Au fond, si j’ai touché le trio et cgp de l’Amérique, et si j’ai fini la réunion au resto de Vincennes à boire du champagne et du whisky en caressant les fesses des serveuses tout en pariant à coup de 100 euros, c’est la faute à l’habitude.
Vos journaux écrivent qu’une nouvelle génération arrive, incarnée par One du Rib et Offshore Dream, vos journaux écrivent n’importe quoi et dans mon journal extime, j’écris ici que le même fleuve coule toujours.
Le Cornulier a été gagné par Joël Hallais qui l’avait gagné dix-mille fois, dans le prix d’Amérique il fallait jouer Bazire et Levesque. Autant le dire, les amis, la Révolution est en marche !
Le Prix d’Amérique met en compétition non les 18 meilleurs chevaux (cette farce !), mais les 17 plus riches et 1 djeunz avec une tête de gagnant de Critérium Continental.
Qu’avaient à faire les vénérables Ludo de Castelle, Jalba du Pont ou Loumana Flor dans cette course ? La branlée qu’a collée Offshore Dream aux vieux bourges qui commençaient à nous pomper le jonc à force de se regarder fondre la madeleine dans la tasse de thé (je reprends mon souffle, oh, et puis non, je finis ma phrase dans la parenthèse). Cette rouste, cette envolée superbe, nous permet de nous interroger. Le prix d’Amérique n’aurait-il pas eu plus de gueule avec Exploit Caf, Oiseau de Feux, My Love Lady, Triton Sund, Riva Del Sole, Neutron du Cébé, Notre Haufor, Nouba du Saptel, Faliero AS, Pearl Queen, Prince d’Espace, et nos meilleurs tontons ?
A la place, on a eu pas mal d’ancêtres malheureusement pas au top en raison d’un programme trop exigeant (les 25 mètres de rendement) et paradoxalement anti-vieux (c’est-à-dire que les chevaux ne retrouvent pas un moral de gagneur quand on leur fait comprendre en trois courses que c’est super de faire un bout de ligne droite pour échouer cinq ou six).
Qui sont les types qui conçoivent de pareils programmes au Cheval Français ? Des vieux pleins aux as ! Des Bélinguo !
Les vieux friqués ont le pouvoir et nous ont infligés quatre préparatoires mortifères heureusement réanimés par la fougue du jeune Niky. Sacrés vieux barbons ! Elle est belle, leur Amérique, les seize croûtons les plus friqués de France + un qualifié aux points (Niky, probablement épuisé et pas defP le jour J) + un jeune qui a gagné au numéro plus du critérium continental.
Pourquoi ce nom, Prix d’Amérique ?
En Amérique, on confie plutôt facilement des responsabilités à quelqu’un de jeune, on lui donne sa chance et puis on avise, mais on tente le coup. En France, il faut tout un tas de relations ou de filières, d’études, pour y accéder et dans la majeure partie des cas, on reste où on est, les bourgeois se perpétuent, se refilant les bonnes places de père en fils. En France, on vit tous au SMIC et on revend ses cadeaux de Noël sur E-Bay. En France, on ne croit plus aux vertus simples des jeux à rendement modeste (le tiercé en désuétude), on est tellement accablé qu’on ne fait pas confiance à nos propres forces (le simple, le couplé, le trio, le papier bordel !), on se prosterne devant une tirelire de merde et des spots à la con, on ne croit plus en soi (c’est quasi-impossible dans un système pareil), alors on prie le hasard. En France, les riches courent l’Amérique en buvant des coquetels sans alcool, organisent des tirages au sort pour adopter de temps en temps un smicard parmi eux (euromillions, quinté+, jeux télés) et basta. En France, on fait si bien les choses entre vieux bourges qu’on fait croire que l’opposition politique, c’est un vieux bourge (l’octogénaire millionnaire de Saint-Cloud) ET SA FILLE (oui, sa fille, c’est-à-dire l’héritière, des bourges quoi). En France, on arrête de fumer et de braver la mort, le pain et les jeux suffiront. Enfin, le pain, ça dépend, la baguette est devenue degueulasse, alors nous, accablés, on achète des Baguépi à 1 euro 20. Pas le choix, on se fait acculer.
Donc, pour une fois, dans le prix d’Amérique, c’est un jeune à qui on a fait confiance (donc, à l’américaine) qui produisit l’étalage de classe réglementaire (Pierre Levesque aurait pu tenter de réparer Lhassa, après tout). De plus, il finit devant un futur grand de Vincennes, Franck Nivard. Et la pendule Bazire. C’est pas sorcier, les courses !
L’argent va à l’argent. Bazire et Levesque sont les meilleurs drivers, ils sont aussi les meilleurs préparateurs (avec Souloy, d’ailleurs Kool du Caux était def4 pour la première fois le jour J, Kazire defP idem), ils sont si brillants qu’ils sont remarquablement entourés, leurs écuries respectives sont ainsi les plus performantes, et les plus fortunées probablement.
Rien de neuf là-dedans depuis que le monde est monde. « Place aux jeunes », mort de rire. Place aux riches. Mais aussi, et sinon on ne s’intéresserait pas aux courses, place aux meilleurs, tant ces deux-là écrasent tout car ce sont aussi les plus rusés sur un sulky.
Allez, les amis, on y croit, la roue tourne, l’avenir est à nous ! Déchirons nos spots, transformons au fil des courses nos p’tits tickets de JMB, Levesque, Duvaldestin et Nivard en matraque, puis matraquons.
Vivent les courses, le sport hippique, et aux chiottes les vieux bourges, qu’ils se contorsionnent jusqu’à s’en pisser à la raie ! A bas les friqués, debout les freaks ! Jouons au plus fin, nous gagnerons. L’élégance, c’est nous, pas les quintés du lundi, les réunions deux, les tirelires et les peintres en sulky.
Et pour reprendre le nom du cheval le plus malheureux de ce dimanche (enfermé à la corde, il n’a pas couru) qui est aussi notre hymne du cœur : Vive le Liberty ! |