(le texte qui figure entre parenthèses est dédicacé à tous les enfants qui souffrent de malnutrition)
Lundi dernier à Paris-Vincennes, quelque chose d'inédit, "Tonkin de Bellouet" soit (et aussi "Réglisse Magic" ou "Rebecca Jet", pour bientôt), mais aussi des jolies femmes assises dans les travées. Encore quelques années de laisser-aller, et les moins farouches d'entre elles, oseront venir seules.
En tant que parieur bénéficiaire, je ne peux que rejoindre le camp des réactionnaires. Tout changement menace l'ordre établi, et donc cet inéluctable chemin que parcourt l'argent de votre poche à la mienne.
Samedi dernier, c'était l'horreur, "Sinko du vivier" était donné à 3/10 à dix minutes du départ de la dernière. Je m'attendais à le revoir tranquillement remonter à 2, mais non. Les turfistes avaient décidé de jouer intelligemment. Christophe Martens était déchaîné ce jour-là, ses deux minutes de sulky furent une ode au bob ricard, au tuning, et à la bagouze : au volant de sa BM, il narguait Nicolas Ensch en dodoche au lieu de classe montrer, un contentieux mâle avait dû se produire auparavant dans les vestiaires puisque Martens empêcha Revel d'Anama/Ensch de gagner la coupe en gênant le mammifère du sudiste (notez l'effort fourni pour éviter la répétition d'un mot que je n'ai pas encore écrit).
En flagrant dépit de cacouisme, Martens n'a pas empêché Sinko d'atomiser la concurrence. La prédiction prit corps, à un euro trente. Je ne comprenais pas comment cela avait pu se produire jusqu'à me balader lundi parmi les minettes. Si les femmes avaient décidé en mon absence de s'intéresser aux courses, leurs qualités de prudence les mèneraient inéluctablement à miser sur le bon favori, qu'elles choisiraient avec autant d'attention que leur garde-robe. A moyen terme, j'allais finir en calbut'.
De cela, j'eus pleine conscience en m'asseyant au milieu des gradins, tout en haut, et en prêtant l'oreille. Ici se retrouvent les spécialistes. Des mecs habillés en turfistes professionnels (reconnaissables à leur port du gilet de chasseur ou de photographe, reconverti en arsenal à tickets : poche tickets gagnants, poche tickets perdants, poche tickets en cours, la doublure intérieure étant dévolue aux chevaux sur lesquelles se portent des enquêtes), avec chronos et jumelles. Vous ne pouvez pas les louper, leur souci de se fondre dans l'objet de leur étude les conduit aussi à arborer la coupe mulet. Autour d'eux vous retrouvez en général des types sanguins, qui soliloquent sans comprendre ce qui se passe (par exemple, j'en ai vu un gueuler contre Bazire car le prince venait siffloter contre la lice avec "Tricolore Sport", le gueulard traitait le cador d'irresponsable, or ce geste désinvolte est coutumier du JMB confiant), ce type de comportement me semble hyper masculin et ce genre d'adversaires, en jouant serré, permet d'être bénéficiaire.
Et puis une mère ne jouera jamais la tirelire du gosse, alors que finalement...
Je me levais pour aller mettre le billet sur Tricolore Sport, le gueulard me bouscula, je lui suivis avec curiosité, il se dirigea à la tirette, retira quelques biftons qu'il déposa sur Tiki de Touchyvon. Dans la queue, derrière lui, j'annonçai le numéro du JMB.
Deux heures plus tard, je me payais un pantalon en alpaga avec la tirelire d'un gosse, la vie était belle.
Ce mardi soir, j'avais décidé de le passer dans mon bain.
Si le turf devenait féminin, doux et raisonnable, je m'en accomoderais.
J'extrapolais dans les vapeurs de chevrefeuille, un plan, à savoir comment j'allais inoculer à Honeymoon le virus, la laisser faire le papier, puis me lancer dans l'aventure du compte commun, avant de me livrer à une existence de total parasite.
On frappa à ma porte. Entrebaîllée. Une tête brune apparût. En zappant après son émission (un documentaire pontifiant sur les combustions humaines spontanées), Honeymoon avait vu sur Equidia que Soumillon se lançait dans le trot, et me demandait mes codes pmu.fr afin de l'encourager.
Allez, quoi, he's so cute, elle essayait de m'amadouer en offrant à mon corps humidé un peignoir dans le dos duquel resplendissait un Ourasi brodé. Sortant alors de ma torpeur pour manier le wi-fi de l'hôtel, j'en sus bientôt davantage :1,2/1 pour Soumi sur un cheval qui ne vaut rien ferré. C'était une opportunité à saisir. Il fallait faire vite. A la liste des partants, je jouais puis touchais Pile ou Face, le futur gagnant, à 6,20 pendant que Soumi, en larmes, trouvait consolation dans les bras de Pétochard, la mascotte de l'hippodrome de Cabourg.
Plumer les gamins de prolos, soit, mais aux courses, il ne faut pas oublier d'enlaidir les beaux gosses. |