La première fois que j'ai enlevé le soutien-gorge noir satin d'Honeymoon, j'ai été impressionné (comme on impressionne une pellicule cinématographique) par les quatre grains de beauté formant constellation autour de son téton gauche, bizarrerie d'autant plus sibylline que le sens de mon regard se portait spontanément vers son sein droit, mais se trouvait contrarié par une perversité m'appelant à remater l'autre et à tenter d'englober des yeux les quatre points cardinaux de ma future boussole faite femme réunis en un seul globe.
Evidemment, je vous parle d'autant plus aisément de la morphologie de ma copine de cheval qu'elle n'a aucune connaissance de l'existence de ce blog. A vrai dire, je ne peux imaginer comment elle pourrait être au courant que je narre mes hauts et ses bas, et découvrir notre site - amis lecteurs - à moins de taper le nom de son chien sur "google".
Mes statistiques observent en effet que les lecteurs viennent de plus en plus nombreux via le moteur google. Je profite de la tribune que m'offre "mongenie" pour saluer ainsi cet homme de Tourcoing qui tapa "balloches winner" vendredi dernier, ou cet autre, domicilié en Australie (si si) qu'une requête "olga gros tuyau" amena sur mon article consacré cet hiver à la gagnante du prix d'été. La stat' indique qu'il est resté trente secondes sur ma page mais ne précise pas s'il a fait son affaire.
Pour en revenir aux grains de beauté d'Honeymoon, il y a que la nuit dernière j'étais pris d'insomnie et je la contemplais, et je ne voyais aucune raison pour que son dos soit moins agréable s'il appartenait à une autre personne qu'elle. Je veux dire qu'elle pourrait être moins drôle et vive qu'elle aurait toujours des omoplates de bombasse. Et même un autre type que moi pourrait le regarder, ce dos, qu'il n'en resterait pas moins magnifique, il serait toujours lui aussi délicatement piqueté de beau en granules, et le mec pourrait être un salaud juste un peu rigolo. Je me suis levé pour prendre un verre de Pulco. Balloches regardait dans le salon la redif nocturne des courses sur Equidia en fumant un spliff.
Je me suis assis à ses côtés et j'ai tapé son bédo (ou je l'ai roulé avant, puis lui ai filé, c'est pas très clair, il était fort en tout cas), c'était la redif de vendredi. Quolt des Obeaux, muni d'oeillères de killer prend un départ volant avec Renault. Il laisse passer le meilleur dos, celui de Bazire, mais JMB a vu l'aisance de Quolt et laisse passer une demi-chance, puis aussitôt, et génialement, déboîte pour repasser devant, enfermant Quolt derrière le tocard.
Du grand art. Jean-Miche m'a encore foutu les foies sur ce coup-là. Le génie, il est là, dans ce geste. J'ai suivi la suite de la course, et vu combien Quolt des obeaux n'avait jamais eu le passage, toujours dans la boite, il finit huit ou neuf, sans avoir produit aucun effort, sauf pour se placer à l'orée du parcours.
Je me suis allongé à côté d'Honeymoon, toujours sur un flanc, et l'ai regardé respirer. L'angoisse montait, je me voyais à présent tel un Quolt dans le dos de la miche, croyant avoir choisi le parcours parfait mais mon amour était si grand (comme celui que je peux nourrir pour le spectacle hippique), mon parcours si impeccable, que je n'étais plus maître de mon destin. Qui sait si Honeymoon n'allait pas laisser passer un autre que moi, me délaisser bientôt pour un tocard genre un spoteur fortuné ou un cador plus marrant que moi, je me retrouverai peut-être dans cinq ans, cinq mois, cinq jours, dans le dos de Mimie Mathy, ou dans celui d'un type qui pointe à l'anpe.
Honeymoon s'est retourné en même temps que quatre points cardinaux, et m'a demandé : "tu ne dors point ?" (elle a appris le français dans Molière). Non, j'ai bredouillé, je suis nerveux.
"What are you thinking about ?", je n'ai pas voulu lui faire partager mon trouble, je lui ai dit que j'étais super triste pour Quolt des Obeaux. Elle s'est retournée, excédée, et s'est recouvert la tête avec son oreiller en plume d'oie, comme si elle en avait sa claque de mes histoires. Je me demande si j'ai pas un peu déconné. Il faut que je lui change les idées, elle commence à en avoir marre de me savoir à Vincennes.
Faut que je trouve un truc, sinon je sens que je suis bon pour Mimie Mathy. Demain, je l'emmène à Craon. |