galop.
b) Je suis hypertimide. Je me planque à la corde et je bouge pas. Elle me fait peur, elle est trop jolie.
c) Je lui demande si ça la gêne que j'envoie un SMS à des potes pour leur dire que je suis avec une nana supercanon, puis si elle peut me prêter son téléphone car je suis à court de forfait.
Peu de fois lors de l'hiver courant me suis-je rendu au temple. Lassé des admirations, j'allais porter mon offrande au dieu cinoche, à mousmé livresque, à grand caniche conversation. Mais le temple, je le désertais. Le turf me semblait un joli désert dont Carlos décédé ne chanterait plus l'oasis. Puis, comme un adolescent surpris sur un banc public du square Mélanfeuille par sa première éjaculation alors qu'il se caresse négligemment la tige sous le futal velours en regardant une fontaine, je me suis retrouvé à Paris-Vincennes et j'ai été comme possédé.
Je feuilletais ma feuille hippique avant le France, que jouer ? Soudain, trois minutes avant le départ, le temps s'arrêta. Ma dernière heure était venue. Une cavalcade infernale venait à mes oreilles, quelque chose d'irrémédiable, d'infernal, de fatal. C'était le bruit du sol frappé en cadence amplifiée par Exploit CAF devant les tribunes : pour s'en aller rejoindre la voiture, JMB avait décidé de venir toiser la foule, mi-torero, mi-matamore, le long de la lice. JMB en avait plein les mains et il nous en a mis plein les oreilles. C'était l'évidence. L'inéluctable.
Ce moment que le parieur guette, ce but ultime, détruire le temps, déjouer la mort, la finitude, le pronostic, c'est l'orgasme, les grandes eaux, Paris noyé, la pulvérisation de tout, Hiroshima mon amour de p'tit cheval.
Parce qu'au fond les courses, ce n'est que cela. Tout ce qui précède la course, donc le pronostic, n'est que la tentative d'en finir avec le temps qui s'égrène. Pronostiquer, c'est déclarer que « cela » va arriver, cela et non autre chose, car en fonction du passé, des intentions, des capacités, il ne peut en être autrement.
Donc, poser : voilà, machin est sur untel, untel a battu bidulos du rib, bidulos du rib a mis son bonnet à grugrube d'or sur 2700, mais comme-là ça tourne à gauche, machin va venir en troisième épaisseur, et hop, là, posée la résolution de l'équation.
Entendre Exploit CAF, ce jour-là, c'était devenir Madame Soleil. Il n'y avait plus de liberté possible, plus de choix, il allait gagner. Point barre. La seule liberté qui nous reste était de le jouer ou non. Et surtout combien. L'oracle avait parlé, avait trotté. L'ange nous chuchotait aux oneilles ce qui fut, ce qui est, ce qui sera. C'était insupportable ; j'ai fui les tribunes.
Je me suis enfermé dans les toilettes, j'ai compté le nombre de lettres dans le titre de la chanson « Cot Cot Coin Coin », et j'ai mis ma baraque sur le quatorze, Grugrube d'Or.
Certaines courses sont pareilles à des ritournelles pop qu'on pourrait écouter mille fois de suite. J'ai revu une quinzaine de fois ce prix d'Amérique comme je peux le faire d'un morceau électronique, jazz ou classique, afin de comprendre sa structure. J'aime à connaître l'esprit qui ordonne l'œuvre d'art, or, après m'être ouvert à celui de l'Amérique 2008, réécouté sa mélodie, prêté attention à ses points de ruptures, tenté de comprendre pourquoi Opal a fait 2 par exemple (c'est-à-dire comment), je ne puis m'empêcher d'imaginer un remix qui est la course telle qu'elle aurait dû se passer sans son fameux passage déstructuré.
Revoyons la scène au ralenti.
Pourquoi Offshore Dream gagne t-il ? Parce qu'il est le meilleur, peut-être et même certainement, mais dans l'Amérique, une course qui barde autant, il faut avoir un bon parcours. Or, Offshore se trouve à la sortie du tournant final dans le dos d'Orla Fun. Seul son allié, Vercruysse du Corta figure encore devant. Avec eux figurent encore Opal Viking le revenant et Kool l'éclopé. Autant dire que c'est gagné.
Etre dans le dos d'Orla Fun, voilà la bonne position. Levesque la prend alors que, bloqué au centre, Pearl Queen commence à reculer. Là, il fait un petit coup de troisième épaisseur. Devant, Vercruysse du Corta se décale et se met sur deux lignes. Il reviendra se mettre à la corde, une fois Offshore calé, et hop in the pocket.
Or, tout cela n'est possible que grâce à l'accrochage. Sans cela Offshore aurait été bloqué au milieu, le wagon de trois n'aurait pas été aboli, la place de vainqueur de l'Amérique (en tout cas le meilleur parcours) aurait été occupée par… Jean-Michel Bazire.
Et là, nous passons de considérations esthétiques aux réflexions métaphysiques. Y-a-t-il une vie avant la mort ? Qu'est-ce que l'amour ? Pierre Vercruysse et Franck Nivard avaient-ils le rôle de numéro 2 ?
La course donnée à Exploit Caf par son partenaire fascine. Départ volant, le cheval est tout de suite bien placé, seconde ligne, il ne suit pas l'effort de Super Light, il attend, se laisse couvrir. Bazire se fait oublier alors que tout le monde cravache pour remonter et bien se placer, lui, opposé à la constitution américaine, invente le plan B : bien partir puis redescendre mais pas forcément par le jeu des relais. Le cligno est mis à droite à mi-course, dans la montée, pour prendre le wagon de trois qui se forme ainsi : Pearl Queen remonte tambour battant Kool du Caux suivi d'Orla Fun. Là, JMB quitte le sillage de Magnificent Rodney, lui-même derrière Offshore Dream. Il n'a plus qu'à attendre, encore, après tout Exploit Caf est un monsieur attentiste, il convient de le faire patienter au mieux, dans le salon, avec d'excellents boudoirs. Bref, la montée dans un fauteuil. Un bon gros fauteuil ; on va signer un gros contrat.
Mais l'accroc ne va pas tarder à saloper la casaque impeccable. Pearl Queen se rabat très vite et Duvaldestin veut absolument reprendre. Il veut le dos de Kool du Caux à son extérieur. Et là, pour saisir ce qui se passe, nous avons ce qui s'appelle un point de montage entre deux plans. A 2'05. Dans le plan précédent, nous voyons Kool se rapprocher très vite à l'extérieur de Pearl Queen, pourquoi ? Car Duvaldestin reprend, puis… changement d'axe, et on constate que Nivard ne vient pas tout de suite. Je compte 10 secondes entre le moment où Nivard est à hauteur de Pearl et celui où il se retrouve devant (alors que Pearl n'avance plus, d'où le ralentissement provoquant l'accident). Derrière, Orla Fun ne mettra que cinq secondes pour passer Kool alors qu'on a des vagues en raison du décalage de Meaulnes du Corta, devant.
