| lundi 23 octobre 2006, a 03:51 |
| SE RETIRER DEFINITIVEMENT DE LA VIE HIPPIQUE ? |
C'est dans un lit superposé, au-dessous d'un enfant prénommé Théo, que j'ai repris mes esprits samedi matin, dans une maison pavillonnaire de Mondeville, en périphérie de Caen, portant une fausse moustache. Après un petit-déjeuner fort copieux que j'ai englouti comme un morfalou, et un bain brûlant où j'ai amadoué le jojoba, j'ai accepté la proposition de l'ami impromptu qui m'avait donné l'abri cette nuit-là, de me laisser en ville. Auparavant, je lui demandais l'autorisation de consulter mes e-mails, je n'en avais aucun, je zappais sur lastminute.com et me renseignai sur les prix des charters vers le Mexique. On faisait des promos sur l'Asie. Sur pagesjaunes.fr, j'apprenais l'itinéraire menant à l'hippodrome et j'y filais, après m'être fait déposer par l'ami devant la Fnac, pour faire beau.
En vérité, nu pieds, je m'en allais jouer mon va-tout.
Trois minables euros, voilà tout ce dont je disposais en tout et pour tout, même pas de quoi me payer à la fois une feuille hippique, le droit d'entrée et ne parlons même pas de parier. Bref, j'étais arrivé devant l'enceinte, ne sachant que faire, entrer ou non, y aller ou pas, comme un adolescent timide, ou comme un normand...
Plein d'entrain, j'échangeais quelques plaisanteries avec un retraité bonhomme qui vendait des Paris-Courses à la criée devant l'entrée située côté tribunes, Papipoil (c'est ainsi que l'appelaient les caissiers) me laissa négligeamment jeter un oeil aux pronos du jour. La déveine continuait, je ne voyais pas grand-chose de sérieux, seul Quellas, un poulain sur lequel Louis Baudron bâtit de beaux espoirs, pouvait passer aisément le poteau en vainqueur dans la dernière, il lui fallait battre le Bazire mais ça devait être jouable. Ce Quellas afficherait en final huit ou neuf euros gagnant, si je réunissais 100 euros d'ici la sept, ça me paierait un voyage à Bangkok, la vie en Thaïlande est peu expensive, je pourrai trouver un boulot dans une compagnie de pousse-pousse, gagner un peu d'argent en escroqueries diverses, apprendre à rouler mes propres nems, continuer à parier sur les courses françaises depuis Internet, et dans cinq ou dix ans, j'aurai probablement gagné de quoi payer un billet retour, et je reviendrai faire fortune dans les nems. Le panard.
Alors que je m'adonnais à ce qu'on appelle le daydreaming au pays de la Breeders Cup, la rêvasserie ; l'aigreur des turfistes autour de moi me monta au tarbouif. Leur allure, nerveuse sous le ciel brumeux ; leur pas, semblable au traquenard, courant puis marchant, certains filaient de guingois vers les courtines, d'autres s'y dirigeaient à pas chassés, faisaient la queue aux guichets puis arrivés face au préposé effectuaient marche arrière pour faire les cent pas sur la pelouse. C'est que Caen est plein de normands, et que ce peuple a fait de la remarque "p'tet ben qu'oui, p'tet ben qu'non" une véritable philosophie, la maxime guidant leur existence.
Des vapeurs de sueur âcre refluaient donc jusqu'à moi. Ca vociférait de partout, encore plus que sur un champ de courses ordinaire. Ces normands sont incroyables. Je suivais du regard l'un d'entre eux, que j'appellerais Doigts jaunes car il fumait des Maïs, je l'observais remonter une queue en maugréant, queue interminable, mais au bout de huit minutes, le voici enfin parvenu à décrocher son Graal, son regard affronte celui de la préposée, Ongles carmin. Doigts jaunes demande à Ongles carmin de lui faire un couplé gagnant trois-huit (ce qui est de toute façon une erreur, car c'est la combinaison que choisissent souvent les ouvriers, de sorte qu'elle est toujours écrasée d'argent et rapporte des queues de cerise ; la remarque vaut autant pour le trio des numéros cinq à sept, apanage des patrons de PME et de leurs secrétaires). Ongles carmin valide le 3/8 puis Doigts jaunes se tâte et lui demande de l'annuler. Il s'est ravisé, le tendre animal, il réfléchit (tandis que derrière lui grondent d'autres normands) puis décide de jouer plutôt 3/8. C'est la bronca derrière lui. Doigts jaunes regarde son ticket, se tourne vers son voisin pour lui demander son avis, et annule à nouveau son pari après la réponse de l'autre ("P'tet' ben qu'non, p'têt ben qu'oui"). Cela se poursuit jusqu'au turfiste suivant, qui éxécute la même parade. Spectacle fascinant qui me fit réaliser à quel point le caennais devait être influençable.
