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J'ai vu ma vie défiler très lentement en jeu simple gagnant
lundi 30 octobre 2006, a 03:28
Typologie du joueur

 Dans l’immobilier, vous avez deux types : le locataire et le propriétaire. Le locataire ne souhaite pas s’attacher aux choses, aime changer d’écurie, tandis que le propriétaire aura tendance à s’établir définitivement en un lieu. Le propriétaire apprécie la permanence, le locataire l’indépendance, deux philosophies bien distinctes donc. Aux courses, vous avez une multitude de paris, pour nous restreindre au jeu simple que nous privilégions ici (ce blog étant déjà suffisamment complexe), vous en avez deux : gagnant, ou placé (dans ce cas, votre cheval doit alors finir dans les trois premiers). Et bien, à partir de l’attitude, du choix de jeu et des résultats, je peux vous croquer en trois coulées gros les types de parieurs que vous pouvez croiser.

 

Aux courses, vous avez le gagnant, le loser et le bouddhiste.

 

Le gagnant recherche le gain d’argent et l’estime de soi par le jeu, il veut faire bouffer le cendrier aux autres parieurs (les courses étant un jeu mutuel, on joue contre les autres), il attire les jalousies, il est souvent seul (normal, nous ne sommes vraiment pas très nombreux dans le club) et doit donc abandonner toute vie sociale, sinon il se fait taxer à tout bout de champ par ses relations. Pire que tout, pour continuer à gagner, il doit vivre à la spartiate, se nourrir de salade fraîcheur, prendre soin de son palpitant et s’éviter tous les excès. Il doit en outre se taper la lecture de Tiercé Magazine. Bref, une vie d’andouille. Et pourtant c’est elle qui fait rêver les 99.5% des autres turfistes.

 

Le loser, quant à lui, existe version flambeur, version flambé et version flamby.

Le flambeur adore exploser son compte bancaire, c’est un paillard, un addictif, il monte souvent sur la table en chantant ABBA. Il mise gros puis encore plus gros. Le flambeur est versatile, vous êtes son meilleur ami à douze heures, et le pire des poisons à midi. C’est un obsessionnel, il déchire ses billets de peur qu’on ne les lui vole. Bref, il est fatigant, mais peut aussi se montrer délicieux comme Omar Sharif, sa figure tutélaire. Son animal-totem : le loup blanc.

 

Le flambé (qu’on reconnaît à sa tenue vestimentaire, à force de claquer sa thune dans des méthodes miracles, il n’a jamais eu de quoi se payer un numéro de Vogue Hommes) enchaîne les pertes et annonce qu’il se refera demain. Il conserve la foi. Mais Gagner, est-ce l’essentiel pour lui ? Que nenni. Quand le cheval du loser finit dans les trois, c’est une déception, il ne peut plus se livrer à son sport favori : chercher des excuses, incendier les commentateurs d’Equidia, accuser de corruption le personnel hippique.

Le loser aime pousser des gueulantes, mais surtout être différent (tandis que le gagnant essaye de se conformer à ce qui est, car seule la Vérité, l’Arrivée est payée aux courtines, et non le cheval monté par un écuyer Zavatta qui aurait dû finir dans les trois s’il avait eu un meilleur parcours).

Par une ruse de la raison, le loser sélectionne quasi-toujours celui qui ne sera pas là car il veut se singulariser des autres parieurs. Le loser va donc avoir tendance à chercher des grosses côtes, pour être différent, unique, lui-même, il préfère miser sur un placé à 30/1 qui lui rapportera 5 euros plutôt que de jouer gagnant sur le second favori à 5/1.

Le flambé aime toucher une fois sur trente, et ce jour-là il est le roi du monde. Vous l’aurez compris, on passe de très bonnes soirées avec lui sauf quand on décide de suivre ses jeux pendant une nocturne.

Vous avez des losers absolument joyeux et magnifiques, d’autres pitoyables et tristes ; mais je crois que ce qui les sépare vient de ce qui se passe dans leur vie extra-turfiste.

 

Le flamby joue un euro cinquante pour amuser la partie, et ce tous les cinq jours. C’est le parieur occasionnel, il fait des quintés, il est chiant comme la pluie. La proximité du Flamby peut s’avérer infernale, c’est le genre de gars qui vous alpague dans un pmu pour vous expliquer que Pieux est super et vous en parler pendant une heure car il a mis un euro placé dessus. On trouve parfois des poils de barbe dans le flamby.

 

Quant au bouddhiste, c’est bien simple, il est celui dont tous les chevaux arrivent quatrième quand il joue placé, et second quand il mise gagnant sec. Quand vous êtes dans ce cas de figure malheureux, ou vous devenez fou, ou vous virez zen, car vous comprenez que vous êtes quelque part l’élu. Vous faites le papier sérieusement, vous êtes certain de vous, puis la course se déroule et un cheval sorti de nulle part finit devant votre bourrin, détruisant vos rêves prestigieux. La première fois, ça enrage ; la seconde, ça énerve ; mais très vite, vous vous faites une raison. Votre cheval qui finit quatre, c’est con, à une place près, il finissait cinquième.

 

L’idéal est d’être soi-même un peu des trois, tout en conservant carrément une part non turfiste.

Hier, j’étais bouddhiste, je tentais des bras dont je ne savais s’ils étaient cassés ou vigoureux. Aujourd’hui, je suis loser en misant sur un canasson qui voit le poteau une fois sur quinze. Demain, je serai gagnant. Ou pas. Patron, remettez-nous ça !

 

dimanche 29 octobre 2006, a 02:42
Qui qui tire sur la bandelette ?

C'est dans un état fébrile que je vous écris, mes chers tous. Je sors à peine d'un séjour hospitalisé, j'ai en effet dû être opéré par un spécialiste dont on m'avait recommandé la drive du scalpel (la photographie ci-contre représente la talentueuse équipe du professeur Charlot, reconnaissable à ses yeux naturellement rouges) mais passons.

Il est des choses plus graves que ma petite personne, je pense notamment à l'annonce faite à Hypo de courses organisées dès 11 heures du matin à partir de janvier sur l'hippodrome de Deauville.

On y retrouvera ceux qui n'ont pas réussi à faire leur beurre pendant l'année, ces galopeurs seront punis et iront se peler les miches par temps neigeux à l'heure où Matin Bonheur s'achève.

Y a pas à dire, ça fait rêver.

 

Je me sens donc flagada, un peu comme le turfiste moyen dès 2008, convié à plancher sur les quatre réunions quotidiennes que nous concotera alors le PMU.

Suite à l'échec de Paris 2012, il semble que le PMU se soit fixé un nouvel objectif pour unir le peuple de France, Paris Mutuels 2012.

Dès 2012, il sera ainsi possible (d'après mon ami Bélinguier) de parier sur onze réunions par jour : on planchera dès l'aurore sur des courses de mulets à Saint-Quentin dans l'Aisne, et la journée s'évanouira à parier sur tous les hippodromes de France, ivres du jeu, nous finirons chaque nuit entre une et deux heures du matin par nous passionner pour un réclamer de sangliers ardennais à Vouziers.

 

Jésus multipliait les pains pour nourrir les affamés, Bélingue multiplie les courses pour se payer du pain Poilane.

 

Dimanche, hasardons quant à nous quelques mises sur Krataios, dont je vois qu'il a pris part au Jockey-Club à la côte de 6/1, et qui devrait là-dessus se placer dans un groupe III en dépit de sa rentrée et de son poids lourd.

Keepsake a fait une bonne rentrée, espérons que ça suffira pour renouer avec sa régularité demain. Quant à Lucky Charm, il semble fort joliment engagé. Trois courses, ça suffit pour une journée !

 

lundi 23 octobre 2006, a 03:51
SE RETIRER DEFINITIVEMENT DE LA VIE HIPPIQUE ?

C'est dans un lit superposé, au-dessous d'un enfant prénommé Théo, que j'ai repris mes esprits samedi matin, dans une maison pavillonnaire de Mondeville, en périphérie de Caen, portant une fausse moustache.
 Après un petit-déjeuner fort copieux que j'ai englouti comme un morfalou, et un bain brûlant où j'ai amadoué le jojoba, j'ai accepté la proposition de l'ami impromptu qui m'avait donné l'abri cette nuit-là, de me laisser en ville. Auparavant, je lui demandais l'autorisation de consulter mes e-mails, je n'en avais aucun, je zappais sur lastminute.com et me renseignai sur les prix des charters vers le Mexique. On faisait des promos sur l'Asie. Sur pagesjaunes.fr, j'apprenais l'itinéraire menant à l'hippodrome et j'y filais, après m'être fait déposer par l'ami devant la Fnac, pour faire beau.

En vérité, nu pieds, je m'en allais jouer mon va-tout.

Trois minables euros, voilà tout ce dont je disposais en tout et pour tout, même pas de quoi me payer à la fois une feuille hippique, le droit d'entrée et ne parlons même pas de parier. Bref, j'étais arrivé devant l'enceinte, ne sachant que faire, entrer ou non, y aller ou pas, comme un adolescent timide, ou comme un normand...

Plein d'entrain, j'échangeais quelques plaisanteries avec un retraité bonhomme qui vendait des Paris-Courses à la criée devant l'entrée située côté tribunes, Papipoil (c'est ainsi que l'appelaient les caissiers) me laissa négligeamment jeter un oeil aux pronos du jour. La déveine continuait, je ne voyais pas grand-chose de sérieux, seul Quellas, un poulain sur lequel Louis Baudron bâtit de beaux espoirs, pouvait passer aisément le poteau en vainqueur dans la dernière, il lui fallait battre le Bazire mais ça devait être jouable. Ce Quellas afficherait en final huit ou neuf euros gagnant, si je réunissais 100 euros d'ici la sept, ça me paierait un voyage à Bangkok, la vie en Thaïlande est peu expensive, je pourrai trouver un boulot dans une compagnie de pousse-pousse, gagner un peu d'argent en escroqueries diverses, apprendre à rouler mes propres nems, continuer à parier sur les courses françaises depuis Internet, et dans cinq ou dix ans, j'aurai probablement gagné de quoi payer un billet retour, et je reviendrai faire fortune dans les nems. Le panard.

Alors que je m'adonnais à ce qu'on appelle le daydreaming au pays de la Breeders Cup, la rêvasserie ; l'aigreur des turfistes autour de moi me monta au tarbouif. Leur allure, nerveuse sous le ciel brumeux ; leur pas, semblable au traquenard, courant puis marchant, certains filaient de guingois vers les courtines, d'autres s'y dirigeaient à pas chassés, faisaient la queue aux guichets puis arrivés face au préposé effectuaient marche arrière pour faire les cent pas sur la pelouse. C'est que Caen est plein de normands, et que ce peuple a fait de la remarque "p'tet ben qu'oui, p'tet ben qu'non" une véritable philosophie, la maxime guidant leur existence.