Là, on peut partir en suppositions et friser le ridicule, mais lâchons-nous, et hasardons-nous à penser que c'est de la course d'équipe. Ou de l'hésitation. Que s'est-il passé derrière ? En tout cas, en « lambinant » avec Kool (n'oublions pas qu'il est diminué, donc l'effort violent n'était pas non plus recommandé), Nivard crèe un tremplin pour le cheval situé derrière son suivant immédiat. Nivard rentre dans le rang, Guinoiseau y va, il n'a pas le choix. Puis Nivard se redécale encore, à l'intérieur, derrière Meaulnes, un peu tassé par Levesque.
Nous sommes à Kourou. Le lancement de la fusée Ariane. Mais c'est Offshore Dream qui se retrouve mis en orbite.
En effet, JMB a dû faire un écart suite au ralentissement de Pearl Queen et à la pirouette de Magnificent. Le cheval s'est désuni, Nouba jusque-là dans ses roues doit virer sur sa droite et le passe mais la jument de Geslin, pas dans le mood, va encore freiner Exploit Caf. Le trou est fait. Irrémédiablement belge.
Béance encore agrandie par Pearl Queen, à la dérive, après ses efforts et ses départs volants. Nous sommes à la sortie du tournant. Meaulnes a fini de faire le gugusse sur deux voies et fonce à la corde, il se perd dans ses allures en une portion qui lui a déjà été fatale. Cinq fuyards. Offshore sort du dos rêvé d'Orla Fun, qui ne va quasiment rien lâcher. Opal prend le dos d'Offshore, tente de sortir mais Kontio saisit très vite qu'il ne peut battre Offshore et court habilement pour la deuxième place (qui sportivement incombe à Orla Fun, au parcours plus dur). Deux chevaux me semblent à l'œil finir aussi vite qu'Offshore Dream. Prodigious (qui quant à lui aura choisi la corde et donc va se bouffer Super Light qui recule et recule encore, Jean-Philippe Dubois aurait dû le prévoir) et… Exploit Caf.
Vraisemblablement, sans le hic, Offshore aurait pris le dos d'Exploit Caf (Nouba ayant montré sa limite actuelle, le wagon de trois aurait fini avec JMB) à moins que JMB ne décide de laisser sortir Levesque pour le filer, il y aurait une autre course possible et donc un autre remix, à partir de ces deux options. Connaître le gagnant me paraît une incertitude (Offshore a semblé avoir encore de la marge, préférence Offshore...), en revanche je n'en ai aucune sur le jumelé : les dieux de la drive.
Métaphysique, écrivions-nous. Le sport hippique transcende son spectateur : quand les mains ont la parole, les turfistes entendent des voix.
(Arrivée officieuse, sans accrochage, et absolument subjective :
1. Offshore Dream ... 2. Exploit Caf ... 3. Orla Fun ou Opal Viking 5. Prodigious.
Meaulnes du Corta aurait gagné si Pierre Levesque l'avait mené)
1. NEGRE DE DIGEON va gagner. Il les a tous battus cent fois.
2. PUNCH DE CHENU fait bien def4. J'espère que Duvaldestin aura la tête à l'Amérique au sulky de Pluto du Vivier. PATHWAY est à racheter, confié au vieux lion Jos !
3. PAOLA DE LOU n'a pas d'adversaire à sa mesure, ai-je l'impression.
4. OFFSHORE DREAM : tous les feux sont à Auvers-sur-Oise
EXPLOIT CAF : très régulier pendant les préparatoires, D4+JMB, il devrait améliorer son classement.
PEARL QUEEN : si elle n'est pas capricieuse, elle va se rappeler à nous... Très bonnes prestations récemment.
MEAULNES DU CORTA : peut gagner, ça dépendra du départ.
A mon avis, ça, c'est le trio.
NIKY : Il monte en puissance. Va faire 3,4 ou 5 suivant les défaillances.
NOUBA DU SAPTEL : si ça ne barde pas, elle a largement les moyens de bien faire. Mais son chrono sur la distance est supérieur à 1'14, je demande à voir. Si elle s'impose en moins de 1'13, ça serait magnifique pour le sport et les joutes à venir, mais je n'y crois pas trop.
KOOL DU CAUX : on le dit boîteux depuis sa course à la mort avec Kontio. Je passe.
MAGNIFICENT RODNEY : à l'attelé, il ne vaut pas du tout ça. Mais Jos sait démarrer et il peut lui donner un aussi bon parcours que Nivard dans le Cornulier, donc méfiance.
A part Exploit Caf, le gagnant fera de toute façon plaisir :)
5. QUEL AMOUR DUDEL, ILARIA JET et les Jean-Pierre Dub' sont mes favoris, mais je ne vois rien d'évident.
6. J'en vois 6 : MOQUEUR DU CAIEU (mais numéro 1) - MIAOU (sur la descendante ?) - OURAGAN DE CELLAND (pas de perfs sur la distance mais ça sent la course visée) - HAMBLE CROWN (pétri de talent, mais numéro 11) - OCEANO NOX (pas un gagneur, mais sera là) - NIJINSKI RODNEY (c'est de la balle, mais vient de rentrer)
7. NAZLA VALIERE (8) a les meilleurs chronos sur la distance. Elle peut gagner. NUIT TORRIDE (4) est transcendée. OASIS GEDE (6) a battu Olga du Biwetz D4 et enfin MICHKA (5). Les favos sont solides. Nazla GP, c'est pas mal.
8. LEONARDO GRIF (2) est le fils de Varenne. Il a toujours fini dans les trois et a été une fois disq. Le lot n'est pas composé de fleches, c'est une bonne base.
9. QUALINE QUICK (9) vaut Quintaescencia. QUATEVANA (10) a le meilleur chrono sur la distance. QUAMELARA (12) doit rester sage. QUALITY CHARM (14) bien engagé avec Jean-Philippe Dubois.