Aussitôt, mon prodigieux cerveau trouva comment profiter de la situation. Au diable mon ego, j'étais suffisamment bien dans la dèche. Plus le choix. Allez, on se lance. Je prenais sur moi et commençai à crier "Tuyau, tuyau, ils sont bons, ils sont chauds, qui n'en veut du tuyau ?". Rien. Pas une réaction. Je persiste... ma voix devient canaille, peu à peu elle évoque les vapeurs de graillon. Un homme louche s'approche de moi, cinquante ans, chemise beige, l'air sympa malgré tout mais physique mastoc, toutefois sa voix est proche de celle de Lionel Jospin : "T'as un cheval ? Allez, oh, donne-moi un cheval !". "Cinq euros, le tuyau" lui fais-je, avec une morgue de voyou, j'essaye de cracher par terre mais je n'ai pas l'habitude et le glaviot pend à mon menton. Le mec me dévisage bizarrement (sûrement que je dois l'impressionner) et lâche : "Ok, ça roule". J'empoche un billet de cinq et refile mon Baudron au Jospin mastoc. Je m'écarte de lui, et reprends mon manège un peu plus loin, entonnant "Chaud les tuyaux" sur un air emprunté à Madame Cordy. Ca marche. Doigts jaunes vient à son tour, il me demande : "t'as un chaud chaud chaud, chocolat ?". Echange de bons procédés. Cinq euros contre Quellas, ça m'en fait dix. Le type repart jovial vers l'hippo. Je me donne pendant une heure, et je ramasse 210. Un panneau m'informe que Quellas est tombé à 5/1. Les gars doivent être en train d'appuyer mon bourrin au betting, me dis-je satisfait de l'aura que je dégage (sûrement dûe en partie à ma fragrance jojoba). Les turfistes n'hésitent plus, ils y vont par paquet de 100, c'est certain. Bon, pourvu qu'ils me le laissent à quatre, ça ira. Le temps passe, on en est à la cinquième, et plus personne ne veut de mon tuyau, on me répond que c'est trop cher, cinq euros, y a un Jacques près de la cabane qui le fait à quatre euros, qu'on m'dit. Stupéfait, je me rends au coin indiqué. Doigts jaunes, ce félon, alpague le chaland en chantant qu'il a un tuyau sur la mélodie de "Strauss-Kahn, i va gagné". Il le vend quatre euros. Un attroupement se fait autour de lui, façon celui des joueurs de bonneteau dans le tunnel d'Auteuil après la dernière. Un rabougri (en fait, c'était Papipoil) s'extrait de cette meute et ameute à son tour : "Trois euros, trois euros, eul' tuyo !". On se presse vers Papipoil. Je l'achète pour vérifier, c'est Quellas, le mien. Et voici que derrière moi, j'entends à présent "Deux euros, deux euros, c'est du sûr, du couru. Chocolat, chocolat pour Papa !". Puis une autre voix, une troisième, tous le font à deux euros. Une cinquantaine de turfistes joue des coudes pour revendre mon intuition. Le cours de Quellas descend encore, il n'est plus qu'à un euro, et sur le tableau des côtes, je découvre ébaubi que Quellas ne vaut plus rien. Tous le bombardent. Son rapport probable tombe à 1 euro 30 pour 1 joué, la poisse.
