En décembre, j'eus l'occasion de faire un saut dans l'aimable cité phocéenne. J'en profitais pour aller jouer au con. Coup de vent à Vivaux. Coup de grisou à Borély. Une paye que je n'avais pas foulée la piste d'un hippodrome de province, réellement foulée, puisque j'en ai vraiment fait le tour, me pointant un vendredi à 14 heures avant d'apprendre sur place que les réjouissances auraient lieu à la tombée du jour. Profitant de la nonchalance qu'on peut avoir quand on visite un endroit qu'on ne reverra pas de sitôt, et du peu de monde sur les lieux, je m'étais glissé sur l'anneau de Vivaux. J'ai marché, c'était bon. Depuis, j'aspire à emprunter la grande piste pour vraiment savoir ce qu'est cette fameuse montée que Pierre-Joseph compare à l'Alpe d'Huez quand il a picolé trop de génépi, et qui, vu des tribunes, semble aussi douce qu'un creux poplité.
La visite ne s'arrêta pas là puisque le soir même, au gré des allées et venues, je me suis infiltré dans les écuries en me faisant passer pour Bernard Michel, le chroniqueur hippique de La Voix du Nord. Ah, respirer le crottin ; oh, sentir monter dans sa colonne vertébrale le rythme ternaire produit quand alentour le sol cimenté rencontre le sabot de l'être vivant.
J'ai vu les chevaux immobiles dans leur box, attendant sans moufter, impressions de sérénité en Olympie, concentrés comme des lecteurs, à la fois dans le monde et cependant bien loin. Un vrai petit bonheur bio.
Si je n'étais pas le patron d'une entreprise de fruits et légumes qui pratique l'import/export mondial (eh oui, www.mondial-legume.com, c'est moi) j'aurais volontiers arrêté ma carrière pour devenir lad. Mais il faut que je pense à tout l'argent que je gagne, je ne peux pas comme ça l'abandonner.
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