Des vapeurs de sueur âcre refluaient donc jusqu'à moi. Ca vociférait de partout, encore plus que sur un champ de courses ordinaire. Ces normands sont incroyables. Je suivais du regard l'un d'entre eux, que j'appellerais Doigts jaunes car il fumait des Maïs, je l'observais remonter une queue en maugréant, queue interminable, mais au bout de huit minutes, le voici enfin parvenu à décrocher son Graal, son regard affronte celui de la préposée, Ongles carmin. Doigts jaunes demande à Ongles carmin de lui faire un couplé gagnant trois-huit (ce qui est de toute façon une erreur, car c'est la combinaison que choisissent souvent les ouvriers, de sorte qu'elle est toujours écrasée d'argent et rapporte des queues de cerise ; la remarque vaut autant pour le trio des numéros cinq à sept, apanage des patrons de PME et de leurs secrétaires). Ongles carmin valide le 3/8 puis Doigts jaunes se tâte et lui demande de l'annuler. Il s'est ravisé, le tendre animal, il réfléchit (tandis que derrière lui grondent d'autres normands) puis décide de jouer plutôt 3/8. C'est la bronca derrière lui. Doigts jaunes regarde son ticket, se tourne vers son voisin pour lui demander son avis, et annule à nouveau son pari après la réponse de l'autre ("P'tet' ben qu'non, p'têt ben qu'oui"). Cela se poursuit jusqu'au turfiste suivant, qui éxécute la même parade. Spectacle fascinant qui me fit réaliser à quel point le caennais devait être influençable.

Aussitôt, mon prodigieux cerveau trouva comment profiter de la situation. Au diable mon ego, j'étais suffisamment bien dans la dèche. Plus le choix. Allez, on se lance. Je prenais sur moi et commençai à crier "Tuyau, tuyau, ils sont bons, ils sont chauds, qui n'en veut du tuyau ?". Rien. Pas une réaction. Je persiste... ma voix devient canaille, peu à peu elle évoque les vapeurs de graillon. Un homme louche s'approche de moi, cinquante ans, chemise beige, l'air sympa malgré tout mais physique mastoc, toutefois sa voix est proche de celle de Lionel Jospin : "T'as un cheval ? Allez, oh, donne-moi un cheval !". "Cinq euros, le tuyau" lui fais-je, avec une morgue de voyou, j'essaye de cracher par terre mais je n'ai pas l'habitude et le glaviot pend à mon menton. Le mec me dévisage bizarrement (sûrement que je dois l'impressionner) et lâche : "Ok, ça roule". J'empoche un billet de cinq et refile mon Baudron au Jospin mastoc.
Je m'écarte de lui, et reprends mon manège un peu plus loin, entonnant "Chaud les tuyaux" sur un air emprunté à Madame Cordy. Ca marche. Doigts jaunes vient à son tour, il me demande : "t'as un chaud chaud chaud, chocolat ?". Echange de bons procédés. Cinq euros contre Quellas, ça m'en fait dix. Le type repart jovial vers l'hippo. Je me donne pendant une heure, et je ramasse 210. Un panneau m'informe que Quellas est tombé à 5/1. Les gars doivent être en train d'appuyer mon bourrin au betting, me dis-je satisfait de l'aura que je dégage (sûrement dûe en partie à ma fragrance jojoba). Les turfistes n'hésitent plus, ils y vont par paquet de 100, c'est certain. Bon, pourvu qu'ils me le laissent à quatre, ça ira. Le temps passe, on en est à la cinquième, et plus personne ne veut de mon tuyau, on me répond que c'est trop cher, cinq euros, y a un Jacques près de la cabane qui le fait à quatre euros, qu'on m'dit.
Stupéfait, je me rends au coin indiqué. Doigts jaunes, ce félon, alpague le chaland en chantant qu'il a un tuyau sur la mélodie de "Strauss-Kahn, i va gagné". Il le vend quatre euros. Un attroupement se fait autour de lui, façon celui des joueurs de bonneteau dans le tunnel d'Auteuil après la dernière. Un rabougri (en fait, c'était Papipoil) s'extrait de cette meute et ameute à son tour : "Trois euros, trois euros, eul' tuyo !". On se presse vers Papipoil. Je l'achète pour vérifier, c'est Quellas, le mien. Et voici que derrière moi, j'entends à présent "Deux euros, deux euros, c'est du sûr, du couru. Chocolat, chocolat pour Papa !". Puis une autre voix, une troisième, tous le font à deux euros. Une cinquantaine de turfistes joue des coudes pour revendre mon intuition. Le cours de Quellas descend encore, il n'est plus qu'à un euro, et sur le tableau des côtes, je découvre ébaubi que Quellas ne vaut plus rien. Tous le bombardent. Son rapport probable tombe à 1 euro 30 pour 1 joué, la poisse.

Je rentre dans l'hippo, prélevant trois euros de mon écôt. Le monde extérieur, cet idiot frénétique, a semble-t-il réussi à pénétrer ces havres de paix que sont les hippodromes. Et voici une troupe de caritatifs baptisée "Les tuyaux du coeur" qui refile mon Quellas avec une bonne soupe. Dans la tribune Ourasi, Ongles carmin a déserté son poste, elle donne Quellas en échange d'une signature en bas d'une pétition pour libérer Ingrid Bétancourt. Le fantaisiste Barbouton improvise une pantomime appelée "Quellas, quel as !". Le collectif des sans-tuyaux organise une distribution de tickets supposés gagnants. Le tuyau a tracé sa route, faisant traînée de poudre. Des traders affluent aux courtines pour acheter du Quellas. Des mafieux se dirigent vers les guichets avec des valises pour blanchir leur argent sale. Des flamands, ivres de Red Bull, ont tracé dans leurs Corvette afin de parvenir à Caen avant la septième et jouer leur belle-mère wallonne sur mon canasson. Et du haut-parleur, j'entends Pierre-Joseph Goetz commenter : "Les amis, je n'aurai qu'un conseil, ruez-vous sur Quellas, les amis, qui me fait une impression magnifique ! Quand on s'appelle Quellas, on ne va tout de même pas finir deux". J'en oublierais presque la course. Coup d'oeil au tableau des cotations, Quellas sera remboursé. Je tente mon va-tout et joue mon pactole sur Bazire, que je n'ai jamais vu à pareille côte. Un commissaire donne le départ de la septième. J'attends, tentant d'afficher sérénité sur minois. Je m'abstiens de crier "Allez, Jean-Mi pousse-moi ça !" dans la ligne droite, pour sauver ma peau, mais c'est dur.

Sous les huées, Monsieur Bazire passe le poteau en tête sur Queila d'Any, toisant Quellas d'une tête, et j'arrache ma fausse moustache de bonheur. 100 euros sur un JMB à 730/1. De quoi me payer une opération de chirurgie esthétique salvatrice. De quoi me faire une nouvelle gueule pour revenir hanter les champs en toute quiétude, sans risquer d'être reconnu par Jean Barbou et Flavie Flament, et même garder un peu de gratin de côté pour offrir une nouvelle poitrine à ma mère. J'encaisse mon magot discrétos et regagne discrètement la sortie. J'entrerai à la clinique lundi, pour sept jours. Je ressortirai dimanche avec une nouvelle pure face, prêt à vivre de nouvelles aventures, écrire de nouvelles chroniques, méconnaissable et pourtant unique, prêt à porter partout la bonne parole du cheval. Cheval, mot si unique et précieux dans la langue française, qui pousse le bon goût jusqu'à ne pouvoir s'écrire en langage SMS.

A dimanche, les amis !

 

samedi 21 octobre 2006, a 20:04
LAST NIGHT IN VINCENNES

 

Hier vendredi, en fin de matinée, je recevais un appel de Flavie Flament herself. L'animatrice de "Vis ma vie" voulait savoir si j'étais toujours intéressé par participer à l'émission, suite à un malentendu (cf. Bilan de compétences), j'étais supposé souffrir de fritophobie et échanger ma vie pendant quelques heures avec une célébrité, en l'occurrence Alexia Laroche-Joubert, que je ne connaissais ni d'Adam ni du chanteur Dave. Mon compte en banque étant plus aux abois qu'une biche, je filais mon aval en échange d'un bon défraiement.

 

L'après-midi, je me présentais à l'accueil de la tour TF1 où, après avoir subi une fouille au corps, je pénétrais dans un environnement de plantes vertes, de Macintosh, de posters de Mougeotte et PPDA, et de tables de bureaux en tec.

On me mena vers le bureau 401 où je rencontrais Alexia qui, sans chichis, me fit la bise et alors je la reconnus tout de suite, c'était la jolie femme qui dirigeait la Star Academy. Pendant les émissions, elle s'attablait à côté des jurés qui tous, avaient une compétence en chanson (le chant justement, la danse, l'acting), Alexia, c'est celle qui danse à contre-temps et semble toujours en transes quand un jeune olibrius se déchire en reprenant du Sardou. Sa présence auprès des jurés doit signifier aux jeunes que pour réussir dans le chobisenesse, il faut aussi, outre une bonne voix, posséder de solides cloisons nasales. M'enfin, moi, je dis ça, j'dis rien.

 

19h00. Et c'est parti dans l'estafette TF1 direction Grosbois, avec deux caméras portées à l'arrière du van vers Alexia et moi, et la brunette qui me bombarde de questions : "Non, mais attendez, Hypo, pourquoi on va à Vincennes si vous êtes fritophobe ?". Comme j'avais déjà bossé pas mal dans les médias, j'inventais un bobard, cachant mon dessein véritable : empocher la thune de TF1 et m'éclipser discretos pour miser sur mes bons tuyaux. "Ben, euh, héhé, voyez-vous Alexia, vous verrez, c'est l'endroit rêvé pour un mec comme moi qui a la phobie des frites". "Trop délire" fit-elle, mais je pigeais qu'elle captait que fiffe à mon baratin. A vrai dire, il n'y avait aucun rapport.