Je rentre dans l'hippo, prélevant trois euros de mon écôt. Le monde extérieur, cet idiot frénétique, a semble-t-il réussi à pénétrer ces havres de paix que sont les hippodromes. Et voici une troupe de caritatifs baptisée "Les tuyaux du coeur" qui refile mon Quellas avec une bonne soupe. Dans la tribune Ourasi, Ongles carmin a déserté son poste, elle donne Quellas en échange d'une signature en bas d'une pétition pour libérer Ingrid Bétancourt. Le fantaisiste Barbouton improvise une pantomime appelée "Quellas, quel as !". Le collectif des sans-tuyaux organise une distribution de tickets supposés gagnants. Le tuyau a tracé sa route, faisant traînée de poudre. Des traders affluent aux courtines pour acheter du Quellas. Des mafieux se dirigent vers les guichets avec des valises pour blanchir leur argent sale. Des flamands, ivres de Red Bull, ont tracé dans leurs Corvette afin de parvenir à Caen avant la septième et jouer leur belle-mère wallonne sur mon canasson. Et du haut-parleur, j'entends Pierre-Joseph Goetz commenter : "Les amis, je n'aurai qu'un conseil, ruez-vous sur Quellas, les amis, qui me fait une impression magnifique ! Quand on s'appelle Quellas, on ne va tout de même pas finir deux". J'en oublierais presque la course. Coup d'oeil au tableau des cotations, Quellas sera remboursé. Je tente mon va-tout et joue mon pactole sur Bazire, que je n'ai jamais vu à pareille côte. Un commissaire donne le départ de la septième. J'attends, tentant d'afficher sérénité sur minois. Je m'abstiens de crier "Allez, Jean-Mi pousse-moi ça !" dans la ligne droite, pour sauver ma peau, mais c'est dur.
Sous les huées, Monsieur Bazire passe le poteau en tête sur Queila d'Any, toisant Quellas d'une tête, et j'arrache ma fausse moustache de bonheur. 100 euros sur un JMB à 730/1. De quoi me payer une opération de chirurgie esthétique salvatrice. De quoi me faire une nouvelle gueule pour revenir hanter les champs en toute quiétude, sans risquer d'être reconnu par Jean Barbou et Flavie Flament, et même garder un peu de gratin de côté pour offrir une nouvelle poitrine à ma mère. J'encaisse mon magot discrétos et regagne discrètement la sortie. J'entrerai à la clinique lundi, pour sept jours. Je ressortirai dimanche avec une nouvelle pure face, prêt à vivre de nouvelles aventures, écrire de nouvelles chroniques, méconnaissable et pourtant unique, prêt à porter partout la bonne parole du cheval. Cheval, mot si unique et précieux dans la langue française, qui pousse le bon goût jusqu'à ne pouvoir s'écrire en langage SMS.
A dimanche, les amis !
|
|
| samedi 21 octobre 2006, a 20:04 |
| LAST NIGHT IN VINCENNES |
Hier vendredi, en fin de matinée, je recevais un appel de Flavie Flament herself. L'animatrice de "Vis ma vie" voulait savoir si j'étais toujours intéressé par participer à l'émission, suite à un malentendu (cf. Bilan de compétences), j'étais supposé souffrir de fritophobie et échanger ma vie pendant quelques heures avec une célébrité, en l'occurrence Alexia Laroche-Joubert, que je ne connaissais ni d'Adam ni du chanteur Dave. Mon compte en banque étant plus aux abois qu'une biche, je filais mon aval en échange d'un bon défraiement.
L'après-midi, je me présentais à l'accueil de la tour TF1 où, après avoir subi une fouille au corps, je pénétrais dans un environnement de plantes vertes, de Macintosh, de posters de Mougeotte et PPDA, et de tables de bureaux en tec.
On me mena vers le bureau 401 où je rencontrais Alexia qui, sans chichis, me fit la bise et alors je la reconnus tout de suite, c'était la jolie femme qui dirigeait la Star Academy. Pendant les émissions, elle s'attablait à côté des jurés qui tous, avaient une compétence en chanson (le chant justement, la danse, l'acting), Alexia, c'est celle qui danse à contre-temps et semble toujours en transes quand un jeune olibrius se déchire en reprenant du Sardou. Sa présence auprès des jurés doit signifier aux jeunes que pour réussir dans le chobisenesse, il faut aussi, outre une bonne voix, posséder de solides cloisons nasales. M'enfin, moi, je dis ça, j'dis rien.
