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J'ai vu ma vie défiler très lentement en jeu simple gagnant
mercredi 28 février 2007, a 13:04
Ô joie, ôte donc ce manteau ordinaire camouflant tes attraits extra !
 

Dimanche dernier, votre Hypo était de sortie, comme il se doit le septième jour et tiré à quatre épingles sur le champ de bataille s'il vous plaît, en compagnie cette fois de beaux loulous, spécimens éxubérants venus des entrailles de la Terre (des provinciaux et un gars de la banlieue qui postent parfois ici en commentaires, et dont je préserve l'anonymat car je les respecte, et j'ai en horreur les blogs intimes).

 

Or, voilà-t-il-pas que je me retrouve embringué avec ces zoziaux dans une danse cacophonique, orgie que je n'avais guère connu depuis le temps où j'étais juré du festival d'imitation du cri de Tarzan, de Jouy-en-Josas.

 

A vrai dire, ça fait bien longtemps que près de moi, dans un champ de courses, je n'avais été entouré d'autant cris de joie inconsidérés qu'on ne croise peut-être plus guère de nos jours que dans les rangs des partisans de François Bayrou.

Le turfiste 2006 a en effet souvent la queue qui pend.

 

J'ai filé un pourboire à une très jolie fille en encaissant mes gains de la cinquième, la donzelle m'a dit que c'était le premier de la journée. Le turfiste est-il donc devenu si pingre ? Où est ta joie, mon petit gars à casquette, un champ de courses est un lieu de générosité, on doit y gueuler, y rire, y lâcher son blé, picoler, braver les dieux tandis qu'à quelques mètres de toi, Kool du Caux abaisse le record de la piste.

 

Personnellement, je pense que les courses offrent une joie tout à fait particulière, qui est très proche de la jouissance sexuelle. Et cela se produit au moment de la dernière ligne droite. Et pas dans toutes les courses bien sûr, je la ressens lorsque j'ai joué une bonne somme sur un cheval avec lequel je suis sûr à 90% de toucher (ou bien, il y a 50% mais le rapport probable est plus important) et que je tremble pour mon cheval, ou bien que je le vois gagner. L'exemple le plus évident de tout ça serait la victoire de Kool du Caux dans le France, qui est revenu manger mètre par mètre l'échappé Kesaco Phedo dans la ligne droite. Ca, c'est de la joie pure. Il y a un moment où toute pensée est impossible, on n'est plus que présence au monde, enroulé dans le temps qui semble remonter à l'envers. Puis juste après, se dire qu'on a été malin, non pas juste parce qu'on a trouvé le tocard impossible, mais aussi parce qu'on a joué 50% ou + de son budget du jour dans le coup qui permet de ne pas sortir perdant de l'hippodrome. Ou bien pleurer les larmes de son corps mais ça ne m'est pas encore arrivé (j'ai eu le nez creux tout ce meeting, pourvu que ça dure).

 

Or, j'ai l'impression que les turfistes, dans leur majorité, sont devenus incapables de saisir des occasions pareilles. Les turfistes ont été dévorés par la quantité, au lieu de garder leur appétit pour la qualité. Ainsi, sur le net, beaucoup de turfistes donnent leurs pronostics mais ils le font de manière systématique, comme les journaux. Ce nivellement détruit tout. Le prix de Sélection ne vaut pas le prix de gros. Ainsi, quelqu'un qui donnerait son couplé du jour tous les jours, eh bien, le couplé qu'il ne sent pas du tout se trouve mis au niveau de celui pour lequel il est hyperchaud. De même, dans les journaux hippiques, chacun donne 8 chevaux tous les jours, et donc un prix d'Amérique vaut un quinté du mardi, on peut foutre sa paye indifféremment. C'est faux, il faut créer des valeurs. Retenir son désir de jouer pour prendre du plaisir à jouer quand il le faut, quand on sort de son rôle de cochon de payant.

 

Le turfiste lambda est bien pompé par le système, et pas juste par le pmu, à qui il réserve la plupart de ses coups et la quasi-exclu de son courroux. S'il achète le turf tous les jours, il lui en coûte 40 euros, on ajoute 30 euros pour Equidia, encore 30 en droits d'entrée ou en bibines s'il se rend quelquefois sur un champ ou à un comptoir pour parier, il en est déjà pour 100 euros par mois avant de commencer à jouer. Ensuite, il parie et perd 30% de ses mises s'il est joueur lambda (ce qui correspond au taux de prélévement moyen). Etonnez-vous ensuite qu'il tire la tronche le dimanche au champ de courses, il est totalement drogué et erre dans un système sans valeurs, où le papier équivaut au spot, où le multi se court indifféremment dans le GNT ou l'épreuve d'inédits dans la réunion 2. Réveille-toi, mon ami à casquette, l'issue se trouve dans le système de valeurs.

