Cet après-midi, Zöé, ma guichetière préférée à Paris-Vincennes, m'a remis quelques billets verts suite à la victoire de QUEEN D'ARRY (recommandé ci-contre). Tout à ma joie, je lui en dédicaçais un, ce qui le transformait d'ailleurs illico en billet violet. Puis je décidais sur un coup de tête de revenir chez moi en taxi afin d'y feuilleter en père peinard le supplément des Echos consacré aux Mulryan.
Mon geste généreux était-il celui d'un fou ? Christophe Donner assure que le turfiste ne doit jamais rien laisser, car il doit venir sur le champ afin de prendre du fric, non d'en dilapider. Il ne déconne pas sur le sujet, l'ami Donner... l'autre jour je l'ai croisé au bar Le Paddock, il venait de toucher un 2sur4 Bazire-Levesque par trois euros, et néanmoins il m'a laissé payer seul ma bouteille de Veuve Cliquot.
J'appelle ça de la pingrerie.
Autant je rechigne à laisser partir un billet sur une non-chance, ayant l'impression de m'amputer, autant une fois que la journée est faite, je me sens capable de n'importe quoi, et d'en faire profiter qui me plaît. Le gain aux courses, même s'il est le fruit d'un travail, a toujours pour moi une certaine grâce. Je l'apprécie d'autant qu'il me donne l'impression de ne pas être mien. Chez moi, l'hiver, les billets verts, jaunes et violets dorment dans une tasse aux armes du GNT, sur le frigo, ce n'est que du papier...
Gagner apporte une vraie joie gratifiante, supérieure au gain. Quand vous gagnez, c'est que vous avez été le meilleur. Ensuite c'est la déprime, vous regardez vos billets verts ou jaunes, en vous demandant ce que vous allez pouvoir consommer avec. Alors vous n'êtes plus qu'un bourgeois médiocre. Tandis que si vous laissez vos billets vivre leur vie, vous payer l'ordinaire et quelques extras, il me semble que vous vivez une existence plus intéressante, vous êtes davantage ouvert au monde.
Tenez, samedi dernier, j'avais emmené Rémi, mon neveu (un musicien original et talentueux), au champ car il voulait me voir jouer l'équivalent de son RMI sur Oyonnax (qui gagna à 5.7).
En le raccompagnant à sa chambre de bonne dans le XIXeme, nous passâmes devant un kiosque à journaux, où en bonne place figurait une affichette pour "Pif Gadget" qui resplendissait entre des unes de magazines de voyage et de porno.
Et là, il me dit : "tonton hypo, tu sais, j'ai des problèmes de fric, la vie c'est dur pour moi en ce moment... alors ben, je sais pas trop comment te le demander, c'est délicat, mais...". Et bien, figurez-vous que je ne lui ai pas laissé le temps de finir sa phrase, et qu'en toute générosité, j'ai couru au kiosque afin de lui acheter son Pif.
Qui osera, après ça, encore dire que nous, turfistes, sommes une calamité pour nos proches ?
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