En décembre, j'eus l'occasion de faire un saut dans l'aimable cité phocéenne. J'en profitais pour aller jouer au con. Coup de vent à Vivaux. Coup de grisou à Borély. Une paye que je n'avais pas foulée la piste d'un hippodrome de province, réellement foulée, puisque j'en ai vraiment fait le tour, me pointant un vendredi à 14 heures avant d'apprendre sur place que les réjouissances auraient lieu à la tombée du jour. Profitant de la nonchalance qu'on peut avoir quand on visite un endroit qu'on ne reverra pas de sitôt, et du peu de monde sur les lieux, je m'étais glissé sur l'anneau de Vivaux. J'ai marché, c'était bon. Depuis, j'aspire à emprunter la grande piste pour vraiment savoir ce qu'est cette fameuse montée que Pierre-Joseph compare à l'Alpe d'Huez quand il a picolé trop de génépi, et qui, vu des tribunes, semble aussi douce qu'un creux poplité.
La visite ne s'arrêta pas là puisque le soir même, au gré des allées et venues, je me suis infiltré dans les écuries en me faisant passer pour Bernard Michel, le chroniqueur hippique de La Voix du Nord. Ah, respirer le crottin ; oh, sentir monter dans sa colonne vertébrale le rythme ternaire produit quand alentour le sol cimenté rencontre le sabot de l'être vivant.
J'ai vu les chevaux immobiles dans leur box, attendant sans moufter, impressions de sérénité en Olympie, concentrés comme des lecteurs, à la fois dans le monde et cependant bien loin. Un vrai petit bonheur bio.
Si je n'étais pas le patron d'une entreprise de fruits et légumes qui pratique l'import/export mondial (eh oui, www.mondial-legume.com, c'est moi) j'aurais volontiers arrêté ma carrière pour devenir lad. Mais il faut que je pense à tout l'argent que je gagne, je ne peux pas comme ça l'abandonner.
Autant l'an dernier, les préparatoires ne nous avaient rien montré (et donc un petit poucet, Offshore Dream avait su piquer leur promise aux prétendants), autant cette année les notes s'accumulent, et la course me semble limpide, non pour la victoire, mais pour le trio, disons.
Revoir les prix d'Amérique et de France précédents (sur youtube) permet d'entendre des noms qui semblent être du grec ancien, Java Darche, Ludo de Castelle…, j'ai l'impression que Nijinski Blue ou Notre Haufor peuvent rejoindre ces aînés, ce sont des jeunes reliques, ils sont barrés. C'est l'enseignement majeur, il y a les champions et les autres… En vérité, ils sont six à dominer outrageusement, et le vainqueur, voir le trio, et même à mon avis le multi se trouve parmi eux : Offshore Dream, Kool du Caux, Meaulnes du Corta, Nouba du Saptel, Exploit Caf, auxquels j'ajoute volontiers Kesaco Phedo.
S'il fallait en ôter un, je prendrai aujourd'hui le risque d'ôter la charmante. Il risque d'y avoir pas mal de train cette année, car Levesque n'a pas deux mais trois cartouches, n'oublions pas en effet que Niky est le compagnon d'écurie du grand Meaulnes. Hot Tub va aussi jouer de la tête et corde. Dans ces conditions, on risque de tourner sur le pied de 1'12'5, et le départ va s'avérer capital. Nouba ne domine pas ses contemporains comme ont pu le faire Jag de Bellouet ou General du Pommeau, elle n'a encore rien battu dans les grands rendez-vous, elle est avant tout une jument de 2100 metres, donc, là… avec un départ probablement médiocre, il va lui être difficile de profiter d'un temps suspendu pour produire son effort, il risque de ne pas y en avoir, va falloir être à bloc. Pascal Geslin a peut-être la jument pour gagner, quoique, mais il ne sait pas la démarrer, à ce niveau d'exigence sportive, les mauvais parcours se paient cash. Je ne vois pas trop à quel moment elle va pouvoir souffler pour disposer d'assez de reprise afin d'endiguer les rushes finaux de Kool du Caux, Offshore Dream, voir Exploit Caf. Gagner un prix d'Amérique, ou un France, est affaire de parcours. Kesaco Phedo aurait dû gagner le prix de France l'an dernier, s'il n'avait pas tiré le 9, il fait un truc monstrueux là-dedans, et le record de vitesse, c'est lui, dans cette course gagnée par Kool du Caux.
Les trois chauds favoris seront Offshore Dream, Kool du Caux et Meaulnes du Corta. Offshore et Meaulnes ont toujours gagné à la mode. Offshore n'a qu'un impair, sa défaite contre Ozio Royal, car il manquait d'un parcours. Là, il est super prêt, suffit de l'avoir vu déboîter hier pour se rabattre, comme un type au volant d'une BM dépasse trois Twingo sur la quatre voies, ou d'avoir en tête la manière dont il a explosé les O récemment, derrière l'autostart. L'incertitude, c'est qu'Offshore n'a jamais trop eu à lutter, on ne sait pas s'il a les tripes, le cœur, et c'est là, ce qui peut faire la différence avec Meaulnes du Corta et surtout Kool du Caux, dont on connaît le courage, on l'a encore vu hier. Offshore peut-il se défoncer s'il y a lutte avec Meaulnes et Kool ou est-il un fumeur de pipe ?
Enfin, Exploit Caf progresse logiquement, il est maintenant juste en-dessous des cracks, et va finir non loin du gagnant, il produit toujours des très bonnes valeurs.
Quant à Kesaco, il fut monstrueux dans le France ou dans son Amérique, D4, ce n'est pas le même (comme Offshore), je fais confiance à Jean-Michel Bazire pour l'amener au top le jour J, comme il a su le faire avec Ozio Royal pour le Critérium. Je pensais que JMB avait visé le Bourgogne, mais il ne l'a pas fait, il doit donc avoir son idée...
A un mois du jour J, le bon pari me semble être un trio : Offshore, Meaulnes, Kesaco, Exploit Caf en prenant Kool du Caux en base. Et encore Exploit Caf, qui a besoin de garder des fers aux antérieurs pour s'équilibrer, risque d'être un peu juste face aux ogres D4, il l'a toujours été... il sera probablement le quatrième ou le cinquième de l'Amérique. On peut s'arrêter à un trio Offshore-Kool-Meaulnes-Kesaco, emballé c'est pesé !
Pour les raisons précisées plus haut, je vois mal Nouba faire mieux que quatrième, je serai ravi de me tromper mais elle n'a jamais trotté sous les 1'14 sur un parcours de tenue…La raison et la passion s'opposent, cruauté du pronostic, mon cœur de supporter bat pour Nouba mais mon instinct de turfiste me conseille de la garder pour le prix de France !