 

Le turf vient à l'origine du galop, le sportsman était un aristocrate, les courses n'étaient pas mal vues car l'aristocratie s'y poursuivait en douce passé la Révolution. On était fin XIXème dans l'idéologie du Progrès, on tentait de battre des records, on croisait les meilleurs éléments pour obtenir une progéniture davantage performante. L'idéologie actuelle n'est plus le Progrès mais se voit clairement dans la façon dont s'ordonne le jeu sur un champ de courses, il y a l'élite qui survit par l'entrisme, le copinage (le tuyau), la qualité aussi ; et autour le grand corps social mou, qui s'endort car incapable de se lever contre "la Matrice".

Le grand corps social mou se laisse recouvrir par le bruit, ses particules évoluent dans un univers indifférencié où tout se vaut, où l'opéra vaut le hip-hop, où on pronostique trois chevaux par jour dans toutes les courses, où toutes les religions sont super, où il y a toujours une part intéressante chez le dernier des sales cons, où il y aurait toujours un bon coup à faire dans des courses merdiques, où Equidia accorde le même temps d'antenne à tout le monde, où le génie vaut le médiocre, où tout le monde est sympa.

 

C'est un mensonge, c'est l'idéologie de notre temps, le mythe de la glorification du présent et du pareil.

Et bien non, nous ne sommes pas pareils, et le présent n'est qu'une station sur la ligne passé/avenir. Et nous sommes libres de ne pas nous rendre tous les jours à l'abattoir nommé quinté plus. Nous ne rions pas sur commande. Nous rions quand ça nous chante et nous ne chantons pas sur commande, c'est même pourquoi nous rions et chantons.

M'enfin, le dimanche aux courses, on peut quand même bien prendre l'habitude de rigoler un bon coup.

mardi 13 février 2007, a 02:07
CHERIE, PASSE-MOI LE PUNK
 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Freedent propose de libérer les prémolaires.

Offshore Dream court contre ses parents.

Les films comportent 20% de film en plus

sur DVD, grâce aux scènes coupées.


Un homme en cage est applaudi par une famille de lions.

Cinq turfistes sortent du café-courses à 14h10

pour se jaunir les doigts avant le départ de la réunion trois.

Le P.I.B de Malte est multiplié par quatre toutes les deux minutes.


Les phrases, semblables aux cheveux, grandissent avec le temps.

Jos Verbeeck refuse d'adhérer au club des drivers gays.

95% de la presse hippique appartient au même groupe économique.

Tous les matins, je lave mes phrases avec du shampooing.



Nouba du Saptel démarre en cote comme Marco Pantani.

A l'heure dite, Jean-Pierre Dubois étale du fromage sur du seigle.

Le mec qui parie deux euros cherche le coup à 20 contre 1

Celui qui a mis vingt place en sa poche les deux euros du premier.


Dans trois ans, un trotteur sur trois peut s'appeler Dudule

pour peu que le monde vénére le monde.

Le PMU ne fermera pas à cause des bookmakers

mais quand les cafés-courses seront non-fumeurs.


Les appartements des doigts jaunes sentiront la cibiche

L'érémiste ne sortira plus que pour envahir l'Autriche.

« Le turfiste en veut plus » déclara Bélingue en août,

avant de finir la soirée, seul avec sa moumoute.



Depuis que les chevaux courent déferrés,

la patte de lapin est le dernier porte-bonheur.

Le trèfle parfumé passe de trois à quatre feuilles,

on s'essuie les fesses avec de l'argent sale.


Mara Bourbon est présentée à Ourasi.

Les cracks sont issus de mariages arrangés, joie et bonheur.

Si Louis Baudron portait le képi,

son grand-père se déguiserait en condé, pour la Chandeleur.


Le dimanche, je ne sais plus quel jour on est,

quand Kool du Caux approche de l'arrivée.

Je voudrais redémarrer en MS-DOS

le temps s'est retourné, il n'y a plus d'assoces. 


Dans la ligne droite, je ne peux plus penser

Mon cheval va gagner sans tomber sur un os.

C'est comme un orgasme, je ne suis plus aligné.

Je jouis en pariant la tirelire du gosse.

 

 

lundi 05 février 2007, a 02:39
LE ZO(Z)O DE VINCENNES
 

  Depuis que j’ai quitté le rang de ceux qui vont aux courses pour perdre l’argent de leur travail, pour passer dans celui des mecs qui gagnent davantage au champ qu’à la cueillette, le jingle de Paris-Vincennes « départ dans six minutes », sussuré par la délicieuse voix d’une femme qu’il me plaît d’imaginer pimpante, ce jingle me fait penser à celui de la pointeuse.

 

A présent, il sonne pour moi comme une annonce à aller visiter le DRH pour y apprendre mon licenciement. Je croyais que la vie de gagnant, c’était le champagne, les petites amies illuminées par un type qui lit l’avenir dans le Paris-Courses et la délivrance du chef de rayon, c’est cela, certes, mais aussi le couteau sous la gorge et la tremblote du mouton.