19h00. Et c'est parti dans l'estafette TF1 direction Grosbois, avec deux caméras portées à l'arrière du van vers Alexia et moi, et la brunette qui me bombarde de questions : "Non, mais attendez, Hypo, pourquoi on va à Vincennes si vous êtes fritophobe ?". Comme j'avais déjà bossé pas mal dans les médias, j'inventais un bobard, cachant mon dessein véritable : empocher la thune de TF1 et m'éclipser discretos pour miser sur mes bons tuyaux. "Ben, euh, héhé, voyez-vous Alexia, vous verrez, c'est l'endroit rêvé pour un mec comme moi qui a la phobie des frites". "Trop délire" fit-elle, mais je pigeais qu'elle captait que fiffe à mon baratin. A vrai dire, il n'y avait aucun rapport.
Pour ne pas lui laisser l'occase de me chercher noises, j'enchainais direct : "Mais de toute façon, ce soir, c'est vous qui êtes fritophobe alors restez concentrée ". Tout en lui disant ça, je bloquais lourdement mon regard sur sa poitrine, en général, ça marche assez bien avec les femmes, elles se sentent affreusement gênées et vous prenez l'ascendant sur elles en passant pour un sale con, mais au moins, elles vous foutent la paix et, somme toutes, vous passez un bon moment. On discutait de tout de rien, des courses, de la Corée du Nord. A l'avant du van TF1, Luigi, le perchiste, annonçait qu'il voulait jouer Bazire dans la première, mais je le ramenais à la raison en lui disant que Nolaila, sur son critérium, serait fatalement dans les trois, et que North America avait brillé sur le parcours. Qu'il fasse un couplé placé des deux par 10 ou 20 euros et c'était tout bon. Alexia s'étonna mais je reprenais sitôt mon rôle de maniaque en lui déclarant qu'il y avait une drôle d'odeur dans le bus, et je détournais habilement l'attention du clan sur le contenu de leurs déjeuners.
Nous arrivâmes à Vincennes, le soleil était déjà couché et je transpirais la confiance, nous nous dirigeâmes d'un pas guilleret vers la buvette tenue par Jean-Claude, le garçon de café, je commandais une 16 que je vidais dans mon gobelet puis voulus me barrer vers un guichet pour jouer les trois euros qui me restaient sur mon couplé Nolaila/North America, quand Alexia et l'équipe me retinrent, par la manche en ce qui concerne Alexia qui hurla de plaisir, expression de jouissance manifeste saisie en plan large par Louis et gros plan par Kevin : "Waouh ! C'est trop génial ! Y a pas une barquette de frites !".
Effectivement, Vincennes ne proposait en nocturne que des panini-poulet.
Elle avait hurlé ça dans le hall, si bien que je devins rouge de honte, en m'apercevant que tous les turfistes que j'avais l'habitude de croiser, nous regardaient avec l'envie de nous découper en papillotes.
La course passa sans que je puisse mettre un sou vaillant, je devais rester à côté d'eux pendant l'enregistrement et Alexia me posait des questions, tout en allant spontanément s'adresser à des turfistes afin de savoir si eux aussi étaient là, comme elle, parce qu'ils n'aimaient pas les frites. Les mecs cachaient leurs yeux revolver sous leurs exemplaires de Week-end tout en me faisant des doigts d'honneur. Pendant ce temps-là, au château, des staracadémiciens répétaient "Shame on Me ".
Au moment où Nolaila et North America firent deux et trois, Luigi se ramena vers nous, rigolard, et c'est là qu'Alexia et les autres réalisèrent qu'il s'était absenté pendant le coup d'éclat de la Miss face aux sandouiches. Le son n'avait pas été enregistré, il fallait refaire la prise.
Luigi me fit un clin d'oeil, il venait de mettre 20 et d'en ramasser 320, il me remercia mais qu'en avais-je à faire, moi j'étais toujours puceau du soir. Je le félicitai et lui dis que je devais m'éclipser pour foutre la maison (trois euros, je n'osais pas lui dire que je ne pouvais parier que la maison de Toutou) sur Peggy du Cap Vert, la jument de Franck Anne qui finissait toujours dans les trois et pouvait gagner def des postérieurs, mais Alexia nous entendit et hurla : "Non, mais ça va pas ! Faut refaire la prise ! ".