A fond la caisse jusqu'au bord de la falaise, deux voitures, le gagnant étant celui qui s'extraira de l'auto le plus près du bord du précipice. Cette course, le critérium des 3 ans, visible à l'envi sur YouTube grâce à l'ami KingPresa, me fait inlassablement penser à La fureur de vivre. Jean-Pierre Dubois et Thierry Duvaldestin tous deux dans le rôle de James Dean. Qualita Bourbon dans celui de la voiture la plus sexy du monde. La fureur, donc, mais d'autres films encore. N'importe quel Eastwood, parmi les derniers. Ou Le Parrain. Cette course c'était l'histoire d'un père qui veut baisser le caquet à son fils quand celui-ci lui annonce que la charcuterie familiale, il va la transformer en boutique où on vendra des téléphones mobiles. Duvaldestin envoyant au casse-pipe son cheval pour terrasser le patron, renverser la structure paternelle, c'était aussi ridicule que le président de notre pays présentant sa nouvelle amie à Eurodisney. Un truc de culottes courtes. Sans avenir puisque l'avenir perpétuel. Enfin, fallait bien tenter quelque chose pour donner le change. Révolution, renversons les patrons, place aux jeunes, c'est nous les sans-culottes. Courtes. Et puis le Thierry, les Dubois-Baudron lui avaient piqué le dernier critérium qu'il pensait avoir à sa main avec Pearl Queen. D'où la vengeance. Il a tenté sa chance. Dont acte.
Le père et le fils, donc, à toute berzingue dans deux voitures de compétition. Et le troisième personnage, l'esprit saint, incarné dans une pouliche plus grande que la vie. QUALITA BOURBON. Un nom à n'écrire qu'en majuscules, un nom qu'on imprimerait bien en affiche géante sur le mur de sa chambre, pour n'avoir pas trop à se souvenir ce qu'est la classe quand on se réveille. L'enfant prodige. QUALITA BOURBON saute une classe. QUALITA BOURBON saute deux classes. QUALITA BOURBON passe son bac à 13 ans. QUALITA BOURBON sait conduire une Ferrari mais n'a pas le permis. QUALITA BOURBON, charmante jeune fille, sûre de son charme, prend la tête et joue à « Qui m'aime me suive » avec les garçons sur le parcours du critérium. Jean-Pierre Dubois, le sage, au cœur soudain retourné par une nymphette, qui repart au combat, démon de midi, ange de seize heures trente, comme dans « Un amour », le roman de Dino Buzatti.
Mon grand-père, ce héros. Qualita, l'héroïne, le shoot, le pur speed, qui lui a fait perdre les pédales. L'accélérateur enclenché, bloqué, la moumoute qui s'envole, le Franprix, le kebab, la laverie, la rue avalée comme une soupe aux poireaux, les formes et le sens des échoppes s'effacent au profit des couleurs des devantures. Au volant de QUALITA. Pur trip. Jean-Pierre Dubois qui parcourt le monde pour se coller le cul dans un sulky et parcourir encore le monde en deux tours de piste. Chapeau, vieux !
Longtemps je me suis couché de bonne heure. Aux alentours de 15 heures 30. Il faisait beau sur Paris. Les nuages découpaient une dentelle tendre dans le bleu des illusions. Un champion confirmé allait chanter la geste de tous les êtres beaux qu'on peut croiser par les champs et par les grèves. Puis soudain, il se faisait exploser par un petit roublard, un fake qui venait se la jouer authentique, un copiste de basse extraction, bref, un élève de Jean-Michel Baudouin tel que le "Mon Milord" qui dimanche dernier a humilié cul-nu le prince Nénuphar quand quelques mois plus tôt, le "Mon Milord" se traînait pour finir sixième à Questembert d'une course de baudets. Cela faisait plusieurs mois déjà que je ressentais en mon petit coeur (de Melun) que si les courses nous présentaient des femmes aux chevelures inédites pour nous dire que le bourreau de leurs coeurs portait la coupe mulet, je n'allais pas tarder à virer ma cuti (arrêter le turf, veux-je dire). Alors je suis allé me coucher, non sans avoir jeté auparavant un oeil sur l'historique de ce "Miaou", euh non, de ce "Ludo du Parc", euh non, de ce "Mon Milord". Il avait été acheté six sous il y a quelques semaines par M.Sébastien Moureaux, journaliste à Week-End et depuis, boumboum, quatre victoires, en rejoignant les boxes de M.Baudouin.
Je ne partirais pas en suppositions car M.Lemétayer, son précédent entraîneur-propriétaire, n'a vraiment pas de bons résultats avec son effectif, peut-être que M.Lemétayer n'est pas bon, après tout. Combien de chevaux superstars demeurent alors dans l'ombre parce qu'entraînés par des balourds ? Pourquoi, M.Moureaux, avoir jeté votre dévolu sur "Mon Milord" et pas "Ness de Sita" ?
Peut-être, après tout, que M.Baudouin est vraiment un magicien, je ne sais plus. En 1993, j'avais eu une amourette avec une jeune fille magnifique que j'ai croisé dix ans plus tard par hasard à Evry. Je ne l'ai pas reconnue tout de suite car elle avait dix ans de plus certes, mais aussi et surtout cinquante kilos, et des sacs Franprix à tous ses bras. Devant, à quelques metres, marchait son mari, en jean degueulasse, qui jouait avec les clefs de sa Twingo. Ce sale con portait la coupe mulet.
Vous vous demandez de quel maelström est sortie la mouche qui m’a piqué ces derniers temps, et avez songé à contacter mon hébergeur pour qu’il m’envoie une bonne camisole. J’ai même reçu par courriel la recette du tilleul-Xanax. Rien d’inquiétant, les mecs. Je regardais flippé nos dernières arrivées et j'en restais collé à mon fauteuil Everstyl, oubliant de descendre au bartabac acheter des allumettes avant la fermeture, alors il fallait que j’aille juste loin, très loin, chercher du feu sacré afin de rallumer ma clope.
Maintenant, je fume la pipe, et on repart tranquillou jusqu’au prix d’Amerique que gagnera Levesque, au France que Nouba fera sien, et au Paris, gagné par Mirage du Goutier à 99/1.
Et si autre chose se passe, très bien, place à la vie ;)
Je reviens de loin, mais je suis revenu. Et tiens, je suis même allé dimanche dernier à Auteuil. Vous le savez, je vais chercher dans les courses des métaphores de l’existence. Et si soudain, le monde me paraissait hideux et les courses leur reflet dès lors qu’O’Brian aligne 4 champions pour gagner l’Arc avec la vulgarité d’un Besson qui sort Taxi 4 dans 900 salles, histoire qu’il n’y ait aucune salle disponible pour les petits films inventifs, et bien le mano a mano Or Noir de Somoza/Princesse d’Anjou m’a soufflé et m’a redonné l’envie de retourner bosser.
