Chers turfistes,
Vous vous demandez de quel maelström est sortie la mouche qui m’a piqué ces derniers temps, et avez songé à contacter mon hébergeur pour qu’il m’envoie une bonne camisole. J’ai même reçu par courriel la recette du tilleul-Xanax. Rien d’inquiétant, les mecs. Je regardais flippé nos dernières arrivées et j'en restais collé à mon fauteuil Everstyl, oubliant de descendre au bartabac acheter des allumettes avant la fermeture, alors il fallait que j’aille juste loin, très loin, chercher du feu sacré afin de rallumer ma clope.
Maintenant, je fume la pipe, et on repart tranquillou jusqu’au prix d’Amerique que gagnera Levesque, au France que Nouba fera sien, et au Paris, gagné par Mirage du Goutier à 99/1.
Et si autre chose se passe, très bien, place à la vie ;)
Je reviens de loin, mais je suis revenu. Et tiens, je suis même allé dimanche dernier à Auteuil. Vous le savez, je vais chercher dans les courses des métaphores de l’existence. Et si soudain, le monde me paraissait hideux et les courses leur reflet dès lors qu’O’Brian aligne 4 champions pour gagner l’Arc avec la vulgarité d’un Besson qui sort Taxi 4 dans 900 salles, histoire qu’il n’y ait aucune salle disponible pour les petits films inventifs, et bien le mano a mano Or Noir de Somoza/Princesse d’Anjou m’a soufflé et m’a redonné l’envie de retourner bosser.
Voici deux chevaux phénix, cramés, brisés sur les terrifiants obstacles de steeple d’Auteuil (faut aller à Auteuil pour assister au steeple depuis le troisième étage de l’hippo, pour les courses de haies on peut regarder Equidia) qui se sont recomposés tel Lionel Jospin reparti au combat en 2002 après avoir mordu la poussière en 1997. Une lutte absolument soufflante, au couteau entre les dents, et sans perdant, ce qui est très beau. Or Noir gagne, certes, mais la légende s’est inscrite là. Noblesse du sport ; Passion du ham.
Auparavant, je me trouvais au rond de présentation et j’avais trouvé Don Lino tout à fait touchant. Il avait l’œil de Dustin Hoffman dans Le Lauréat. Un petit gamin éploré devant une grande dame. J’ai joué sur lui et aussi sur Othermix, dont le physique, la robe sont proprement étonnantes. Il ne ressemble à rien, et ça me plaît.
Ils ont couru n’importe comment mais bon, depuis Prince d’Espace, Authorized, et tous les favos faux bond de ces dernières semaines, on voit bien que le turf galope cul par-dessus tête, un peu plus tard Mid Dancer invaincu en quatorze courses, se faisait toiser par le modeste Malikhan. Les courses me semblent manquer un peu d’architecture et de logique ces derniers temps. Un Remember Rose rafle tout au printemps puis s’écroule à l’automne comme un flan trop peu cuit. Alors je fais un pas de côté en attendant de retrouver petit à petit l’envie de danser quand la musique se fera davantage entraînante.
En repartant de l’hippodrome, j’ai marché le long de la Seine jusqu’à la Tour Eiffel. J’ai repensé à Or Noir et à la Princesse, et aussi à Yann Porzier, et à cuisiner des champignons, et le vent frais soufflait, vivifiant. L’hiver, enfin. Vincennes, Grosbois, le Cornulier, les préparatoires, les critériums… Je piaffe dans mon box, plein d’espoir !
Ne vous étonnez pas de me voir moins en ce moment, je travaille à de bons projets, et puis je suis là pour chanter les exploits des champions, les espoirs des parieurs. Dès que les courses reprennent leur sarabande céleste, vous me reverrez sortir du bois avec mon bouquet de fleurs en main et ma mandoline. Tant que des Mid Dancer ou des Prince d’Espace sont incapables d’être là le jour J, je préfère me retirer et m’abreuver à d’autres sources d’eau de nuage, l’argent reste dans ma poche, je parie des miettes et mange la baguette. Les textes sur les arrivées improbables, je les ai déjà écrits avec mon poème et mon roman-feuilleton, et je n'ai pas envie d'inventer une nouvelle forme, de la beauté, de la cuisse, du champion et de la noblesse et j'accours.
A très vite, j’espère !
|