Pour ne pas lui laisser l'occase de me chercher noises, j'enchainais direct : "Mais de toute façon, ce soir, c'est vous qui êtes fritophobe alors restez concentrée ". Tout en lui disant ça, je bloquais lourdement mon regard sur sa poitrine, en général, ça marche assez bien avec les femmes, elles se sentent affreusement gênées et vous prenez l'ascendant sur elles en passant pour un sale con, mais au moins, elles vous foutent la paix et, somme toutes, vous passez un bon moment. On discutait de tout de rien, des courses, de la Corée du Nord. A l'avant du van TF1, Luigi, le perchiste, annonçait qu'il voulait jouer Bazire dans la première, mais je le ramenais à la raison en lui disant que Nolaila, sur son critérium, serait fatalement dans les trois, et que North America avait brillé sur le parcours. Qu'il fasse un couplé placé des deux par 10 ou 20 euros et c'était tout bon. Alexia s'étonna mais je reprenais sitôt mon rôle de maniaque en lui déclarant qu'il y avait une drôle d'odeur dans le bus, et je détournais habilement l'attention du clan sur le contenu de leurs déjeuners.

 

Nous arrivâmes à Vincennes, le soleil était déjà couché et je transpirais la confiance, nous nous dirigeâmes d'un pas guilleret vers la buvette tenue par Jean-Claude, le garçon de café, je commandais une 16 que je vidais dans mon gobelet puis voulus me barrer vers un guichet pour jouer les trois euros qui me restaient sur mon couplé Nolaila/North America, quand Alexia et l'équipe me retinrent, par la manche en ce qui concerne Alexia qui hurla de plaisir, expression de jouissance manifeste saisie en plan large par Louis et gros plan par Kevin : "Waouh ! C'est trop génial ! Y a pas une barquette de frites !".

Effectivement, Vincennes ne proposait en nocturne que des panini-poulet.

Elle avait hurlé ça dans le hall, si bien que je devins rouge de honte, en m'apercevant que tous les turfistes que j'avais l'habitude de croiser, nous regardaient avec l'envie de nous découper en papillotes.

 

La course passa sans que je puisse mettre un sou vaillant, je devais rester à côté d'eux pendant l'enregistrement et Alexia me posait des questions, tout en allant spontanément s'adresser à des turfistes afin de savoir si eux aussi étaient là, comme elle, parce qu'ils n'aimaient pas les frites. Les mecs cachaient leurs yeux revolver sous leurs exemplaires de Week-end tout en me faisant des doigts d'honneur. Pendant ce temps-là, au château, des staracadémiciens répétaient "Shame on Me ".

Au moment où Nolaila et North America firent deux et trois, Luigi se ramena vers nous, rigolard, et c'est là qu'Alexia et les autres réalisèrent qu'il s'était absenté pendant le coup d'éclat de la Miss face aux sandouiches. Le son n'avait pas été enregistré, il fallait refaire la prise.

 

Luigi me fit un clin d'oeil, il venait de mettre 20 et d'en ramasser 320, il me remercia mais qu'en avais-je à faire, moi j'étais toujours puceau du soir. Je le félicitai et lui dis que je devais m'éclipser pour foutre la maison (trois euros, je n'osais pas lui dire que je ne pouvais parier que la maison de Toutou) sur Peggy du Cap Vert, la jument de Franck Anne qui finissait toujours dans les trois et pouvait gagner def des postérieurs, mais Alexia nous entendit et hurla : "Non, mais ça va pas ! Faut refaire la prise ! ".

Nous nous replaçons devant le bar et reprenons le même jeu.

J'ai à peine le temps de réaliser que ce salaud de Luigi nous avait encore abandonné, qu'Alexia me perce les tympans d'un "C'EST DINGUE, Y A QUE DES PANINI-POULETS ! ". C'est la cohue. Les turfistes commencent alors à nous insulter, à nous conseiller de jouer Nympho du poulet, et là, se produit l'incroyable.

Le service de sécurité se précipite vers nous, nous demande de les suivre et nous emmène au quatrième étage. Nous empruntons l'escalator, cerné par les pandores, et qui vois-je au sommet de l'escalier mécanique faisant un clin d'oeil aux garde-chiourmes qui nous cernaient ?

Mon idole, sa majesté Pierre Levesque au bras d'une jolie blonde qu'Alexia reconnaît immédiatement. C'est Elodie Frégé, une ancienne gloire de la Star Ac'. Alexia fait la bise à Elodie qui lui présente Pierre, et courtois, Pierre se dirige vers nous (l'équipe technique et moi) pour nous serrer la main quand elle lui dit : "Pierre, je vous présente Hypo, c'est un fritophobe".

 

Pierre Levesque retire sa main ("C'est contagieux ? Je préfère pas prendre de risques, surtout avant de driver Kalahari demain. Il doit me rapporter pas mal de patates", s'excuse-t-il), la mienne reste ballante et tendue vers sa direction, des perles de sueur gouttent à mon front, et face à mon idole, je bafouille misère. Elodie prend Alexia vers le bras et le groupe, les suivant, se dirige vers un salon privé.

Là, sous des lustres XVIIIeme, entourés de hamacs et de baldaquins en tissus précieux de Mésopotamie, les drivers se reposent sur ce que j'identifie d'abord au premier regard comme des fauteuils en cuir de vache, mais non, pas du tout, ce sont des vaches véritables. Pierre Levesque, rieur, nous explique que ce sont les charolaises les plus moelleuses de France, avant de rajouter "Un cadeau de Bélinguier".

Alexia fait la bise à toutes les compagnes des drivers. Yves Dreux se tient sur le balcon, devisant avec Jennifer, ils s'embrassent passionnément, à la suite de quoi c'est Jennifer qui se trouve serti de la fausse moustache d'Yves Dreux. Jean-Pierre Dubois fait la causette aux jumelles Feston (starac' 2003). Un tire-bouchon en bois rare voisine avec un débouche-oreilles en titane fringant. Dans un coin aménagé en dancing, Emma Daumas improvise un tango fougueux en regardant Pierre Vercruysse. Ailleurs, près d'un verre de Chablis, Philippe Daugeard, lové dans une somptueuse vache normande, fume le cigare en attendant la suivante, à ses pieds une staracademicienne que je n'identifie pas car elle fume également le cigare.

 

Alexia frappe dans ses mains, réclamant le silence : "Messieurs, vous n'auriez pas la chance d'avoir un si beau métier sans les parieurs qui vous soutiennent. J'aimerai vous en présenter un qui vous aime plus que tout, il est là, parce qu'il vous aime (elle se tourne vers moi, car son sens de l'improvisation est passable et qu'elle ne sait déjà plus quoi dire), allez-y Hypo, dites-le...". Je suis stupéfait, c'est mon quart d'heure de gloire, mes idoles me regardent, j'entends au septième ciel la voix d'Alexia ("Allez, donnez le meilleur de vous-même"). Je ne peux rien dire, j'aimerais juste témoigner de l'immense respect que j'ai pour eux tous, rassemble mes idées, et une, deux, pouf pouf, j'y vais, j'ouvre la bouche mais Alexia me précède et je l'entends dire : "cet homme a la phobie des pommes de terre frites". Le temps se retourne et l'espace se diffracte et le monde s'écroule dans le tonnerre d'applaudissements des drivers dont les maîtresses-chanteuses sortent leurs téléphones portables dernière génération pour me photographier et au même moment je vois par une vitre l'un de ces clichés s'afficher sur l'écran géant en bordure intérieure de piste barré de la mention "cet homme est fritophobe" et une vague de rire monte des tribunes en même temps qu'elle propage le salon d'excellence des drivers qui pleurent à présent de rire et les murs tremblent pendant l'éternité secoués par le rire des turfistes et je ne sais pas si je suis mort ou vivant.

 

Puis, une cloche sonne, c'est le moment d'entrer en piste. Les sportifs quittent le salon pour participer à la seconde, je perds l'équilibre, je ne sais pas ce qui se passe, je me réveille au moment de la seconde, entouré de turfistes aux faces tordues par la gaieté méchante et Peggy du Cap Vert gagne à 25/1, Luigi bondit de joie car il vient de parier ses 320 dessus. Alexia me dit qu'à présent on va retourner la prise et me propose de retourner à la baraque aux paninis-poulets mais je ne tiens plus sur mes jambes, il faudra me traîner m'entends-je anônner tandis que Luigi annonce à Alexia et au reste de l'équipe qu'il démissionne, car avec ses 8.000 euros, il peut prendre quelques mois pour se trouver un taf moins indigent.

Alexia pique un fard, le houspille, et je rampe au sol pour quitter ce lieu de plaisir devenu souffrance d'où je suis à présent banni à jamais.

Autour de mon corps, les gloussements tombent en pluie.  

Alexia me demande ce que je fous à imiter le limaçon, elle veut me retenir, seule elle est trop frêle, la bisenesse-woman réclame de l'aide au personnel payé par le Cheval Français, à ses cameramen, à ses copines et à leurs mecs. Je continue de ramper vers le car qui ramène les turfistes de l'hippo à la station RER direction Paris. Ca y est, je suis dans le bus, et Alexia m'ordonne de descendre ou bien elle va utiliser les grands moyens.

 

La chanteuse Magalie et son compagnon montent dans le car avec des pommes de terre et un économe, Jean-Michel Bazire les traite de mollassons, s'empare du tout et commence à les tailler en frites. Alexia, à l'extérieur, me gueule que je ne m'en sortirai pas comme ça, et elle rentre dans le bus avec une friteuse pleine d'huile bouillante. Excédé par ce Barnum, je rassemble mes forces, ne me sentant plus. L'estafette TF1 débouche brusquement d'une contre-allée, la porte passager s'ouvre et j'entends la voix de Luigi : "Monte, Hypo, bordel, cassos !". Je me vois débouler hors du car et courir à en perdre haleine en sa direction, arrachant au passage, dans un geste absurde, de la bouche de Jennifer la fausse moustache d'Yves Dreux, et rentrer dans l'habitacle en vociférant DEMARRE !

 

Une cloche tinte. Dans le rétro, je vois Alexia lancée à mes trousses, entourée de ses chanteuses en escorte, les drivers les abandonnent pour participer à la troisième. Je respire un peu et demande à Luigi où on va. Luigi : "Ben, toi mon pote, je sais pas, mais je crois que maintenant t'es grillé à Vincennes. Moi, je vais à Caen, j'y ai ma femme et mes trois gosses, je peux t'héberger pour la nuit, ça va ? Je peux t'avoir des billets à pas cher pour le Mexique stuveux". Coup de bol, samedi, les courses auront lieu à Caen, je vais faire parler la poudre et après, ok, je m'exilerai tranquillou en Amérique du Sud vu que je suis grillé de chez grillé. Alors que nous passons un barrage de flics au péage de l'A13, je mets négligeamment la fausse moustache d'Yves Dreux pour passer incognito, et c'est dans ce déguisement facial que samedi, j'affronterai ma mort en réunion 2.