Voici deux chevaux phénix, cramés, brisés sur les terrifiants obstacles de steeple d’Auteuil (faut aller à Auteuil pour assister au steeple depuis le troisième étage de l’hippo, pour les courses de haies on peut regarder Equidia) qui se sont recomposés tel Lionel Jospin reparti au combat en 2002 après avoir mordu la poussière en 1997. Une lutte absolument soufflante, au couteau entre les dents, et sans perdant, ce qui est très beau. Or Noir gagne, certes, mais la légende s’est inscrite là. Noblesse du sport ; Passion du ham.
Auparavant, je me trouvais au rond de présentation et j’avais trouvé Don Lino tout à fait touchant. Il avait l’œil de Dustin Hoffman dans Le Lauréat. Un petit gamin éploré devant une grande dame. J’ai joué sur lui et aussi sur Othermix, dont le physique, la robe sont proprement étonnantes. Il ne ressemble à rien, et ça me plaît.
Ils ont couru n’importe comment mais bon, depuis Prince d’Espace, Authorized, et tous les favos faux bond de ces dernières semaines, on voit bien que le turf galope cul par-dessus tête, un peu plus tard Mid Dancer invaincu en quatorze courses, se faisait toiser par le modeste Malikhan. Les courses me semblent manquer un peu d’architecture et de logique ces derniers temps. Un Remember Rose rafle tout au printemps puis s’écroule à l’automne comme un flan trop peu cuit. Alors je fais un pas de côté en attendant de retrouver petit à petit l’envie de danser quand la musique se fera davantage entraînante.
En repartant de l’hippodrome, j’ai marché le long de la Seine jusqu’à la Tour Eiffel. J’ai repensé à Or Noir et à la Princesse, et aussi à Yann Porzier, et à cuisiner des champignons, et le vent frais soufflait, vivifiant. L’hiver, enfin. Vincennes, Grosbois, le Cornulier, les préparatoires, les critériums… Je piaffe dans mon box, plein d’espoir !
Ne vous étonnez pas de me voir moins en ce moment, je travaille à de bons projets, et puis je suis là pour chanter les exploits des champions, les espoirs des parieurs. Dès que les courses reprennent leur sarabande céleste, vous me reverrez sortir du bois avec mon bouquet de fleurs en main et ma mandoline. Tant que des Mid Dancer ou des Prince d’Espace sont incapables d’être là le jour J, je préfère me retirer et m’abreuver à d’autres sources d’eau de nuage, l’argent reste dans ma poche, je parie des miettes et mange la baguette. Les textes sur les arrivées improbables, je les ai déjà écrits avec mon poème et mon roman-feuilleton, et je n'ai pas envie d'inventer une nouvelle forme, de la beauté, de la cuisse, du champion et de la noblesse et j'accours.
A très vite, j’espère !
Ce blog a un an. Musette et hautbois, cotillons et fanfreluches, jarretelles et quatrains, muscat et embruns. L'an dernier, nous séchions les pleurs des nippones déçues par leur demi-dieu demi-cheval avec le pan de notre chemise à jabots. Cette année, nous nous dirigeons vers l'hiver avec l'impression que l'orchestre continue à jouer pendant que le Titanic s'immerge, mais ce n'est même pas le Titanic, plutôt une croisière Pascal Sevran.
La victoire de Dylan Thomas dans l'Arc a un goût de banane. On s'attendait à une cuvée majeure, Authorized premium, on a un petit cru de foire aux vins dans un hyper perdu sur une zone industrielle. La Française des Jeux a-t-elle gagné l'Arc ? O'Brian devait croire dur comme fer aux chances de ses champions Dylan Thomas et Soldier of Fortune pour inscrire en plus deux chevaux de jeu, mais la chance a compté, Authorized a tiré le numéro le plus à l'extérieur à la corde et s'est retrouvé piégé, en raison du grand train mené devant. Le parcours compte même au plus haut niveau, Kesaco Phedo a peut-être aussi perdu le dernier prix de France en raison de son 9 à l'autostart. Mais revenons à ce que nous avons vus, Kieren Fallon envoyant dans les cordes Zambezi Sun et Soldier Of fortune sans être sanctionné, un petit arrangement chasse celui du grand prix de Paris, les grandes maisons sont lustrées et le personnel touche le SMIC.
Est-ce afin de ne pas être l'homme du jour que dans la suivante, Fallon n'a pas sollicité franchement Yeats? Fallon est un grand bonhomme, O'Brien un habile metteur au point autant qu'un bon stratège, mais tous ceux qui aiment les courses car ils se sentent emmenés avec elles au sommet du mont Fujiyama, ont eu l'impression en cette fin de dimanche d'être chaussés de semelles de plomb.
Un malheur n'arrive jamais seul, et l'idéologie de l'argent roi fait feu de tout bois ces derniers temps tout en remuant ses bagouzes. L'homme libre, le turfiste, a un seul grand ennemi : la masse. Le pari mutuel, c'est jouer contre les autres, s'extraire de la mélasse en marchant droit dans ses bottes. La deuxième place de Youmzain (toujours battu de 4 longueurs par Dylan Thomas auparavant), Authorized limite pour une course D à Compiègne, Yeats en promenade à 1/10, à quoi bon se saper en milord pour assister au tirage du Kéno ?
Je voyais hier le premier ministre télécommandé François Fillon remettre une assiette dorée aux lauréats, et j'avais l'impression de me revoir à 5 ans jouer avec une figure Playmobil et une pièce de cinquante centimes. Applaudir une journée comme hier, c'est croire en 1788 que la royauté en a encore pour 250 ans.
La grâce, en extrapolant, on l'aura vue chez la revêche Mandesha qui a refusé d'aller au bout quand Soumi l'a sollicitée, laissant Fallon se ridiculiser en gagnant un Arc devant un dauphin de paille.
