Les champions de Pierre Levesque ne peuvent pas se blairer, paraît-il, normal… Offshore Dream décline sur le mode chevalin la figure du métrosexuel, soit le jeune homme, et donc aussi la jeune fille. Il est doux, effacé, a le torse épilé, et se pomponne pour sortir en boîte une ou deux fois l'an, autour du 31 janvier. Meaulnes du Corta, au contraire, incarne l'hétéro perdu, le bourru, la rock star. Le champion impétueux prêt à exploser à tout moment, le romantique, le souffreteux aussi (à 9 ans, il n'a couru que 51 fois !).
Profitant d'une absence totale de faux départ, se marrant dans sa barbe de trois jours pendant que Laurent Bruneteau tentait de persuader le public de faire la ola, Meaulnes du Corta n'a cette fois pas perdu son influx et s'est imposé comme le meilleur cheval d'âge européen. Sans un pli. Il les a fusillé. Puis il a regagné son hôtel, pris de la coke, baisé deux putes, pété le climatiseur de sa chambre, vomi sur la moquette, et mêlé le contenu de ses capotes dans le flacon de bain moussant « Fleur d'acacia » de sa baignoire à deux places.
De son côté, Offshore a pris un bain pour se détendre dans lequel il a versé de la fleur d'acacia que son voisin de palier lui avait prêté, puis il a commandé un massage ayurvédique aux huiles essentielles, avant de commander un club sandouiche et une grande salade aux tomates-cerise. Il s'est couché vers 21 heures en regardant une émission d'Arlette Chabot sur TV5.
Si Pierre Levesque mérite le blase de « professeur » de par sa science de l'entraînement, de l'engagement, sa façon de driver (il est aussi « l'ajusteur »), pas étonnant qu'Offshore Dream soit son cheval de cœur. Offshore Dream, bien que façonné par Jean-Philippe Borodajko, a explosé dans les cours particuliers du Professeur. Meaulnes, lui, représente la classe pure et méchante, il refuse donc d'aller en classe. Même en course, il empiète sur les piquets, rien à branler, les commissaires font les taiseux, froussards à l'idée de se faire casser la gueule par ce cinglé.
Derrière Meaulnes et sa testostérone en folie, sa pure masculinité déclinée équidé, on retrouve (de façon inattendue pour moi, j'avais massacré Olga et Meaulnes à la gagne et ajouté Opal en CG) les trois danseuses : Nouba du Saptel, Qualita Bourbon et Olga du Biwetz.
La ligne droite de Nouba du Saptel donne le frisson à la revision sur youtube, Yves Dreux a le très bon parcours, un peu comme celui qu'il a donné à Mirage du Goutier dans le GNT, mais le cauchemar n'est pas loin quand devant Oiseau de Feux rend les armes, mais soudain ça s'ouvre un poil, et la jument envoie comme à ses meilleurs jours, totalement retrouvée, dans le plus pur style de ses fameuses accélérations, avec décontraction et grâce. Tout cela est magnifique. Bravo à Geslin qui a réussi à rendre son moral à une jument qu'on croyait cramée. Et que dire de Qualita, sinon qu'elle est le pendant au féminin de Meaulnes du Corta, la Amy Winehouse du trot français ?
Olga du Biwetz, enfin, confirme qu'elle était meilleure ce jour qu'Opal Viking, Exploit Caf, et tout le toutim. Jos se prend une vague à la sortie du tournant, qui lui fait perdre un peu de temps, et la jument n'a pas le temps de trouver son action. Qu'importe. Plastiquement, le podium Meaulnes du Corta, Nouba du Saptel, Qualita Bourbon ne manque pas d'allures, c'est le podium de l'écorché et des pasionarias. Un podium de foutraques (Nivard, Dreux et Le Papet, ça aussi, c'est très chouette) qui fait la part belle aux fortes têtes.
En vérifiant l'orthographe de pasionaria, je tombe sur cette citation attribuée à la résistante espagnole Dolorès Ibarruri Gomez, « Mieux vaut mourir debout que vivre à genoux ». Ce podium est de ceux qui nous aident à vivre debout.
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