Nous nous replaçons devant le bar et reprenons le même jeu.
J'ai à peine le temps de réaliser que ce salaud de Luigi nous avait encore abandonné, qu'Alexia me perce les tympans d'un "C'EST DINGUE, Y A QUE DES PANINI-POULETS ! ". C'est la cohue. Les turfistes commencent alors à nous insulter, à nous conseiller de jouer Nympho du poulet, et là, se produit l'incroyable.
Le service de sécurité se précipite vers nous, nous demande de les suivre et nous emmène au quatrième étage. Nous empruntons l'escalator, cerné par les pandores, et qui vois-je au sommet de l'escalier mécanique faisant un clin d'oeil aux garde-chiourmes qui nous cernaient ?
Mon idole, sa majesté Pierre Levesque au bras d'une jolie blonde qu'Alexia reconnaît immédiatement. C'est Elodie Frégé, une ancienne gloire de la Star Ac'. Alexia fait la bise à Elodie qui lui présente Pierre, et courtois, Pierre se dirige vers nous (l'équipe technique et moi) pour nous serrer la main quand elle lui dit : "Pierre, je vous présente Hypo, c'est un fritophobe".
Pierre Levesque retire sa main ("C'est contagieux ? Je préfère pas prendre de risques, surtout avant de driver Kalahari demain. Il doit me rapporter pas mal de patates", s'excuse-t-il), la mienne reste ballante et tendue vers sa direction, des perles de sueur gouttent à mon front, et face à mon idole, je bafouille misère. Elodie prend Alexia vers le bras et le groupe, les suivant, se dirige vers un salon privé.
Là, sous des lustres XVIIIeme, entourés de hamacs et de baldaquins en tissus précieux de Mésopotamie, les drivers se reposent sur ce que j'identifie d'abord au premier regard comme des fauteuils en cuir de vache, mais non, pas du tout, ce sont des vaches véritables. Pierre Levesque, rieur, nous explique que ce sont les charolaises les plus moelleuses de France, avant de rajouter "Un cadeau de Bélinguier".
Alexia fait la bise à toutes les compagnes des drivers. Yves Dreux se tient sur le balcon, devisant avec Jennifer, ils s'embrassent passionnément, à la suite de quoi c'est Jennifer qui se trouve serti de la fausse moustache d'Yves Dreux. Jean-Pierre Dubois fait la causette aux jumelles Feston (starac' 2003). Un tire-bouchon en bois rare voisine avec un débouche-oreilles en titane fringant. Dans un coin aménagé en dancing, Emma Daumas improvise un tango fougueux en regardant Pierre Vercruysse. Ailleurs, près d'un verre de Chablis, Philippe Daugeard, lové dans une somptueuse vache normande, fume le cigare en attendant la suivante, à ses pieds une staracademicienne que je n'identifie pas car elle fume également le cigare.
Alexia frappe dans ses mains, réclamant le silence : "Messieurs, vous n'auriez pas la chance d'avoir un si beau métier sans les parieurs qui vous soutiennent. J'aimerai vous en présenter un qui vous aime plus que tout, il est là, parce qu'il vous aime (elle se tourne vers moi, car son sens de l'improvisation est passable et qu'elle ne sait déjà plus quoi dire), allez-y Hypo, dites-le...". Je suis stupéfait, c'est mon quart d'heure de gloire, mes idoles me regardent, j'entends au septième ciel la voix d'Alexia ("Allez, donnez le meilleur de vous-même"). Je ne peux rien dire, j'aimerais juste témoigner de l'immense respect que j'ai pour eux tous, rassemble mes idées, et une, deux, pouf pouf, j'y vais, j'ouvre la bouche mais Alexia me précède et je l'entends dire : "cet homme a la phobie des pommes de terre frites". Le temps se retourne et l'espace se diffracte et le monde s'écroule dans le tonnerre d'applaudissements des drivers dont les maîtresses-chanteuses sortent leurs téléphones portables dernière génération pour me photographier et au même moment je vois par une vitre l'un de ces clichés s'afficher sur l'écran géant en bordure intérieure de piste barré de la mention "cet homme est fritophobe" et une vague de rire monte des tribunes en même temps qu'elle propage le salon d'excellence des drivers qui pleurent à présent de rire et les murs tremblent pendant l'éternité secoués par le rire des turfistes et je ne sais pas si je suis mort ou vivant.