Mandesha, j'aurais une pensée pour toi samedi prochain tandis que les habitants d'ici communieront dans leurs nouvelles valeurs, car les français n'aiment pas le rugby, ils aiment la régression, ils aiment se couvrir la gueule de trois couleurs, porter des perruques débiles, encourager l'équipe de Bernard Laporte, l'ancien magnat des casinos qui tapine aujourd'hui pour les jambons Madrange, ils aiment Chabal car comme lui ils ne veulent plus de discours, ils aiment Michalak depuis que sa gueule est floquée sur des hamburgers et qu'ils peuvent déféquer du champion, ils aiment sur TF1 les plans de coupe sur leur président analphabète après un essai marqué en leur faveur, ils aiment les Néo-Zélandais quand ils font haka car les coutumes c'est super. Quand on leur demande d'ailleurs quelle est la coutume qui reliait les français, ils cherchent quelques longues secondes puis répondent avec un air ébahi le fait de regarder Benny Hill le dimanche à 20h10.
Comme toi, Mandesha refusant de faire ce qu'on t'ordonne de faire, je n'ouvrirai pas mon poste samedi prochain, j'emmerde la Française des Jeux et je ne peux cautionner une équipe qui n'a aucune stratégie, qui change de face à chaque rencontre et qui n'est que le bras désarmé de la propagande pour une vulgarité sans frontières.
Bravo au Royaume-Uni pour dimanche, puissez-vous nous plumer encore samedi !
Homme libre, toujours, tu parieras contre la masse.
Résumé des épisodes précédents : Ailton, ancien cheval de groupe, se présente dans un réclamer avec l'idée de se refaire la cerise. Jean-Pierre Dubois, quant à lui, amoureux, délaisse ses champions Quatre Juillet et Infinitif depuis qu'il s'est amouraché d'une Lady, propriétaire du cheval Que je t'aime. Il veut lui déclarer sa flamme un vendredi soir à Vincennes, après avoir fait gagner son cheval. Kevin et Dorothée, de leur côté, s'apprêtent à faire une surprise à leur père, Michel Bernoulle, ils se rendent à H&M pour lui acheter une chemise.
Episode 57 : Le fil du rasoir.
Ailton piaffait de colère au retour. Un quart d'heure plus tôt, l'entraîneur Baltromeï avait jugé bon de lire à Dominique Boeuf la lettre de Guy Moquêt au lieu de lui donner des consignes précises. Juché sur la selle d'Ailton, Domi avait alors été saisi d'une crise de tétanie au moment où le cheval s'apprêtait à donner sa pleine mesure. Sentant que Boeuf risquait la chute, Ailton trop bon avait dû se contenter de finir la course au pas de chasse. Au final, il finissait avant-dernier du réclamer.
C'était la honte pour cet ancien cheval de groupe. Ailton se croyait arrivé au fond du trou, mais il découvrait que même au fond du puits, il y avait encore moyen de creuser.
Pour Jean-Pierre Dubois, ce n'était guère mieux. Il n'avait réussi à étancher la soif de gagner de Jean-Michel Bazire. Son Que je t'aime avait dû subir la loi de Querido des Baux bazirisé. En observant la mine contrite de Lady O'Reilly au sortir de la deuxième, Jean-Pierre comprit in petto que lors de la nuit qui s'annonçait, il pourrait se la mettre sous le bras. Il appela le George V pour annuler la réservation de la suite "Bellino II", il regagna son ranch et demanda à sa gouvernante, Menda, de lui réchauffer deux croque-Dodu.
Si pour Ailton, c'était la totalité de l'existence qui semblait une impasse, JP quant à lui arrivait dans la dernière partie d'une vie immense, quasi-parfaite, mais deux éléments menaçaient cette perfection : son petit-fils se faisait piquer régulièrement pour dopage, ce qui pourrait mettre en péril la raison des succès de son élévage ; et Que je t'Aime ne parvenait toujours pas à en gagner une dès lors qu'il se mettait à son sulky. Les deux personnages, Ailton et JP, étaient intranquilles. Jean-Pierre se rêvait Jardy, au sommet du plus jeune au bel âge, Ailton se fantasmait Jordi, il avait goûté aux délices du star-system adolescent, sans recul, et n'était plus capable de rien, arrivé dans la force de l'âge.
S'inscrire sur Meetic n'avait rien donné pour Ailton, personne ne l'avait réclamé. Il était largué. Le langage SMS pratiqué sur les "tchats" lui était un sabir ignoble. Son avenir lui paraissait incertain. Allongé sur son lit superposé, il fumait des Gauloises Blondes en imaginant la tête qu'il aurait en se laissant passer la moustache. Puis il prit un cahier Clairefontaine à la première page duquel il traça une ligne verticale afin de limiter deux colonnes, dans la première il marquerait ses qualités, dans la seconde ses défauts. Si la seconde se remplît assez aisément, dans la première il ne put qu'écrire qu'il avait un talent certain pour réaliser deux colonnes d'égale distance sans l'aide d'une règle. Après s'être creusé la tête, il réalisa qu'il touchait aussi un peu sa bille dans l'art de cuisiner la poîtrine de porc. Cela lui faisait deux bons points. Il n'était cependant pas certain que ces dons particuliers suffiraient à retenir l'attention d'un employeur quelconque.
L'expert de la commission européenne débarqua subitement au début du cinquième paragraphe. Personne ne l'avait vu venir. Sa présence semblait toujours incongrue, il s'en accomodait très bien, l'expert de la commission européenne était en effet habitué à faire des passages éclairs autant qu'inopinés, à exercer des contrôles surprise, c'était sa profession. Sa hiérarchie l'avait par exemple catapulté samedi en Bosnie-Herzégovine puis lundi dernier à Enghien afin d'établir un rapport sur la régularité des courses françaises. De même que Jean-Pierre Dubois s'était retrouvé la semaine dernière au Canada, aux Etats-Unis, en France et en Italie pour y faire gagner des champions (à l'exception de Que je t'aime), l'expert parcourait la mappemonde pour dresser des procès-verbaux. Depuis combien de temps n'avait-il pas vu sa femme ? Passé avec elle une soirée ? Certes, la dernière fois qu'il s'était retrouvé à ses côtés, la phrase célèbre "Aimer, c'est regarder à deux dans la même direction" lui était revenue à l'esprit, mais c'est parce qu'ils regardaient un épisode des "Cordier juge et flic".
Arrivé au terme de la cinquième course, après avoir assisté à la défaite de Mandarino Blue et Romain Derieux, bouleversé par ce qu'il avait vu, l'expert quitta en hâte l'hippodrome d'Enghien-les-Bains direction Strasbourg, paniqué à l'idée que sa femme le trompe avec un turfiste. Il chopa un TGV Paris-Strasbourg et rédigea dans un wagon de première classe un rapport sans rapport avec la mission que lui avait confiée sa direction. Griffonnées dans l'urgence, les pattes de mouche seraient publiées la semaine prochaine sur un obscur blog édité chez Mongenie. Un sentiment d'oppression naquit en lui. Assis sur la banquette, lui faisant face, il avait comme l'impression d'avoir comme voyageur non pas un homme, mais un cheval, affublé d'une fausse moustache. Déraisonnait-il ? Prenant son courage à deux mains, il adressa la parole à son vis-à-vis, le voyageur lui répondit qu'il avait décidé de lâcher son job pour tenter de refaire sa vie dans le milieu de la Flammenkuëche.
