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Après m'être connecté à "Mongenie", j'ai observé machinalement sur la page de droite de mon hébergeur de blog, les dernières mises à jour. En l'occurrence, un blog d'un ronchon nommé "Baisse du chômage" et un blog d'un patachon, "Passion Chats", je clique sur un troisième "Mes favoris", je m'attends à tomber sur le bestof Internet Explorer d'un généreux, las, le dernier article édité commence comme suit : LISER DES MAILS ET PARTICIPER VOUS ETES REMUNERER.
Ces dernières semaines, les pensées morbides font florès en mon ciboulot, le monde des chevaux me semble bien plus riche que la farce que perpétuent mes contemporains, et j'ai davantage de plaisir à traîner sur geny.com, même sans jouer par la suite, qu'à faire le con dans le monde comme il va. Les courses offrent une version sublimée, transposée et mise à distance, des joies et misères du fait de vivre en communauté. Faire le papier et tomber sur une évidence m'en apprend plus sur la nature humaine que la fréquentation d'un directeur des ressources vivantes ou d'un paraplégique ou d'un odieux cumulard (comme par exemple un directeur paraplégique des ressources vivantes).
Déprimé, je me suis liquéfié par les yeux tout à l'heure en tombant sur le profil d'« Ailton », vendredi dans la cinquième à Saint-Cloud. Quel destin que celui de ce cheval, voici un petit mec qui à l'orée de sa carrière (sa deuxième rencontre avec un hippodrome) a mis trois longueurs dans la vue d'« Ilie Nastase », dans le prix du Lude, et une et demie à « Earth Planet ». Quand vous commencez une carrière par ringardiser Nastase et par foutre une longueur et demie à la Planete Terre, vous avez la hargne, vous avez 21 ans, votre pseudo MSN c'est "Rastignac2000" et vous allez gagner Flushing Meadow l'an prochain, c'est couru.
A la course suivante, Ailton est donc inscrit dans un groupe III l'explicite "Prix des condés" mais il doit y subir la loi de « Midnight Beauty », les noms parlent d'eux-mêmes, si j'étais peintre, je reproduirais sur toile cette performance en la titrant "Allégorie de la jeunesse communiste révolutionnaire ne pouvant rentrer en boîte pour cause de tenue correcte exigée ".
Pauvre Ailton, il se voyait déjà en haut de l'affiche, flirtant avec le gratin, et s’est découvert une allergie à la cocaïne.
Le voici, revanchard, et il part à l'assaut d'un groupe I, le critérium de Saint-Cloud (le 12/11/06), sur son auguste dos, il fait grimper Victoire. Mais il finit aux choux, son envie toute personnelle de réussir s'étant métamorphosée en une très banale "rage de vaincre". Avant-dernier. Il a 26 ans, c'est déjà l'âge de la retraite pour les tennismen. Dans la rue, les enfants l'appellent Santoroooo et rient méchamment de lui en affichant des chiffons rouges en guise de muleta. C'est la déglingue. Il se met à la bière tiède et se fait réchauffer des raviolis au micro-ondes. Il a oublié le goût des arômes et saveurs, le matin, il mange à lui seul une boîte familiale de 1,2 kilos. Il demande de l’argent à ses parents pour payer son quotidien, à 26 ans il n'attend plus rien de la vie que quelques toasts au tarama le jeudi, et le droit de regarder les documentaires animaliers de la cinquième chaîne.
Ses quelques amis tentent de le bouger de sa mélancolie. On lui propose d'aller danser, une fois il accepte, or, ses pas sont gauches, il préfère faire canapé au moment du slow (le 29 janvier, il a fait 5/8 à Cagnes sur Mer). Allez quoi, Jeff, t'es pas tout seul, tiens, mets ton costume, on va aller au bal. Vous m'emmerdez, leur répond Ailton. Et voilà son père qui s'y met, son père c'est « Fly To The Stars », il lui passe un coup de bigo. Bouge ton cul ou j'te coupe les vivres, assisté va, lui dit cash son père, un homme de droite qui ne supporte pas les fainéants, vu qu'il a hérité de son propre daron, un bosseur.
Ailton ne veut pas froisser son Fly de père, il accepte la bonne place que son géniteur lui a trouvé au sein de son entreprise (il devra checker des listings), sans heurts, il y accumule donc les bonnes places au niveau listed. Mais la gagne, nenni et ses rêves de panache, de groupe I de s'évanouir, et il réalise que tout ce qu'il laissera à ses enfants, c'est une collection de VHS consacrée au Zébu et à la Zibeline quand il avait magnétoscopé sur la 5 une saison de la série documentaire "Z comme Z'Animaux". Il s'endort au travail. On le déclasse, fini les pince-fesses du comité d’administration. De toute façon, il n'était pas fait pour le grand-monde, il considère sa lignée, l'un de ses parents s'appelle « Aznavour » mais c'est sa mère. Ailton, de toute façon, c'est un prénom de sous-marque. C’est Elton à la mode Leader Price, un peu comme dans les magasins Netto où on trouve des boîtes de maquereau « Captain Couque ». Chienne de vie.
Voici Ailton comme répudié. Transféré au service archives de sa boîte (une course B), il s'y montre incapable (5eme sur 6). Le voilà névrosé plein-pot. Il est viré. Ses parents ne lui répondent plus au téléphone. Il doit quitter Paris. A présent, il vit dans un 12metres carrés à Paimpol, au premier étage d'un lit superposé dont il loue le rez-de-chaussée à Flora, la prostituée de la rue des Chartreux, qui y fait leur affaire aux marins de passage.
A trop entendre ahâner les mousses, il se dit bordel, ressaisis-toi Ailton, t'as que 28 balais, il s'inscrit alors sur Meetic pour changer d'air, rencontrer une Réunionnaise ou un pirate qui l'emmènera visiter l'Earth Planet qu'il méprisait autrefois. Et c'est ainsi que vendredi, il se présentera au départ d'une course à réclamer.
Voilà à peu près le type de rêveries auquel je me livre en feuillant mon turf… La semaine prochaine, je vous raconterai comment Jean-Pierre Dubois n’a conservé dans ses boxes que le cheval nommé « Que je t’aime », propriété de Lady O’Reilly, qu’il prépare depuis six mois pour la course de demain soir (R3. 202), afin de le faire enfin gagner et de dévoiler ses sentiments à la dame par ce subterfuge. Ca fait quatre mois qu’il la fait mariner à ne pas gagner, la dame se demande pourquoi Jean-Pierre s’est séparé de « Quatre Juillet » et a gardé au box son petit Que je t’Aime, m’aimerait-il se demande-t-elle anxieuse, demain, les deux seront dans l’angoisse et à 65 ans c’est encore plus beau, croyez-moi, ça sent le geste romanesque, la victoire et le palot avant le début de la troisième. Dites-le avec des chevaux.
>> Vendredi. R1. 503 Ailton. R3. 202 Que je t’aime.
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