Puis, une cloche sonne, c'est le moment d'entrer en piste. Les sportifs quittent le salon pour participer à la seconde, je perds l'équilibre, je ne sais pas ce qui se passe, je me réveille au moment de la seconde, entouré de turfistes aux faces tordues par la gaieté méchante et Peggy du Cap Vert gagne à 25/1, Luigi bondit de joie car il vient de parier ses 320 dessus. Alexia me dit qu'à présent on va retourner la prise et me propose de retourner à la baraque aux paninis-poulets mais je ne tiens plus sur mes jambes, il faudra me traîner m'entends-je anônner tandis que Luigi annonce à Alexia et au reste de l'équipe qu'il démissionne, car avec ses 8.000 euros, il peut prendre quelques mois pour se trouver un taf moins indigent.
Alexia pique un fard, le houspille, et je rampe au sol pour quitter ce lieu de plaisir devenu souffrance d'où je suis à présent banni à jamais.
Autour de mon corps, les gloussements tombent en pluie.
Alexia me demande ce que je fous à imiter le limaçon, elle veut me retenir, seule elle est trop frêle, la bisenesse-woman réclame de l'aide au personnel payé par le Cheval Français, à ses cameramen, à ses copines et à leurs mecs. Je continue de ramper vers le car qui ramène les turfistes de l'hippo à la station RER direction Paris. Ca y est, je suis dans le bus, et Alexia m'ordonne de descendre ou bien elle va utiliser les grands moyens.
La chanteuse Magalie et son compagnon montent dans le car avec des pommes de terre et un économe, Jean-Michel Bazire les traite de mollassons, s'empare du tout et commence à les tailler en frites. Alexia, à l'extérieur, me gueule que je ne m'en sortirai pas comme ça, et elle rentre dans le bus avec une friteuse pleine d'huile bouillante. Excédé par ce Barnum, je rassemble mes forces, ne me sentant plus. L'estafette TF1 débouche brusquement d'une contre-allée, la porte passager s'ouvre et j'entends la voix de Luigi : "Monte, Hypo, bordel, cassos !". Je me vois débouler hors du car et courir à en perdre haleine en sa direction, arrachant au passage, dans un geste absurde, de la bouche de Jennifer la fausse moustache d'Yves Dreux, et rentrer dans l'habitacle en vociférant DEMARRE !
Une cloche tinte. Dans le rétro, je vois Alexia lancée à mes trousses, entourée de ses chanteuses en escorte, les drivers les abandonnent pour participer à la troisième. Je respire un peu et demande à Luigi où on va. Luigi : "Ben, toi mon pote, je sais pas, mais je crois que maintenant t'es grillé à Vincennes. Moi, je vais à Caen, j'y ai ma femme et mes trois gosses, je peux t'héberger pour la nuit, ça va ? Je peux t'avoir des billets à pas cher pour le Mexique stuveux". Coup de bol, samedi, les courses auront lieu à Caen, je vais faire parler la poudre et après, ok, je m'exilerai tranquillou en Amérique du Sud vu que je suis grillé de chez grillé. Alors que nous passons un barrage de flics au péage de l'A13, je mets négligeamment la fausse moustache d'Yves Dreux pour passer incognito, et c'est dans ce déguisement facial que samedi, j'affronterai ma mort en réunion 2.
Alors que nous sommes à trente kilomètres de la ville de Pont-L'Eveque, dans le Calvados, un panneau d'information clignote au-dessus de la quatre voies indiquant "P.LEVEQUE 16 minutes". Manque un S avant la lettre Q, et remplacer minutes par milliers d'euros, et cela allait donner une bonne indication de ce que je vivrai demain, ai-je peut-être espéré avant de sombrer dans le sommeil. |
|
| mercredi 18 octobre 2006, a 05:03 |
| Remboursez les ronchons! |
C'était un homme sans âge, portant lunettes et noeud-papillon, sourire sous nez et miettes de thon sur moustache. Sa voix, douce, et son ton, tenace, me séduisirent si bien que, devant pourtant par principe plancher sur la sixième, mon turf étalé sur le comptoir du bar de Paris-Vincennes, j'écoutais sans déplaisir son boniment.
