Ce blog étant lu par la crème de la presse hippique, le gratin des professionnels et le coulis de framboise des aficionados du turf en général, je m’en voudrais de crier « haro sur » et ainsi de désigner comme « baudets » quelques pilotes sur lesquels s’abattrait ma colère parce qu’on est jeudi.
Procédant par antinomie, j’aurai ainsi beau jeu de caresser dans le sens du poil quelques drivers exquis, pour éviter de griffer ceux que dans le jargon méprisant, on surnomme les « cochers de fiacre ».
Et puis, cracher son venin, c’est l’ordinaire des orvets.
Alors, tentons de rester dignes sur pattes.
Ceci posé, je vais néanmoins y aller franco. Me consacrant principalement au jeu simple, je réalise qu’à chance égale, un cheval (Kundun, par exemple) drivé par Franck Nivard n’aura tout simplement pas le même parcours que le même confié à Mlle. Johanna Lindqvist.
Puis je rêve en imaginant ce que Milord Drill ferait si Jean-Pierre Viel prenait son téléphone pour appeler un cash-driver au lieu du 3223 afin de choper les tuyaux de Bazire.
La drive est une démonstration de classe. Voir les feintes et passements de jambes de Levesque et Bazire un régal d’esthète. Il n’est guère étonnant que ces deux-là partent à des cotes donnant de l’ampleur au mot rikiki. On ne voit pas trop sur qui d’autre les gros parieurs pourraient se reposer. Leur palpitant monterait à 230 s’ils investissaient leurs baraques sur les fantasques Piton, Vercruysse, Verbeeck ou Dreux, malgrè toutes les qualités qu’on peut leur reconnaître, la constance n’est pas d’icelles.
Les cons, ça ose tout, dit-on, peut-être est-ce pourquoi si peu de drivers tentent des choses. Par peur de passer pour des andouilles, ils se tiennent à carreaux. Tristos.
Autre possibilité. Il existe une loi du milieu.
Jean-Michel Bazire, depuis son fameux « Déconne pas, Christophe ! », a été dévoilé comme le parrain du peloton. Ce qui expliquerait le fait que depuis que Gallier ne contrôle plus Jag, celui-ci retrouve régulièrement sa bagnole avec les pneus crevés.
D’après mes sources, Pierre Levesque, avec sa tête de professeur au collège de France, gagne autant de courses car les autres drivers le laissent filer, en échange il rédigerait les devoirs de maths de la marmaille Piton, des gosses d’Alain Laurent.
Jean-Pierre Dubois prête de temps en temps son coupé sport à Louis Baudron en échange de bons et loyaux services (de forme).
Franck Nivard, au beau visage d’informaticien débrouillard, a installé une versions crackée de Windows XP sur l’ordi de Pierre Vercruysse.
En 1992, Thierry Duvaldestin a prêté un peigne à Christian Bigeon.
C’est peut-être ça, les courses, aussi. Une trentaine de collègues de bureau qui taffent tous à Vincennes, se toisent et rivalisent, s’accordent et se désaccordent, se la jouent perso ou collectif.
Le trot attelé est une affaire de bonhommes. Au monté, il n’y a pas ce truc de combats de coqs qu’on éprouve parfois en regardant un 2100 autostart. Déjà, sans les sulkys, on ne visualise pas inconsciemment nos héros faisant les beaux au volant de voitures de sport.
La masculinité peut même parfois être un sérieux désavantage, quand il s’agit de prendre le dos d’un cheval monté par une cavalière aux hanches parfaitement dessinées.
Miss Goetz, Mam'zelle Morisse, Fantine Avoine ou Nathalie Henry n’ont pas ce genre de problèmes, d’où peut-être la main-mise des femmes sur le trot monté (ça, et le poids léger, et le talent surtout). Tout Grosbois connaît l’histoire de cet homme, jockey monté star dans les années 80, qui dût, pour lutter contre les filles, recourir à la castration dans le but estimable de continuer d’exercer son métier. Au Cornulier, on risque de bien se marrer.
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