
Longtemps je me suis couché de bonne heure. Aux alentours de 15 heures 30. Il faisait beau sur Paris. Les nuages découpaient une dentelle tendre dans le bleu des illusions. Un champion confirmé allait chanter la geste de tous les êtres beaux qu'on peut croiser par les champs et par les grèves. Puis soudain, il se faisait exploser par un petit roublard, un fake qui venait se la jouer authentique, un copiste de basse extraction, bref, un élève de Jean-Michel Baudouin tel que le "Mon Milord" qui dimanche dernier a humilié cul-nu le prince Nénuphar quand quelques mois plus tôt, le "Mon Milord" se traînait pour finir sixième à Questembert d'une course de baudets. Cela faisait plusieurs mois déjà que je ressentais en mon petit coeur (de Melun) que si les courses nous présentaient des femmes aux chevelures inédites pour nous dire que le bourreau de leurs coeurs portait la coupe mulet, je n'allais pas tarder à virer ma cuti (arrêter le turf, veux-je dire). Alors je suis allé me coucher, non sans avoir jeté auparavant un oeil sur l'historique de ce "Miaou", euh non, de ce "Ludo du Parc", euh non, de ce "Mon Milord". Il avait été acheté six sous il y a quelques semaines par M.Sébastien Moureaux, journaliste à Week-End et depuis, boumboum, quatre victoires, en rejoignant les boxes de M.Baudouin.
Je ne partirais pas en suppositions car M.Lemétayer, son précédent entraîneur-propriétaire, n'a vraiment pas de bons résultats avec son effectif, peut-être que M.Lemétayer n'est pas bon, après tout. Combien de chevaux superstars demeurent alors dans l'ombre parce qu'entraînés par des balourds ? Pourquoi, M.Moureaux, avoir jeté votre dévolu sur "Mon Milord" et pas "Ness de Sita" ?
Peut-être, après tout, que M.Baudouin est vraiment un magicien, je ne sais plus. En 1993, j'avais eu une amourette avec une jeune fille magnifique que j'ai croisé dix ans plus tard par hasard à Evry. Je ne l'ai pas reconnue tout de suite car elle avait dix ans de plus certes, mais aussi et surtout cinquante kilos, et des sacs Franprix à tous ses bras. Devant, à quelques metres, marchait son mari, en jean degueulasse, qui jouait avec les clefs de sa Twingo. Ce sale con portait la coupe mulet.
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