Il se présenta comme Jean Barbon, le président de l'ATR (prononcez « atterré ») l'Association des Turfistes Ronchons, j'avais déjà repéré ce zigue quelques courses auparavant, alpaguant un turfiste esseulé dans le hall triste comme un mardi, pour le supplier de signer sa pétition.
Son association n'avait rien à voir avec l'Association Nationale des Turfistes, non, elle était un organisme voué à un grand avenir car, contrairement à l'ANT, le turf n'était pas une finalité pour l'ATR.
Le but de son collectif était de réunir un maximum de ronchons et il s'en trouvait souvent une bonne plâtrée sur les hippodromes de trot, d'où sa présence ce mardi soir ici. A côté de nous, un jeune couple s'embrassait à pleine bouche et après avoir palpé le trio de la deuxième, ils se touchaient le jumelé gagnant. Le président des ronchons attira mon attention sur eux et s'en désola : « Regardez ça, ces gens, ce bonheur niaiseux, passez-moi l'expression mais, allez, je me lance... ça me débecte, voilà, c'est dit ». Dans ces cas-là, je ne sais jamais trop quoi répondre et j'ai encore plus honte de l'écrire, mais j'ai dû sortir un truc définitif, quelque chose comme « Allons, ce n'est pas tous les jours non plus ».
Le président m'expliqua son programme pour augmenter le nombre de ses ronchons : exiger une hausse du taux de prélévement du pmu pour réduire les rapports, interdire le tabac et l'alcool dans l'enceinte des hippodromes, étendre le principe du spot à tous les paris et le rendre obligatoire, légaliser le dopage, ne plus communiquer sur le déferrage, les gens deviendraient fous, ça ronchonnerait de plus belle, on pourrait prendre du bon temps entre parieurs ronchons, pas vrai ?
« Vous savez ce qui m'a mis la puce à l'oreille, Hypo ? Les jeunes. Parfaitement les jeunes, tenez, quand ils manifestaient contre le CPE, contre la précarité, le chômage alors qu'ils n'avaient encore jamais travaillé, eh bien cela n'était pas grave, l'important pour eux, c'était d'être ensemble, tous ensemble, ouais ! Ouais ! ... J'ai trouvé ça magnifique ! Imaginez des parieurs qui gueulent contre une arrivée avant qu'elle ne se produise, tout cela ne serait-il pas mieux que ce spectacle misérable de gens heureux de jouer, mus rigolards par l'appât du gain, indifférents d'être au final plumés ? Ils ne savent même pas qu'ils sont malheureux ! Ils s'amusent, c'est insensé ! »
Le président en avait marre (il ne disait pas « je » mais « les gens »), les gens en ont marre d'entendre à longueur de temps « Bazire encullet! », les gens veulent que tous les drivers et les jockeys soient traités d'encullets, hop là, pas d'exclusive. Il reprit de sa petite voix douce, fluette, timide, aimante et fluide : « Tous des pourris, des truqueurs, faudrait leur talocher la gueule qu'ils comprennent », souria longtemps, suspendu, avant de reprendre sa diatribe incendiaire : « Pas vrai ? ».
Nous étions à présent en bord de piste, pendant que les concurrents de la sixieme terminaient leurs échauffements avant de partir au laser, je jetais un coup d'oeil à l'écran géant sur lequel défilaient noms, numéros, casaques et déferrage des partants. Mon coeur palpita. Ouragan de Tréméac n'était pas deferré des 4 comme indiqué au programme. Je lâchais machinalement un juron. Le petit homme qui ne m'avait pas lâché la grappe, malgrè mon indifférence, serra la manche de mon imper : « Ah, ça y est, vous vous mettez à ronchonner, enfin! »
Je tentais de lui expliquer la situation : en venant à l'hippodrome, j'avais trois chocolats au programme, Maflymede, Palermo et cet Ouragan. Ils étaient des chocos a priori, parce que déferrés des 4, je les pensais alors capables de mettre l'adversité à bas. Ferrés ou munis de bottes aux postérieurs, ce n'était plus la même chanson. Je n'avais pas misé un rond de la réunion et je n'allais pas le faire dans la sixieme non plus, ma présence ici, ce soir, avait été absurde. Tout juste avais-je pu observer que Peschet avait donné un parcours des plus sages à Maflymede (il n'avait pas pu quitter le dernier rang) et que je la toucherais bientôt (enfin bientôt, j'espérais, vous connaissez ma situation financière) à 40/1 à Enghien.