Surtout l’impression d’aller pointer résulte du fait que je me sens inhumain (dans la mesure où  mon ennemi s’appelle l’erreur), je suis devenu un ordinateur, ma mémoire est d’éléphant, mon cerveau une calculette (dimanche, je regarde le tableau des partants de la septième une minute avant le départ, sachant que Le Bijou de Bege part à 1.6, que Lellamika et Land Havaroche sont à 6, que le Bijou à 40% de chances de gagner, que les deux autres en ont 30%. J’ai 60% de chances de gagner 3 et 40% de perdre 1 si je mets la même somme gagnant sur Lellamika et Land Havaroche. C’est intéressant donc je joue. Lellamika a gagné, j’aurais perdu que cela n’aurait rien changé).

 

Pourquoi savais-je que Le Bijou avait 40% et les deux autres 30 ? Parce que j’ai fait le papier (ah oui, j’oubliais l’œil du lynx) les huit participants de la course avaient déjà couru dix fois ensemble, et ces trois-là gagnaient tout le temps, de loin. Le Bijou restait sur cinq victoires en six courses mais il n’avait gagné que dix fois en cinquante courses, donc le cheval était en sur-régime, et en février les valeureux guerriers du meeting commencent à vouloir se reposer, donc Le Bijou ne méritait pas sa cote.

Le gagnant est un parc zoologique (mouton pour la tremblote > stress, lynx, éléphant, et même marmotte car il faut passer les courses nases) qu’on visite le dimanche pour trois euros l’entrée, remboursable en chèque-paris.

 

Enfant, mon père m’avait emmené au cinéma à Val-Thorens 2300 alors que nous passions nos vacances d’été un peu plus bas, dans la station des Menuires 1850, j’y ai vu Superman 3. Le méchant avait un super-ordinateur et à la fin, l’ordinateur s’échappait, les câblages et les puces venaient se greffer dans le corps du méchant qui devenait un mutant, un homme-PC, un cyber-Lajoinie. J’ai l’impression d’être ce type. Le gosse du sixième sens : « I see dead people » et moi, je vois un gagnant : « I see Dead People, in the sixth race».

 

Dans une vie que je ne me souviens plus avoir vécu, je lisais Houellebecq, Zweig et Ikéa, puis un jour mes mains se sont noircies avec un Paris-turf ; je sautais des étudiantes de Rimini en leur récitant du Dante et en leur vantant les délices de la cuisine au mascarpone, je ne sais plus rien de cela, je suis à Vincennes devant une bière et je me souviens qu’il y a deux ou trois ans j’étais dans un bar avec une fille et Equidia et c’était le tiercé, Mirage du Goutier gagnait à 15/1 battant le grand favori qui s’appelait Morydiem, finissant cinquième avec une roue cassée. Et dans un coin de ma tête, j’ai rangé inconsciemment ces deux noms en me souvenant des circonstances.

Elle s’appelait Emmanuelle, elle était brune, ses cheveux noirs descendaient à ses hanches, elle était chiante comme la pluie. Il était noir avec une tâche blanche, son pote c’était Morydiem, ils aimaient les longues distances et courir def4, ils abhorraient les pistes détrempées.

 

Je ne suis plus à Vincennes, je suis avec Vincennes.

Je m’avance vers un guichet, Morydiem va gagner, on est sur une longue distance, j’ajoute Notre Haufor def4 for the very first time, le premier gagnant et puis couplé gagnant, par vingt euros (je n’oublie pas que j’étais smicard, et j’ai pas des masses de fric d’avance). Je vais dans les tribunes découvertes. Ils font 1 et 2, je touche 500 euros. J’avais aussi fait un petit trio avec Nijinski Blue qui redescendait de catégorie, boum, encore 200. Je suis un parc zoologique, on me jette des cacahuètes.

 

Les courses ont pris pour moi une tournure étrange. On me demande un cheval, je réponds « Oryx des Ternes », et il gagne. Je me réfugie dans les toilettes des femmes. Une assistante de direction me demande si elle sera augmentée cette année. Je m’enfuis vers le grand hall. Une famille de paysans me demande si le Beaujolais aura cette année le goût de banane ou de framboise. Ségolène Royal veut savoir si elle peut déjà prévoir deux mois de vacances cet été. Un enfant s’approche, perdu, pour me demander si je ne saurais pas où sont ses parents.

 

Gagner, c’est bien, mais le plus beau aux courses, ailleurs aussi, je crois, c’est partager.

Présentation
Nouveauté, "J'ai vu défiler..." accueille pour la saison 4 un nouveau chroniqueur, l'épatant SAM SPADE DU RIB, alors soyez gentils d'arborer une tenue décente en lisant ses papiers.

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Q n'est pas du poulet (par SAM SPADE DU RIB) M51 (23/11/2009 14:43)

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