 

Alors que nous sommes à trente kilomètres de la ville de Pont-L'Eveque, dans le Calvados, un panneau d'information clignote au-dessus de la quatre voies indiquant "P.LEVEQUE 16 minutes". Manque un S avant la lettre Q, et remplacer minutes par milliers d'euros, et cela allait donner une bonne indication de ce que je vivrai demain, ai-je peut-être espéré avant de sombrer dans le sommeil.

vendredi 20 octobre 2006, a 12:24
Chien perdu sans mojo

Tout n'est peut-être pas perdu. Mon mojo finira bien par revenir, allons...  Certes, votre Hypo, le prince de la cendrée, venait consécutivement de se faire vider son compte en banque, se retrouver seul, contracter un emprunt gigantesque pour aider des vieux, radier des listes de l'ANPE et foutre sur la paille ses lecteurs, parmi lesquels Jean Barbon (cf. Remboursez les ronchons), mais comment la situation pouvait-elle empirer ?

 

Tel Proust avec sa Madeleine, c'est au petit-déjeuner rikiki (j'avais déjà le dos en compote et il me restait un fond de céréales Gringalos), pris dans une cuisine avec un carreau brisé grand, que je me suis aperçu que j'étais vraiment dans la mouise, à la vue d'un ticket de simple gagnant d'un euro cinquante misé sur Peloponnese qui, la veille, était resté dans sa stalle de départ (cf. Assister à la course, bloqué dans la stalle de départ). Bordel ! Moi qui pariais du 500 euros par course, j'en suis réduit à jouer du 1 euro 50 comme n'importe quel mytho d'Internet.

 

Toutefois, je remarquais que j'enchainais les quatrièmes places depuis que je ne pouvais plus me la taper grand prince, tout n'était peut-être qu'un facétieux signe du destin. Pour m'éviter de me prendre par la suite des déculottées, le fatum m'avait d'abord arraché le Levi's.

 

La veille, j'étais sorti chez moi dans l'après-midi pour draguer des serveuses de points-courses (Rateau le 303, puis Dans tes rêves le 69), et j'avais failli me casser la gueule dans l'escalier en marchant sur Jean Barbon. Comme le (nouveau) pauvre chialait, je lui ai dit de foutre son Livret A sur le Nivard placé, mais Nivard n'avait pas participé à la course au final, car le cheval qu'il devait monter était un chien.

Le soir même, Barbon m'attendait devant l'entrée principale de l'immmeuble avec quelques amis à lui, notamment des barres de fer. Pour éviter toute violence (je détestais frapper les gens, une fois j'avais pratiquement chatouillé un bandit jusqu'à la mort, seule la clémence m'avait fait stopper la torture de ce méchant avant le trépas), je prenais de la poudre d'escampette, regagnant ma bagnole avec auto-radio POGO FM.

 

Ma Ford Taunus avait dû être dérobée dans la journée ou bien était partie à la fourrière, que sais-je, en tout cas, j'ai dormi dans la rue jusqu'à du potron-minet où, à coups de tatannes sport, je me suis fait réveiller la gueule par des zonards.

Au petit matin, j'ai profité du ramassage des ordures devant chez moi, ainsi que du fait que Barbon et ses potes n'étaient plus très vigilants (ils dormaient peinards devant le digicode) pour monter sur le camion-poubelle et atteindre l'escalier de service. Je l'ai fait en deux temps, car la première fois, j'avais glissé et m'étais retrouvé dans la benne, manquant de me fracasser le crâne sur des boîtes de café équitable, je me suis relevé et nettoyé un peu, par chance j'étais juste entièrement recouvert de cassoulet et de sperme glissant de préservatifs usagés.

 

L'imper cradoque, j'ai repris mon escalade et ai pu accéder au toit sans encombres, et en varappe (je vivais sous les combles), casser une fenêtre de mon appart' pour enfin rentrer chez moi.

Je me suis deshabillé pour prendre une douche et après avoir constaté qu'on m'avait coupé l'eau, je suis sorti de la cabine tout à poil, mon pied s'en est allé glisser sur un flacon de P'tit Marseillais sur lequel j'ai rippé pour perdre hélàs l'équilibre, puis atterrir en fortune ailleurs, dans ma spacieuse salle de bains, et je me suis - ô Dieu, pourquoi m'as-tu abandonné ? - logé la tronche dans la cuvette des chiottes que je n'avais pu vider, vu que je n'avais point d'eau.

 

La chair est triste et j'ai lu tous les Paris-Turf.

La boîte aux lettres, remplie de factures, et je n'ai même plus de quoi me payer en pharmacie une boîte de Suicidox.

Les alertes geny affluent pour ce soir à Vincennes sur Outlook et je n'ai même plus de quoi les jouer.

Qu'importe, ce soir, j'irai à Vincennes et je forcerai mon destin... les tuyaux sont là, si je trouve de quoi les plomber, je les transmuterai en or.

 

jeudi 19 octobre 2006, a 00:14
J.M.B. (FICHE WIKIPEDIA)

Jean-Minou Barzoulle est né le 16 avril 1971. Le plus médiatique tourneur-fraiseur français fait partie de cette poignée d'élus qui provoquent tantôt les jalousies de ses contemporains, et tantôt les hourras, danses chaloupées ou youyous de leurs femmes.

Néanmoins, la quasi-totalité des aficionados de la discipline reconnaît qu'il fait partie des plus grands tourneurs-fraiseurs en activité sur le circuit, à l'instar de Pierrick Lechanoine, Jean-Pierrick Nubois, Thyerri Ducassedestin et du "diable belge" Joseph Vermouth.

 

Souvent moqués du grand public, les tourneurs-fraiseurs sont peu nombreux car la discipline est exigeante : fabriquer, monter et régler les outils nécéssaires à la production, par exemple, de cylindrées, est un art de précision. Néanmoins, à force de volonté, des petits modèles continuent de subsister dans ce domaine d'activité, souvent issus de la peinture en bâtiment (Bernard Typhon, Jean-Pierre Miel).

Comme beaucoup de cracks tourneurs-fraiseurs, Jean-Minou Barzoulle vient d'une famille établie dans le milieu. Son père, Minou Barzoulle et son oncle, Christian Barzoulle, étaient eux-mêmes entraîneurs sur des chaînes de 12 à l'époque de l'essor de l'automobile familiale, après les trente glorieuses.

 

Le petit Jean-Minou a ainsi pu lui-même s'entraîner dans son jeune temps à contrôler des pièces usinées ainsi qu'à apprendre à lire des plans pré-établis avant toute mise en oeuvre. Il est parti en apprentissage au lycée de fraisage de Graignes puis dans la famille Drrr (cotoyant ainsi Yves et André Drrr).

Encore potache, il parfait sa première pièce le 24 août 1987, une yaourtière de la marque Quelasio, qu'il expose sur le marché dominical en centre-ville de Vincennes. Il faut néanmoins atteindre 1990 pour le voir obtenir son BEP productique mécanique option : usinage, et passer professionnel. Il apprend patiemment le métier, et reste dans l'ombre des stars de la fraise, tels que à l'époque Jos Vermouth, qui ne la portait pas encore à l'époque en nez.

 

En 1997, Barzoulle termine premier au classement du combiné d'usinage "attelage de pièces / montage".

C'est le début de la gloire pour celui qui reçoit très vite de nombreux surnoms, de "JMB" à "l'homme aux 2.000 Machines de Production" en passant par "Le Roi de l'outil de coupe". De riches propriétaires d'usines lui confient leurs projets, il travaille alors à partir de meilleurs matériaux qu'il n'aura de cesse de découper au plus près, pour leur conférer forme idéale (du gazeau).

 

Il remporte ensuite des prix en Amérique (dont le premier, avec Money Maker) et additionne les récompenses.

Respecté de ses collègues, il n'hésite pas à lever la voix pour leur montrer le chemin du Juste et du Beau. Parfois trop respecté, peu d'entre eux osent le titiller (mis à part Pierrick Lechanoine, Tony Le Pépére ou Philippe Baiquaèrte), ce qui lui vaut de conserver bon an mal an son leadership chez les tourneurs-fraiseurs, et d'assurer le tout bon fonctionnement des entreprises avec lesquelles il collabore, ainsi que de gonfler le larfeuille de leurs actionnaires.

Ceci s'effectue au grand dam des petits porteurs qui n'hésitent pas à acheter des actions d'entreprises du second marché afin de spéculer, entreprises qui sont souvent contraintes de fermer boutique face à la maestria des pièces réalisées par JMB, beaucoup plus performantes. Les petits porteurs, qui hésitent à acheter du Barzoulle car le rendement est minime, dotent alors souvent JMB du surnom "encullet".

 

Contre vents et marées, Jean-Minou Barzoulle continue néanmoins son grand bonhomme de chemin, excellant dans le chariotage et le dressage de faces, et c'est souvent un plaisir de le voir travailler.

Son avenir s'annonce aussi resplendissant que son présent, même si Pierrick Lechanoine et Thyerri Ducassedestin ont promis de lui faire voir des fraises vertes et des pas mûres dans les prochaines années.

 

Pour d'autres informations sur un quasi-homonyme, nous pourrons nous rendre ici : http://fr.wikipedia.org/wiki/Jean-Michel_Bazire, nous privilégierons à cet effet l'usage d'un ordinateur préalablement façonné par le savoir-faire de notre Jean-Minou.

 

mercredi 18 octobre 2006, a 05:03
Remboursez les ronchons!

C'était un homme sans âge, portant lunettes et noeud-papillon, sourire sous nez et miettes de thon sur moustache. Sa voix, douce, et son ton, tenace, me séduisirent si bien que, devant pourtant par principe plancher sur la sixième, mon turf étalé sur le comptoir du bar de Paris-Vincennes, j'écoutais sans déplaisir son boniment.

Il se présenta comme Jean Barbon, le président de l'ATR (prononcez « atterré ») l'Association des Turfistes Ronchons, j'avais déjà repéré ce zigue quelques courses auparavant, alpaguant un turfiste esseulé dans le hall triste comme un mardi, pour le supplier de signer sa pétition.

 

Son association n'avait rien à voir avec l'Association Nationale des Turfistes, non, elle était un organisme voué à un grand avenir car, contrairement à l'ANT, le turf n'était pas une finalité pour l'ATR.

Le but de son collectif était de réunir un maximum de ronchons et il s'en trouvait souvent une bonne plâtrée sur les hippodromes de trot, d'où sa présence ce mardi soir ici. A côté de nous, un jeune couple s'embrassait à pleine bouche et après avoir palpé le trio de la deuxième, ils se touchaient le jumelé gagnant. Le président des ronchons attira mon attention sur eux et s'en désola : « Regardez ça, ces gens, ce bonheur niaiseux, passez-moi l'expression mais, allez, je me lance... ça me débecte, voilà, c'est dit ». Dans ces cas-là, je ne sais jamais trop quoi répondre et j'ai encore plus honte de l'écrire, mais j'ai dû sortir un truc définitif, quelque chose comme « Allons, ce n'est pas tous les jours non plus ».