Ailton, Jean-Pierre Dubois et l'expert de la commission européenne, destabilisés, espéraient que le week-end qui s'approchait leur apporterait des certitudes tangibles. C'était le week-end de l'Arc. Hélàs, le premier samedi, l'ancien leader de Manduro, Toylsome, s'était octroyé un groupe I à 50/1. Tous trois décidèrent sans se concerter qu'il fallait voir ici un signe de la diversité du vivant, que jamais rien n'était perdu, et qu'après tout, tant qu'il y a de la vie, il y a de l'espoir.
Quant à Michel Bernoulle, habitant Dreux, "tant qu'il y a de la vie, y a de l'espoir" était sa maxime favorite avec "On a beau dire, on a beau faire...", ce bon vivant jouait aux courses avec gourmandise, il n'était pas rare de le voir finir une réunion cul-nu à force de flamber sur Anthony Cardine, il avait joué sa chemise sur Toylsome, il en avait à présent 50 et songeait à en revendre quelques unes sur E-Bay, histoire de se payer un pantalon. En rentrant chez lui, ses enfants lui firent la surprise de lui offrir une chemise.
Après m'être connecté à "Mongenie", j'ai observé machinalement sur la page de droite de mon hébergeur de blog, les dernières mises à jour. En l'occurrence, un blog d'un ronchon nommé "Baisse du chômage" et un blog d'un patachon, "Passion Chats", je clique sur un troisième "Mes favoris", je m'attends à tomber sur le bestof Internet Explorer d'un généreux, las, le dernier article édité commence comme suit : LISER DES MAILS ET PARTICIPER VOUS ETES REMUNERER.
Ces dernières semaines, les pensées morbides font florès en mon ciboulot, le monde des chevaux me semble bien plus riche que la farce que perpétuent mes contemporains, et j'ai davantage de plaisir à traîner sur geny.com, même sans jouer par la suite, qu'à faire le con dans le monde comme il va. Les courses offrent une version sublimée, transposée et mise à distance, des joies et misères du fait de vivre en communauté. Faire le papier et tomber sur une évidence m'en apprend plus sur la nature humaine que la fréquentation d'un directeur des ressources vivantes ou d'un paraplégique ou d'un odieux cumulard (comme par exemple un directeur paraplégique des ressources vivantes).
Déprimé, je me suis liquéfié par les yeux tout à l'heure en tombant sur le profil d'« Ailton », vendredi dans la cinquième à Saint-Cloud. Quel destin que celui de ce cheval, voici un petit mec qui à l'orée de sa carrière (sa deuxième rencontre avec un hippodrome) a mis trois longueurs dans la vue d'« Ilie Nastase », dans le prix du Lude, et une et demie à « Earth Planet ». Quand vous commencez une carrière par ringardiser Nastase et par foutre une longueur et demie à la Planete Terre, vous avez la hargne, vous avez 21 ans, votre pseudo MSN c'est "Rastignac2000" et vous allez gagner Flushing Meadow l'an prochain, c'est couru.
A la course suivante, Ailton est donc inscrit dans un groupe III l'explicite "Prix des condés" mais il doit y subir la loi de « Midnight Beauty », les noms parlent d'eux-mêmes, si j'étais peintre, je reproduirais sur toile cette performance en la titrant "Allégorie de la jeunesse communiste révolutionnaire ne pouvant rentrer en boîte pour cause de tenue correcte exigée ".
Pauvre Ailton, il se voyait déjà en haut de l'affiche, flirtant avec le gratin, et s’est découvert une allergie à la cocaïne.
Le voici, revanchard, et il part à l'assaut d'un groupe I, le critérium de Saint-Cloud (le 12/11/06), sur son auguste dos, il fait grimper Victoire. Mais il finit aux choux, son envie toute personnelle de réussir s'étant métamorphosée en une très banale "rage de vaincre". Avant-dernier. Il a 26 ans, c'est déjà l'âge de la retraite pour les tennismen. Dans la rue, les enfants l'appellent Santoroooo et rient méchamment de lui en affichant des chiffons rouges en guise de muleta. C'est la déglingue. Il se met à la bière tiède et se fait réchauffer des raviolis au micro-ondes. Il a oublié le goût des arômes et saveurs, le matin, il mange à lui seul une boîte familiale de 1,2 kilos. Il demande de l’argent à ses parents pour payer son quotidien, à 26 ans il n'attend plus rien de la vie que quelques toasts au tarama le jeudi, et le droit de regarder les documentaires animaliers de la cinquième chaîne.
Ses quelques amis tentent de le bouger de sa mélancolie. On lui propose d'aller danser, une fois il accepte, or, ses pas sont gauches, il préfère faire canapé au moment du slow (le 29 janvier, il a fait 5/8 à Cagnes sur Mer). Allez quoi, Jeff, t'es pas tout seul, tiens, mets ton costume, on va aller au bal. Vous m'emmerdez, leur répond Ailton. Et voilà son père qui s'y met, son père c'est « Fly To The Stars », il lui passe un coup de bigo. Bouge ton cul ou j'te coupe les vivres, assisté va, lui dit cash son père, un homme de droite qui ne supporte pas les fainéants, vu qu'il a hérité de son propre daron, un bosseur.
Ailton ne veut pas froisser son Fly de père, il accepte la bonne place que son géniteur lui a trouvé au sein de son entreprise (il devra checker des listings), sans heurts, il y accumule donc les bonnes places au niveau listed. Mais la gagne, nenni et ses rêves de panache, de groupe I de s'évanouir, et il réalise que tout ce qu'il laissera à ses enfants, c'est une collection de VHS consacrée au Zébu et à la Zibeline quand il avait magnétoscopé sur la 5 une saison de la série documentaire "Z comme Z'Animaux". Il s'endort au travail. On le déclasse, fini les pince-fesses du comité d’administration. De toute façon, il n'était pas fait pour le grand-monde, il considère sa lignée, l'un de ses parents s'appelle « Aznavour » mais c'est sa mère. Ailton, de toute façon, c'est un prénom de sous-marque. C’est Elton à la mode Leader Price, un peu comme dans les magasins Netto où on trouve des boîtes de maquereau « Captain Couque ». Chienne de vie.