 

Le président m'expliqua son programme pour augmenter le nombre de ses ronchons : exiger une hausse du taux de prélévement du pmu pour réduire les rapports, interdire le tabac et l'alcool dans l'enceinte des hippodromes, étendre le principe du spot à tous les paris et le rendre obligatoire, légaliser le dopage, ne plus communiquer sur le déferrage, les gens deviendraient fous, ça ronchonnerait de plus belle, on pourrait prendre du bon temps entre parieurs ronchons, pas vrai ?

« Vous savez ce qui m'a mis la puce à l'oreille, Hypo ? Les jeunes. Parfaitement les jeunes, tenez, quand ils manifestaient contre le CPE, contre la précarité, le chômage alors qu'ils n'avaient encore jamais travaillé, eh bien cela n'était pas grave, l'important pour eux, c'était d'être ensemble, tous ensemble, ouais ! Ouais ! ... J'ai trouvé ça magnifique ! Imaginez des parieurs qui gueulent contre une arrivée avant qu'elle ne se produise, tout cela ne serait-il pas mieux que ce spectacle misérable de gens heureux de jouer, mus rigolards par l'appât du gain, indifférents d'être au final plumés ? Ils ne savent même pas qu'ils sont malheureux ! Ils s'amusent, c'est insensé ! »

 

Le président en avait marre (il ne disait pas « je » mais « les gens »), les gens en ont marre d'entendre à longueur de temps « Bazire encullet! », les gens veulent que tous les drivers et les jockeys soient traités d'encullets, hop là, pas d'exclusive. Il reprit de sa petite voix douce, fluette, timide, aimante et fluide : « Tous des pourris, des truqueurs, faudrait leur talocher la gueule qu'ils comprennent », souria longtemps, suspendu, avant de reprendre sa diatribe incendiaire : « Pas vrai ? ».


Nous étions à présent en bord de piste, pendant que les concurrents de la sixieme terminaient leurs échauffements avant de partir au laser, je jetais un coup d'oeil à l'écran géant sur lequel défilaient noms, numéros, casaques et déferrage des partants. Mon coeur palpita. Ouragan de Tréméac n'était pas deferré des 4 comme indiqué au programme. Je lâchais machinalement un juron. Le petit homme qui ne m'avait pas lâché la grappe, malgrè mon indifférence, serra la manche de mon imper : « Ah, ça y est, vous vous mettez à ronchonner, enfin! »

 

Je tentais de lui expliquer la situation : en venant à l'hippodrome, j'avais trois chocolats au programme, Maflymede, Palermo et cet Ouragan. Ils étaient des chocos a priori, parce que déferrés des 4, je les pensais alors capables de mettre l'adversité à bas. Ferrés ou munis de bottes aux postérieurs, ce n'était plus la même chanson. Je n'avais pas misé un rond de la réunion et je n'allais pas le faire dans la sixieme non plus, ma présence ici, ce soir, avait été absurde. Tout juste avais-je pu observer que Peschet avait donné un parcours des plus sages à Maflymede (il n'avait pas pu quitter le dernier rang) et que je la toucherais bientôt (enfin bientôt, j'espérais, vous connaissez ma situation financière) à 40/1 à Enghien.

 

J'expliquais ça au petit homme et je voyais ses traits se décomposer, il était lecteur de mon blog et avait joué la tirelire de son gosse sur mes pronostics du soir. Indifférent au déroulement des courses, il ne savait pas qu'il avait perdu. Sa tristesse se transforma en rage quand il sut que je n'avais moi-même pas parié sur mes pronostics. Tandis qu'il tentait de m'étrangler, Ouragan venait de se faire toiser pour la gagne d'une encolure, la faute à pas grand-chose, deux fers en trop probablement. Je me dégageais, lui donnais deux euros pour qu'il puisse se payer son parking et regagnais mon appartement, un peu énervé par cette soirée chou-blanc, mais ça allait quand même puisque je revenais des courses.


Je suis rentré chez moi et j'ai regardé la télé, sautant de chaîne en chaîne, le zappeur est un Tarzan médiatique. Les jeunes ronchonnaient contre Sarkozy. Sarkozy ronchonnait contre les juges. Les européens ronchonnaient contre les américains. Les dos ronchonnaient contre les ventres. Les employés ronchonnaient contre les patrons. Les patrons ronchonnaient contre les charges. Les artistes ronchonnaient contre le public. Les animateurs de télévision ronchonnaient contre la télévision. Les pieds ronchonnaient contre les chaussures étroites et Palermo n'avait pas été deferré. J'ai viré mes grolles et mon futal, coupé la télé, tamisé la pièce par un jeu d'éclairage cosy et commencé, tout en me noyant dans mon sofa, la lecture du « Mur des Lamentations » de David Abiker, portant sur un sujet approchant. J'ai ri à voix haute en lisant, puis, avant d'aller me coucher, fait mes pronos en cinq minutes, je jetais mon dévolu sur Pasquier et Nivard qui n'avaient qu'un partant dans la réunion.

 

Je me suis foutu au pieu, je me retournais dans mon lit, quelque chose m'empêchait de quitter l'éveil, peut-être les cris venant de la rue.

De l'extérieur, des cris ? J'ouvrais ma fenêtre pour connaître le fin mot de cette agitation.

 

Le chambranle venait du petit homme atterrant, il était en bas de chez moi, avait dû me suivre jusqu'à mon domicile, et m'insultait en hurlant à la cantonnade  «Hypo, salaud ! Remboursez les ronchons ! (le petit homme devenait rouge, il s'égosilla :) Deferré de mes postérieurs, mon cul ! ».

Depuis le sixieme étage, j'ai alors entendu une voix blanche (et mystique, un peu comme celle de la pub pour les éditions Jean de Bonnaud sur Europe 1) s'élever dans la nuit froide avec un aplomb magnétique, et cette voix était la mienne : « Petit homme ronchon, je vais vous montrer la puissance du déferrage ».

J'ôtais mes chaussettes et les rentrais dans mes oreilles.


Et je devins sourd au bruissement infernal du monde alentour.

Sur le trottoir noir taillé en plaque peu ragoûtante par la lumière des candélabres, le petit homme ronchon rougeaud continuait à glapir, sautillant sur place comme un ver dansant sur un résidu canin, je fermais la fenêtre pour observer mon futur proche, ma chambre.

J'allumais une cigarette, heureux, la mienne de place était idéale, aucun son ne sortait plus de la bouche d'égoût de Jean Barbon, j'avais un fond de vodka sur le guéridon et un Nivard placé pour demain.

La nuit serait sublimissime.

 

 

mardi 17 octobre 2006, a 03:45
BILAN DE COMPETENCES

Des types en chemises non repassées remuaient la poussière du sol dans la file d'attente qui prenait un air de plus en plus avantageux pour leur propre cause au fur et à mesure de l'écoulement du temps. Derrière le guichet, une femme écouterait bientôt leur bon vouloir. Ailleurs, ils lui diraient "5 euros sur le 3, à cheval" mais ici, ils prononceraient d'abord, et pour commencer, et parfois, et même le plus souvent rien d'autre, la séquence de mots "Boujou m'dame".

Mes pensées battaient la campagne jusqu'à ce que vint mon tour. La guichetière s'étonna du fait que je n'avais pas travaillé depuis quelques années, me demanda si j'avais apporté un CV, quels métiers j'avais pu occuper, quelles étaient mes envies. Comme elle ne comprenait rien à ce que je marmonnais, elle me proposa d'opérer rapidement un bilan de compétences. J'en appris pas mal sur mon compte.

Je parlais anglais (enfin quelques mots, je connaissais le sens des mots yearling, stud-book, gigant neo), j'avais quelques bagages techniques (je connaissais par exemple la différence de rendu suivant qu'une terre est meuble, legere ou juste souple), j'étais physionomiste (l'employée m'a paru tutoyer les anges tandis que je lui expliquais l'art de reconnaître un bon canter), organisé, gestionnaire, moderne (elle appela sa collègue sitôt après que je lui révélais l'existence des alertes geny courses) et probablement sagittaire.

 

Elle entra ces renseignements dans sa base de données et l'ordinateur en conclut que j'avais le potentiel pour devenir architecte. Le marché étant obstrué, elle me dit aussi que j'avais le parfait profil pour faire équipier chez Flunch. Vraiment parfait. A ce poste, je pourrais devenir le meilleur de tous. L'employée venait soudain comme de me déboucher les oreilles et j'entendais les clameurs d'un hippodrome imaginaire scander le nom d'Hypopotamus dans la ligne droite, il fallait agir vite. Je la ramenais à la raison en m'inventant au débotté une phobie des frites.

 

Elle ajouta la mention "fritophobe" à ma petite liste de caractères, puis rêvassa à voix haute en regrettant de ne pas m'avoir rencontré sur Meetic, tout en guettant du coin de l'oeil ma réaction (il n'y en eût point) et ensuite me demanda de patienter quelques instants avant de s'éloigner pour revenir quelques minutes plus tard, accompagnée d'un grand maigre en costume passé. Je compris que j'étais un cas, que des gars comme moi on n'en voyait pas souvent passer par ici.

Le grand délavé, apparemment le directeur de l'antenne locale de l'ANPE, jeta un oeil à mes résultats et me tint à peu près ce langage :

 

"Monsieur, votre sagacité pour déchiffrer le Paris-Turf aurait pu vous servir dans d'autres domaines, étudier au microscope le comportement du VIH pour établir la parade suprême, aider votre pays à accélérer au mieux les particules afin de faire prospérer l'activité techno-économique de la nation, déchiffrer les formules absconses qui figurent en marge des manuscrits illisibles de grands écrivains à pattes de mouche, hélàs, la vie pour vous, d'après les éléments que vous nous avez fournis, c'est turf le matin, turf l'après-m' et turf le soir. Monsieur, votre pays a besoin de vos compétences, laissez tomber votre obsession hippologique qui n'est que le fruit d'une errance - et même d'une ignorance du beau, ajouta le pompeux - dans laquelle vous ont confinés le système éducatif et la modestie de vos origines, vous valez mieux que cela. Je pourrais vous proposer une formation, monsieur, mais je sais que vous êtes un homme, et un grand, parfaitement formé à l'existence telle qu'elle sied à un honnête homme. Monsieur, pour le bien de votre pays, je vous supplie de bien vouloir participer à notre séminaire "Thérapie", le taux de réussite est de 98%, rendez-vous compte, c'est exceptionnel, avec l'ANPE vous pourrez dire "je-po-si-tive" car oui, bientôt, vous ne serez plus fritophobe, et vous pourrez aider à rendre repus les forces vives de France car j'en suis convaincu, vous ferez un parfait équipier. Oubliez les chevaux, vivez debout, comme un homme, mieux comme un ours, et d'ailleurs connaissez-vous la mascotte Flunchy ? "

 

A la suite de quoi il nota sur un post-it les horaires de son foutu séminaire ainsi que le numéro de téléphone du DRH du Flunch d'Issy-les-Moulineaux.

Je me levais et protestais, était-ce donc tout ce qu'on pouvait faire pour moi ?

Certes non, dit-il, seriez-vous intéressé par faire de la télévision ? Je connais du monde, vous savez, je parlerai de vous à Alexia Laroche-Joubert, vous voyez qui c'est ?

 

En sortant de l'ANPE après avoir répondu "Non" à sa question ainsi qu'à l'affirmation qui s'en suivit "Vous portez l'élégance sur vous. Je suis sûr que vous êtes le genre d'homme qui refilerait un tuyau à Nikos Aliagas, pas vrai ? ", je me suis dit que c'était pas gagné pour trouver vite de quoi croûter, et je pensais à consulter les petites annonces, et accepter n'importe quoi. Je pris un café à deux euros dans un PMU pour prendre connaissance de mes résultats hippiques de la journée, j'avais gagné une mise, soit un euro 50 car je n'avais plus les moyens de jouer davantage que la mise de base. J'ai encaissé et me suis barré sans payer, après avoir pris soin de recracher mon café dans la tasse, afin de me justifier, au cas où le barman me courserait dans la rue.

 

En bas de chez moi, je recevais un appel de l'assistante de Flavie Flament. On me proposait pendant vingt-quatre heures d'entrer dans le jury de la Star Academy car le chanteur Michael Jones, suite à une discussion avec la directrice Joubert, avait émis le souhait, pendant une journée, de "vivre ma vie de fritophobe".

 

lundi 16 octobre 2006, a 08:42
Brrrr ...

 

En revenant d'Auteuil, j'ai éprouvé quelque peine à reconnaître mon appartement. Les murs étaient nus, le parquet ne soutenait aucun pied de table, les ampoules pendaient sans lustre. Pour se payer un billet retour ou pour se venger d'André Fabre en se payant une peluche vaudou, les trois japonaises que j'avais hébérgées après l'Arc avaient revendu sur e-bay ou dans un vide-greniers mon mobilier de choix, ma bibliothèque, mes vêtements.

Je le sais parce qu'elles m'ont laissé un mot rédigé dans un français parfait : "Harry gâteau", assorti de traces labiales effectuées au rouge à lèvres (l'empreinte de leurs bouches, probablement).

Les trois garces ne se sont pas contentées de cela.

Kimiko, Maki et celle dont je ne me souviens plus le nom, ont par-dessus le marché commun, vidé mes comptes en banque. Sur celui de l'écureuil, je n'avais déjà rien, de toute façon. Plus grave, elles avaient viré le solde de mon compte ump sur une adresse bancaire brinquebalante, au Bélinguistan. Et mes dizaines de milliers d'euros qui dormaient chez satan ont filé à l'anglaise, aux îles Cojinchilana, hors d'atteinte.

 

Les pestes. Je me sens seul au monde, et j'ai envie de tendre mon poing vers le ciel en hurlant à qui veut l'entendre "Grosjean comme devant !" ou "Flûte alors".

 

Ne me reste plus que ma freebox, mon ordinateur portable et quelques euros gagnés samedi à Auteuil en écoutant les conseils de Camier, alias le Boîteux, dit aussi "l'homme au trèfle à quatre feuilles entre les dents", et encore appelé "l'homme aux quatre noms".

 

Je vide ma bourse... quelques euros, vraiment guère plus. Le nom de la troisième, j'y suis, est aussi Maki. Ma théorie des 18% s'effondre. Il y en avait deux, des Maki. Ma théorie des 18% s'effondre. Moi qui étais tendu vers le meeting d'hiver, je dois à présent gagner de l'argent sans attendre, travailler pour le loyer ou me payer des raviolis en semaine, et le dimanche, une blanquette de Limoux.

 

Fichtre. Ca doit être ce qu'on appelle la nuit.

 

Je fais un oreiller de fortune de ma collection de Bilto reliée en peau de zèbre, que les trois malfaisantes m'ont laissée, et je fais également la gueule.

Repensant avant de sombrer dans le sommeil à Christophe Gallier, je m'endors néanmoins en riant. Il fait froid, mais je ne branche pas le chauffage.

samedi 14 octobre 2006, a 22:21
Ils devaient bien être minimum 3.000, porte d'Auteuil, portant des loups.

 

Nous étions rentrés de notre périple en France profonde un samedi, à Paris donc (car c'est ici que quelques-uns d'entre nous vivent) et nous, société secrète, avions convenu de reprendre nos activités ni malsaines ni anar ni ordonnées ni rien, un samedi sur un endroit donné, la Butte Mortemart, simplement parce que c'était souvent beau et émouvant.

 

Nous nous étions mus à l'envie propre, chacun suivant notre for, nous avions pris qui, le metro, qui, l'auto, qui même n'avait bougé de chez soi (equidia), ou à deux pas (l'homme de bien s'abreuve au point-sources), mais bref, bon sang, on était là.

 

La sociète secrète.

 

Elle ignore la Corée du Nord.

Elle ignore les accidents ferroviaires.

Elle ignore la chute de l'action Royal Canin.

Elle ignore la chute de reins de Ségolène Royal.

Elle ignore que le Nobel de la paix a été decerné à l'inventeur du micro-Cofinoga.

 

La société secrète ignore les foutaises car elle est un organisme mille plus fois vivant que les représentations médiatiques de la société non secrète.

La différence entre la société non secrète et la sociète secrète, est que la seconde secrète.

Elle secrète par tous les pores, tous les orifices.

Elle hurle, jouit, pense, s'indigne, s'emporte, s'excite, excite, exhale, exhume, quand l'autre nous casse les burnes. Enfin, non, même pas, on la supporte très bien, l'autre, l'officielle (savez, celle qui ne parle pas de Pasquier dans ses journaux quand il gagne exemplairement un Arc de Triomphe, mais mouille à montrer une dingo qui congèle les morts-nés) quand on fait partie de la société secrète.

 

La société secrète est sortie des meubles, des appartements, des maisons, des rues, le paris-turf sous le bras, ce samedi matin, comme tous les autres matins.

Le grand soir, avec la société secrète, commence tous les matins, et se perpétue avec l'annonce du début des opérations dans la première. Ce jour-là, elle n'a pas hurlé révolution, la société secrète, mais Pride, Monika, Pinn Up, Good Bye Simon !

 

Elle n'a pas pris le parti du peuple, elle est le peuple. Elle s'en branle du deuxième four micro-ondes, du break et du micro-crédit, elle veut du sport et de l'émotion, Dean Gallagher endiguant le retour de Né à Pron.

 

Auteuil est un hippodrome à deux doigts du sublime, deux doigts caressés par les lèvres puis jetés vers le ciel ce samedi, comme souvent à Auteuil. Déjà, derrière la piste, quand vous êtes dans les tribunes, vous voyez Paris. Ensuite, vous respirez pleins poumons (c'est vert, of course, immense), le hall est des plus vastes, le rond de présentation accessible et proche, mille guichets sont accessibles et derrière des vitres un personnel détendu et sympathique.

Au-dessus du rond, une statue en modèle réduit (donc, comique) d'Al Capone II. Dans cette ambiance calme et feutrée, vous assistez à des courses endiablées, avec une visibilité maximale sur le rail-ditch and fence. Les tribunes sont chaleureuses, le public rigolard et respectueux (normal, il est traité avec égards, donc il rend), la queue du stand d'aide aux premiers paris est nulle, vous évoluez entre connaisseurs. C'est parfait.

La sociète secrète ne se reconnaît pas de leader, mais elle applaudit les administrateurs et le personnel d'Auteuil, Guillaume Macaire et Christophe Pieux, ainsi que tous ces jockeys et chevaux qui jouent leur peau.

La société secrète les idôlatre, ces gens, et elle se réunit avec plaisir, sans autre projet, que de continuer à prendre du plaisir ensemble, en jouant ses biftons tout en aspirant la mort par cigarettes en narguant le cancer. Quel bonheur, mes amis !

Un autre monde n'est pas possible, il est réel, le samedi à Auteuil, et plus tard à Vincennes, Longchamp, et demain à Laval...

 

Sur un champ de courses, et particulièrement Auteuil, l'utopie est moins forte que la vie. Et donc, ici comme ailleurs, l'extrême-gauche restera toujours un pis-aller. José Bové, malgrè sa moustache chatouilleuse, ne nous aura jamais fait couler dans le dos la moitié des suées qu'on a rendues en voyant Cyrlight batailler contre Kotkijet dans le Président pour au second poteau se faire torcher par la Princesse d'Anjou. Olivier Besancenot n'aurait aucune chance au second tour contre Jag de Bellouet. Va mourir, Olivier Besancenot, avec tes projets de sacoche gratuite mensuellement remplie de steaks de soja jusqu'à la fin du temps.

Nous, on veut pouvoir être prince le matin, clochard l'après-midi, et président le soir, et encore vivre la nuit, danseuse nue pour pape obèse, ou l'inverse.

 

Et aussi, nous sommes nombreux, nous membres de la société secrète, à avoir jeté un oeil sur Pride sortant du néant pour déposer Sir Percy et Hurricane Run, nous on voit et revoit ça tous les jours sur nos cerveaux-magnétoscopes, nous la société secrète.

Alors on ne peut pas nous la raconter, hélàs, amis de la société civile.

 

De sorte que, pour celui qui voit les courses, sans en être acharné matin et soir, il n'y a somme toutes que peu de choses aussi belles, depuis la création du monde, que l'invention, au XIXème siècle, des courses hippiques.

 

Et c'est pourquoi nous nous sentons les plus vivants.

En secret...

 

dimanche 08 octobre 2006, a 01:39
LE MYTHOMANE ET LE CHLORE

Les turfistes ne s'avouent jamais vaincus, même après avoir avalé leurs tickets dans une salade de mâchefer.

Ces beaux diables pipeautent, voilà aussi pourquoi ce jeu est si fascinant, tandis qu'avoir des secrets sera bientôt un délit.