Voici Ailton comme répudié. Transféré au service archives de sa boîte (une course B), il s'y montre incapable (5eme sur 6). Le voilà névrosé plein-pot. Il est viré. Ses parents ne lui répondent plus au téléphone. Il doit quitter Paris. A présent, il vit dans un 12metres carrés à Paimpol, au premier étage d'un lit superposé dont il loue le rez-de-chaussée à Flora, la prostituée de la rue des Chartreux, qui y fait leur affaire aux marins de passage.
A trop entendre ahâner les mousses, il se dit bordel, ressaisis-toi Ailton, t'as que 28 balais, il s'inscrit alors sur Meetic pour changer d'air, rencontrer une Réunionnaise ou un pirate qui l'emmènera visiter l'Earth Planet qu'il méprisait autrefois. Et c'est ainsi que vendredi, il se présentera au départ d'une course à réclamer.
Voilà à peu près le type de rêveries auquel je me livre en feuillant mon turf… La semaine prochaine, je vous raconterai comment Jean-Pierre Dubois n’a conservé dans ses boxes que le cheval nommé « Que je t’aime », propriété de Lady O’Reilly, qu’il prépare depuis six mois pour la course de demain soir (R3. 202), afin de le faire enfin gagner et de dévoiler ses sentiments à la dame par ce subterfuge. Ca fait quatre mois qu’il la fait mariner à ne pas gagner, la dame se demande pourquoi Jean-Pierre s’est séparé de « Quatre Juillet » et a gardé au box son petit Que je t’Aime, m’aimerait-il se demande-t-elle anxieuse, demain, les deux seront dans l’angoisse et à 65 ans c’est encore plus beau, croyez-moi, ça sent le geste romanesque, la victoire et le palot avant le début de la troisième. Dites-le avec des chevaux.
>> Vendredi. R1. 503 Ailton. R3. 202 Que je t’aime.
Ceci est la retranscription d’une conférence donnée hier par Maître Hypo, devant 400 turfistes, sous le chapiteau des Marins Dodus, à Guingamp, lors de la journée inaugurale de sa tournée nationale « Le plan pour arrêter de perdre en moins de cinq jours ». Ouvrons les guillemets.
« Mesdames, mesdemoiselles, turfistes, bonsoir.
Vous êtes venu ce soir parce que vous en avez marre de perdre. Bien. C’est un bon début. D’emblée, je vous rassure : arrêter de perdre, c’est facile.
Posez-vous les questions suivantes... Quand avez-vous commencé à perdre ? Pourquoi ? Souvent, depuis votre plus tendre enfance de parieur, vous vous êtes habitué à perdre. Vous avez observé vos parents qui perdaient tous les dimanches, et vous vous êtes dit, adolescent, moi aussi je veux devenir adulte, moi aussi je veux perdre !
Et c’est ainsi, sans se méfier du loup qui attend au coin du bois, qu’on valide son premier ticket perdant, puis le second, etc.
Oui, au début, c’est dur, on crapote, on se dit que ce n’est pas raisonnable, et puis ça coûte de l’argent…
Mais on s’accroche ! Pour imiter les copains qu’ont la classe avec leur Bilto, et on s’habitue à la jérémiade... ah, il m'en manque un... ah, c'est pas de chance... En vérité, échec est le nom d’un aigle.
Et cet aigle, ah, je vais vous le dire au risque d’en blesser certains… cet aigle, ah… on se sent bien au chaud dans sa serre comme une tranche de pain dans son toaster ! PARFAITEMENT !
Soyez beaux joueurs, les mecs, vous aimez perdre, sinon vous ne valideriez pas autant de tickets déjà perdants.
Ce qu’il vous faut, c’est tromper l’habitude. Et pour commencer, vous allez faire quelque chose qui sera une première pour vous. Ensemble, ce soir, à Guingamp, vous allez répéter en boucle « Je dois perdre l’habitude de perdre, je dois perdre l’habitude de perdre, l’habitude de perdre comme le parieur lambda ». Allez-y ! »
Docile, le public répète le mantra en boucle. Une certaine transe gagne les rangs.Hypo avale une gorgée d’eau, puis, galvanisé par la foule derviche, quitte son pupitre pour arpenter la scène, micro en main.
« Tel le fumeur qui allume sa dixième clope de la journée sans crier gare, le parieur lambda valide son sixième quinté de la semaine par réflexe. Le quinté, le quarté, le multi, sont des démons créés par le PMU pour vous habituer à perdre (la salle applaudit, quelques « Bélingue, rendez l’argent ! » fusent, suivis de chuchotements : « Tu vois quoi, toi, demain dans le quinté ? »).
Hypo reprend :
« Le parieur regarde les partants de la cinquième, il voit que le favori est imbattable, car il a déjà battu dix fois l’adversité qui lui est encore proposée ce jour. Le parieur tente alors quatre chevaux en couplé gagnant, histoire d’être certain de foirer trois des six combinaisons de son ticket.
Le parieur se dit qu’il ne va quand même pas jouer ce favori gagnant sec pour gagner des queues de cerise. Il préfère faire une longue et perdre au moins la moitié des sommes qu’il jouera, en se disant qu’il est passé à côté du gros lot.
Le parieur est un homme pressé. Plutôt que de se donner trois mois pour multiplier son fonds de roulement par 10 en jouant serré, il préfère perdre son fonds tous les mois en jouant n’importe comment tous les jours. Et oui, voilà ce qui ne va pas dans ce pays ! »
Applaudissements. La main d’une jolie femme se lève : « Monsieur, peut-on dire que le parieur est un éjaculateur précoce ? ». Eclats de rire dans la salle. Maître Hypo se compose la face la plus sérieuse du monde, à moins qu’il ne le soit vraiment. En tout cas, sa voix semble plus dure que l’acier le plus froid.
« Non, car le turf est une activité onaniste. Si vous observez attentivement les gradins d’Auteuil, vous reconnaîtrez mille bonshommes se paluchant. La preuve en est que le turfiste préfère garder pour lui son tuyau que de le filer à une âme en peine. »
Eclats de rire. Certaines personnes de l’assistance sont évacuées par civière.
« Mais vous avez en partie raison, ma jolie, c’est parce que le turf est une activité onaniste que le parieur est dans 99% des cas un perdant. Il connaît le lieu de son plaisir. Son plaisir, mon petit chat, c’est imaginer qu’il va gagner, et non le fait de gagner.
Vous par exemple, mon beau palet breton, z’avez l’air bien mimi, autour de vous des