Les turfistes portent des dents arrachées en collier.

L'exercice auquel je me suis prêté cette semaine dévoile malheureusement la vérité. Mon bilan chiffré l'atteste, je suis bénéficiaire aux courses et ne peux plus m'en cacher. Moi qui depuis une semaine vous bassine avec la dépouille inhérente au jeu, vous l'avez constaté, je suis plein aux as.

Effectivement, je joue mes propres pronostics depuis un certain temps avec une mise élevée, en pratique je joue en mise 100 sur Ump (pour alimenter la filière hippique) et 50 sur Satan (pour m'alimenter), ce qui fait que cette semaine j'ai gagné 16X100 et 30X50 : 3.100 euros. Là où le turfiste du dimanche joue chaque jour 1 euro 50 (pour lui, ceci posé, c'est tous les jours dimanche), moi, j'y vais par billets de mille anciens francs.

Comment en suis-je arrivé à jouer des sommes aussi élevées, moi qui ne suis pas fils de roturier ? En patientant. Charles Bukowsi estimait que quand il gagnait 18% de ses mises, la journée était fructueuse. J'ai procédé en suivant les conseils de Buk', mois par mois, 100X18% : 118, 118X18% : 139, 139X18% : 164, ad lib, au bout d'un an vous en êtes à 728. De deux, à 5310. De deux et demi, à 14.337. Et là, vous pouvez vraiment commencer à jouer, et profiter des prochains 18%, soit 2.600 euros mensuels. Mais pendant deux ans et demi, ceinture.

Je ne joue pratiquement que des chevaux dont le rapport se situe entre 2 et 5. Ce n'est pas du tout cuit, mais l'écart n'est jamais très important. Et je reste raisonnable, jamais je ne jouerai plus de 12.000 euros sur un cheval.

Enfin bref, avec tout ce pognon amassé cette semaine (où j'ai gagné ce que je fais d'ordinaire en un mois), j'ai décidé de m'octroyer quelques jours de repos loin des paris en ligne pour me déstresser, garder l'influx, changer d'air. Les mythomanes vous disent avec un sourire bênet (j'en ai vu certains, édentés, porter en bouche une authentique banane, pour donner le change) en indiquant leur hâlage qu'ils viennent de rentrer d'une semaine de vacances au Maroc. En fait, ils ont claqué leur RMI dans des salons UV, dormant dans des hôtels de passe pour embobiner leur famille.

Les joueurs authentiquement gagnants quant à eux ne partent jamais très loin et ne s'en cachent pas. Moi, pour parler de quelqu'un que je connais parfois, j'ai décidé de m'octroyer quelques jours de repos à Garbouzigues, en Loire-Atlantique. En rentrant, je sentirai le chlore, car je choisis toujours une villa avec piscine. Loin du turf, quelque temps, parfois juste deux-trois heures c'est bon, vous avez dû le constater.

Hélàs, je ne pars pas en sifflotant "Liberté", je sais combien ma cure est nécessaire pour me maintenir en vie, mais chaque fois que je pars, c'est pareil. Je me retrouve dans des villages sans borne internet et je suis contraint de parier dans des PMU. Il me faut alors chaque jour changer de lieu pour ne pas être dangereusement pisté par les ploucs du cru, si le lundi vous vous pointez avec vos biftons de 10 euros en liasse de 500, les autochtones vous repèrent. Le lendemain, quand vous revenez chercher vos biftons de 500 euros en liasse de 50, vous voyez à leur regard torve que le mercredi, ils vous attendront avec des crans d'arrêt pour vous faire la peau. Ou bien, l'inverse se produit, ils vous font fête en jappant, tout en espérant que vous distribuerez un peu de votre pactole, vous vous pointez au comptoir du pmu avec l'intention de vous siroter une binouze-détente, et le maire se précipite vers vous pour vous faire la bise.

Croyez-moi, chers lecteurs, vous faites bien de rester pauvres à espérer faire +600% en un mois, le mouron demeure minime.

La vie de gagnant est une vie d'errance, c'en est lassant. Et samedi, quand je regagnerai mon appartement et que les trois japonaises à qui j'ai offert le gîte se détourneront de moi à cause de mon odeur de chlore, j'en viendrai à regretter de n'être pas, comme la plupart des turfistes, un mythomane.

 

vendredi 06 octobre 2006, a 19:48
Assister à la réunion, bloqué dans la stalle de départ

  Maisons-Laffitte n'est pas un hippodrome fait pour les turfistes, donc pour les hommes libres. Je ne m'y suis rendu qu'une fois, c'était l'époque où le turf n'avait pas encore fait de moi un homme richissime, j'avais dû faire du stop et j'étais arrivé pour la troisième, ratant le Fabre à 8/1 pour lequel j'avais fait le déplacement. Des courses proprement dites, je n'ai guère le souvenir, toutes les courses ou quasi s'étaient déroulées sur ligne droite et l'arrivée à Maisons-Laffitte se situe bien à gauche des tribunes, de sorte qu'on ne voit rien. Seul Chantilly peut afficher un tel mépris des parieurs : les tribunes sont vides, réservées aux pontes pour la plupart agglutinés au moment des courses à l'Espace Champagne Rosé (ce qui n'est pas forcément désagréable, j'ai ainsi pu voir pendant le Jockey-Club, Carole Bouquet errant seule dans les travées, et revendre mes photos un bon prix au magazine Gala), et les pleu-pleus sont contraints de se masser sur la pelouse, ce qui leur permet de prendre attentivement, pendant la course, qu'ils ne voient pas ou en tout cas sont dans l'incapacité concrète de comprendre, le temps de penser à la mort ou à leurs enfants, c'est kif-kif sur un hippodrome.

Ce lieu est en effet celui où vous ne devez être tendu que vers un seul objectif, palper dans la prochaine, et vers rien d'autre. Vous n'êtes pas la personne remarquable que vous êtes sans doute hors de l'enceinte, mais une monade. Jalousement, vous gardez vos impressions pour la suivante, vous vous asseyez sur un banc pour le plaisir d'écouter les mythos assis à côté répéter mille fois qu'ils sentaient la précédente, et puis au final, pester d'avoir misé la tirelire du gosse sur autre chose que leurs envies profondes.

Maisons-Laffitte et Chantilly ne vous permettent pas de profiter des spécificités du pari mutuel (jouer contre les autres), vous sentez que les autres, les tribunes chicos, ont joué depuis longtemps contre vous, et qu'ils ont gagné.

La seule manière de faire honte aux chicos est alors de s'habiller de façon ridicule. Que tous les lecteurs de ce blog se rendent samedi à Maisons, avec moumoute et masque de Roger Gicquel, et la comédie ne durera plus très longtemps. Ce moyen d'action, apparemment burlesque, nous permettra, nous les damnés de la ligne droite, de faire valoir notre droit à l'arrivée au premier poteau. Il sera alors bien temps de privilégier, pour nos paris cette fois, la corde, surtout avec la lice à zéro et par bon terrain.

 

jeudi 05 octobre 2006, a 20:22
POURQUOI LES TURFISTES PLAISENT AUTANT AUX FEMMES

   Ce n'est un secret pour personne. Sapez-vous d'un imper miteux, videz des cendriers dans vos poches, commandez toujours la pression la moins chère possible, arrachez-vous quelques dents et les femmes vous courront systématiquement après. Le turfiste attire les femmes, c'est un fait.

Oh, certes, il est peu probable qu'elles s'entichent de vous à vie, mais une aventure oui, elles sont prêtes (bon, pas toutes non plus, soyons froids face aux données de l'existence comme au moment de miser gros sur un coup sûr placé).

Le turfiste est un accident dans la vie monotone des femmes (Madame Bovary aurait eu probablement un autre destin si elle avait lu Bilto), le turfiste incarne tout ce que les femmes ne désirent pas, c'est pourquoi elles le désirent plus que tout, pourquoi ? Parce qu'il est, il ne cherche pas à avoir. Tandis que les autres cherchent à accumuler de quoi tuner leurs bagnoles, à investir dans des baraques ou à se payer de supers bons gueuletons, le turfiste crame tout, il n'a rien, il est, point barre à la ligne.

Pouvez-vous décrire un joueur de loto, un aficionado du tac O tac ?

Impossible, ces types n'ont pas de forme.

Tandis que le turfiste a la gueule déformée à mort par l'accumulation de pertes sèches.

Le turfiste qui parfois porte chapeau (casquette, capette ou béret, toujours un couvre-chef en tout cas pour montrer qu'il en est un, chef, et d'abord de lui-même) sort du lot, avec ses sillons dessinés à l'excavatrice pleine face, quand le joueur de Tac O Tac a le poil de minet, et d'ailleurs bien souvent, ce con se rase la poitrine. Quand tous n'aspirent qu'à se fondre dans la masse, le turfiste n'a pas peur de jouer non à masse fixe, mais en montante. Le turfiste est ascensionnel, ainsi, plus belle sera la chute.

Il est le dernier romantique, du jambon il ne mange que le gras, préférant jouer sa chair.

 

Ma théorie ne surprendra que le puceau qui ne connaît rien à la psyché d'Eve. Aussi vais-je l'étayer à belles preuves, issues du circuit marchand. Le cinéaste Lars Von Trier avait initié il y a quelques années une série de films pornographiques et plutôt intellectuels ainsi qu'élégants (enfin, il paraît, je n'en connais que les résumés) à destination des femmes, réalisés, écrits par des femmes et conçus pour en exciter d'autres. Les pitches que je vais livrer ne laissent aucune ambiguïté quant au postulat que je viens d'énoncer, l'attraction que le milieu du turf exerce sur le sexe faible est maximale, qu'on en juge aux dos de jaquettes suivantes : dans « Le patron du bar pmu n'a pas de culotte », une superbe énarque suédoise décide d'ouvrir un lieu de rencontres ouvert à tous mais principalement aux hommes ; dans « La doctoresse a de gros tickets de quinté + », une séduisante trentenaire, interne à l'hôpital Cochin, abandonne la médecine après avoir rencontré un plasticien-poète-turfiste avec lequel elle s'enfuit pour aller vivre dans un gîte au pied du Mont Canigou. Dans leur home sweet home de fortune, les amants découpent à la tombée du jour des feuilles de vigne que la jeune femme assemble soigneusement pour former des tickets de quinté géant. Dans « Trois biyatches au Mont-Saint-Miche », des jeunes filles aux espoirs plein la tête, quittent le neuf-trois et le hip-hop pour accomplir leur rêve commun, rencontrer leurs drivers préférés sur l'hippodrome du Mont-Saint-Chelmi. Dans « Les échangistes », monument d'érotisme, film sensuel sans aucun contact physique, deux couples se bandent les yeux et échangent leurs tickets de 2 sur 4 Spot.

Ce petit détour par l'ombrageux univers de la pornographie féminine (inconnu de la plupart de mes lecteurs qui sont souvent des hommes, puisque des turfistes), s'il donne confiance au turfiste quant à son potentiel de séduction, révèle aussi pourquoi la haine dirigée vers le milieu des courses est si tenace. Le monde est odieusement dirigé par des hommes non-turfistes qui font croire que ce qui importe, sont pêle-mêle l'argent, la bonne santé, la religion, la beauté, la philosophie, la culture, l'intelligence, ce qui n'est qu'un moyen pour eux de laisser prospérer leur ordre.

La vraie vie est ailleurs, sur les champs de courses, ces champs d'honneur. Les femmes auraient pu opérer un basculement en faveur de ces hommes d'exception, les turfistes. Hélàs, elles ont décidé de prendre elles-mêmes les rênes du pouvoir, à elles les toasts au hibou et les choco-party chez l'ambassadeure. Qu'importe, le turfiste se dressera toujours contre le pouvoir et continuera à mener sa vie d'olibrius moqué, décati dans un monde moderne modernant, et continuera de s'entendre traiter sans moufter d' « éculé » par des morts qui ont pris la forme de pignolos-bon-goût pour faire croire qu'ils étaient en vie.

 

Le turfiste, par sa seule existence, menace l'ordre établi (ou le désordre établi), il peut se pointer n'importe où, au bal de la Reine ou dans un colloque « Ruralité et vivre-ensemble », on ne peut pas l'impressionner, jamais. Lâchez-le n'importe où, la seule chose qui le préoccupera, savoir s'il y a un Tabac-PMU ouvert dans le quartier.

Sa monomanie épate l'individu contemporain, esclave de la nouveauté. Elle épate davantage encore et par là-même la femme, toujours amoureuse de ce qui se fanera demain (comme les fleurs, mon amour), qui voit là quelque chose qu'elle ne peut saisir, et qu'elle désire donc connaître. Le turfiste n'en a cure des fleurs (Mon amour, dans la huitième, deferré des 4), il est rivé à son obsession.

Aimer un turfiste est une tâche néanmoins surhumaine, jusque pour ces diablesses de femmes, qui préféreront toujours, parce que nature fait nécessité, faire des gosses à un expert-comptable ou à un artiste rebelle-subventionné. La vie sentimentale du turfiste ressemble souvent à un champ de ruines ; son coeur de parieur à l'hippo d'Evry en miettes.

A moins qu'il n'ait la chance de tomber sur une charmante désirant se marier à Epsom puis convoyer chaque année en noces au moment du Derby. C'est du 1.000/1. Mais dans tous les cas, il continuera (parfois) à faire chavirer le palpitant de la petite du cinquième, vous savez, celle qui court l'existence sans oeillères.

 

jeudi 05 octobre 2006, a 10:18
Dormir sur la banquette arrière

J'ai la casquette ce matin, après une seconde soirée passée à l'Hospice Bélingue, cette fois pour apporter la monnaie engrangée à Laval, tenir ma parole. Je me suis réveillé dans ma caisse vers neuf heures, une sexygénaire en nuisette Damart à mes côtés.

La verveine, ça vous chamboule un homme. Je me sens retourné, la tête à l'est, vapeurs d'Alsace, je voulais d'ailleurs écrire "ça vous jamboule". Je ne me souviens pas de grand-chose. Les cheveux mauves ont porté un toast à Mirage du Goutier, puis un vieux a fait du smurf.

 

Assez de vieux tontons. Aujourd'hui, deux jeunots aux limites inconnues, comme on dit quelque fois dans le métier et toujours de sa progéniture. Je mets deux-trois pièces histoire d'avoir l'impression de m'etre réveillé ce matin, je raccompagne la Old lady à sa partie de gin-rami, puis je fais chauffer la Taunus direction Cabourg. Je dois discuter avec mon beau-frère, le malfrat Tudor, d'une idée de casse que j'ai eue, à effectuer dans une maison de retraite.

 

mardi 03 octobre 2006, a 18:37
MACCHABEE-BROCHETTES A L'HOSPICE BELINGUE

 Autour de 18 heures, mézigue, lou détective Hypo, m'apprêtais à me servir un nouvel antépénultième verre de Jack Daniel's quand mon Alcatel se mit à danser la gigue dans le poche de mon futal. J'appuyais sur le téléphone vert de mon cello pour mettre tristement fin à cette caresse ultramoderne, c'était une infirmière à fort accent normand, Lara Clayette, qu'avait eu mon numéro quasi par hasard. La donzelle m'signalait qu' « i s'passait d'ces choses louches à l'Hospice Belingue. C'est point diou joli-joli, m'sieu Hypo. Les macchabées, on sait pu quoi qu'en faire. » J'venais de foutre des ronds sur MIRAGE DU GOUTIER demain à Laval et j'me voyais pas faire le planton devant Equidia pour suivre les bourrins que j'avais allumé dans la nocturne. Un peu d'existence me ferait le plus grand bien, et de jugeote aussi, me suis-je dit, lassé de ne faire le papier que dans Tiercé-Magazine.

Ni une ni deux, j'enfournais mon verre de whiskos dans la poche de mon imper ainsi que mon Tiercé-Mag, par réflexe, et démarrais ma Taunus pour me rendre sur la « crime scene ».

La Clayette, bas blancs, blouse fermée, joli bout de femme, m'ouvrit la porte automatique de la maison de retraite ; je m'asseyais dans un fauteuil roulant de la maison d'arthrite et l'écoutais me faire la récap' des sales histoires qu'étaient arrivées à la tribu des cheveux mauves.

Depuis début septembre, quinze papis avaient clamsé et pis trois mémés. De mort naturelle, apparemment, mais les chiffres étaient foutrement impressionnants. D'habitude, me souffla la dondon, en septembre on fait du 1, 2, ... 3 cadav' maxi. Ok, merci pour le topo, loulou... dis-moi poupée, indices ? Empoisonnement ? Automne ? Ca commençait à me courir sur le haricot, cette histoire, pensai-je tandis que j'imaginais une rasade de Jack Da, mais mon verre s'était renversé dans ma poche, et la fille a fait de ces mines quand elle me vit tordre au-dessus de ma tête mon T-Mag trempé, tant d'efforts grotesques pour recueillir de précieuses gouttes de malt noyées dans l'encre de la feuille de chou. Au bout du compte, j'avais dû boire trois centilitres de whisky et la gueule entière de leur pronostiqueur-star Omar Sharif.

Pourquoi faire appel à Fred Mc Hypo et non à la police, lui demandais-je. Pardon ? Pourquoi qu't'as-t-y point fait appel à la poulaille, répétais-je dans son idiome natal. Pour la réputation de l'établissement, enfin !

Héhé, mais ouais, pas sot, ha ha, c'est bête comme chou, hi hi. Je riais comme un cave à la Bern.

Bon, vous la commencez votre enquête, m'sieu Hypo ?

Pas de doute. La chipie allait se mettre en pétard si j'démarrais pas illico le labeur. On discuta honoraires et nous convenâmes d'une formule de trio onze chevaux, ce qui m'allait, fallait juste que je sente la course à handicap bien degueu pour tenter le trio et ça pourrait faire la culbute. Des témoins, me dis-je, des témoins. J'entrais dans la chambre de Lucien O'Marney, ancien compagnon de box d'un pensionnaire disparu. « Salut ! J'me présente, Fred Mc Hypo, c'est mon blase, dites vieux, vous n'auriez pas remarqué quelque chose d'anormal ces derniers temps ? »

Le vieux se renfrogna et hurla, réveillant tout l'établissement (il était 19h30) : « Comment ça, si j'ai rien remarqué d'anormal ?! Bien sûr, il a disparu ! Il a disparu ! » Oui, ça j'sais bien, qu'votre camarade de chambrette, il est over, c'est pour ça qu'il est dans la place, bibi Hypo.

« Non, poursuivit-il, le tiercé, le tiercé, il a disparu ! On s'emmerde ! On s'emmerde ! ». J'eus comme un flash, mais pas de whisky hélàs... le tiercé avait été déprogrammé début septembre, passant de Canal + à une chaîne du câble crypto-kantienne. Quand vous n'aviez pas la chance de recevoir Equidia, vous étiez grosjean comme devant. Les retraités avaient souvent pour seule occupation l'étude du journal et la perspective de regarder la course, en attendant celle du lendemain, et ainsi de suite, fin de vie amusante et tranquille (ils perdaient souvent car ils devaient suivre les avis d'infâmes pronostiqueurs de la presse locale, et jouaient un euro ou deux par jour, ça leur suffisait, ils ne rêvaient pas à 80 ans de baraque sur la côte, mais juste voulaient passer le temps agréablement et casser leur pipe à la pepère cool).

Je retournai voir Miss Clayette et lui lâchais le fin mot de l'affaire, c'était l'absence de retransmission télé de l'évenement qui faisait qu'il n'y avait plus d'évenements dans la vie des pensionnaires, qui en conséquence décannaient d'ennui.

Qu'est-ce qu'on peut faire ? Qu'est-ce que VOUS pouvez faire ? sussura t-elle d'une voix soudain douce, tandis qu'elle m'entraînait dans une chambre vide, me poussant dans les draps encore chauds du mort du matin. Pour commencer, je lui fis l'amour dans les pyjamas et les plat-bassins, puis la promesse de lui refiler les bénéfs de mon trio en 11 pour procéder à l'installation onéreuse du Canal Satellite Machin Sport Bleu, ce, afin d'endiguer la saignée.

 

Je filais à Vincennes, dans ma Taunus, j'alpaguais un guichetier et jouais un trio de onze bourrins, les plus abandonnés possibles, persuadés de ma bonne étoile. Hélàs, un favori vint porter la discorde entre deux crêpes. Je me suis barré penaud de l'hippo, un peu triste pour toutes ces personnes en troisième âge. Je me sentais comme une dette. Alors, j'ai appelé un pote, mon partenaire privilégié, celui à qui je dois pourtant déjà un max, Cofidis. J'empruntais un pactole que je jouais dans la foulée mercredi sur KITO DU VIVIER et Mirage du Goutier, me couvrant aussi sur OISEAU DE FEUX, il en resterait toujours un peu au bout. Au moins, j'aurais tenté quelque chose, me suis-je chanté à moitié raide-def', tout en pressant au-dessus de ma bouche grande ouverte, la feuille de Tiercé-Magazine encore un peu humide.