J'expliquais ça au petit homme et je voyais ses traits se décomposer, il était lecteur de mon blog et avait joué la tirelire de son gosse sur mes pronostics du soir. Indifférent au déroulement des courses, il ne savait pas qu'il avait perdu. Sa tristesse se transforma en rage quand il sut que je n'avais moi-même pas parié sur mes pronostics. Tandis qu'il tentait de m'étrangler, Ouragan venait de se faire toiser pour la gagne d'une encolure, la faute à pas grand-chose, deux fers en trop probablement. Je me dégageais, lui donnais deux euros pour qu'il puisse se payer son parking et regagnais mon appartement, un peu énervé par cette soirée chou-blanc, mais ça allait quand même puisque je revenais des courses.
Je suis rentré chez moi et j'ai regardé la télé, sautant de chaîne en chaîne, le zappeur est un Tarzan médiatique. Les jeunes ronchonnaient contre Sarkozy. Sarkozy ronchonnait contre les juges. Les européens ronchonnaient contre les américains. Les dos ronchonnaient contre les ventres. Les employés ronchonnaient contre les patrons. Les patrons ronchonnaient contre les charges. Les artistes ronchonnaient contre le public. Les animateurs de télévision ronchonnaient contre la télévision. Les pieds ronchonnaient contre les chaussures étroites et Palermo n'avait pas été deferré. J'ai viré mes grolles et mon futal, coupé la télé, tamisé la pièce par un jeu d'éclairage cosy et commencé, tout en me noyant dans mon sofa, la lecture du « Mur des Lamentations » de David Abiker, portant sur un sujet approchant. J'ai ri à voix haute en lisant, puis, avant d'aller me coucher, fait mes pronos en cinq minutes, je jetais mon dévolu sur Pasquier et Nivard qui n'avaient qu'un partant dans la réunion.
Je me suis foutu au pieu, je me retournais dans mon lit, quelque chose m'empêchait de quitter l'éveil, peut-être les cris venant de la rue.
De l'extérieur, des cris ? J'ouvrais ma fenêtre pour connaître le fin mot de cette agitation.
Le chambranle venait du petit homme atterrant, il était en bas de chez moi, avait dû me suivre jusqu'à mon domicile, et m'insultait en hurlant à la cantonnade «Hypo, salaud ! Remboursez les ronchons ! (le petit homme devenait rouge, il s'égosilla :) Deferré de mes postérieurs, mon cul ! ».
Depuis le sixieme étage, j'ai alors entendu une voix blanche (et mystique, un peu comme celle de la pub pour les éditions Jean de Bonnaud sur Europe 1) s'élever dans la nuit froide avec un aplomb magnétique, et cette voix était la mienne : « Petit homme ronchon, je vais vous montrer la puissance du déferrage ».
J'ôtais mes chaussettes et les rentrais dans mes oreilles.
Et je devins sourd au bruissement infernal du monde alentour.
Sur le trottoir noir taillé en plaque peu ragoûtante par la lumière des candélabres, le petit homme ronchon rougeaud continuait à glapir, sautillant sur place comme un ver dansant sur un résidu canin, je fermais la fenêtre pour observer mon futur proche, ma chambre.
J'allumais une cigarette, heureux, la mienne de place était idéale, aucun son ne sortait plus de la bouche d'égoût de Jean Barbon, j'avais un fond de vodka sur le guéridon et un Nivard placé pour demain.
La nuit serait sublimissime.
|
|
| samedi 14 octobre 2006, a 22:21 |
| Ils devaient bien être minimum 3.000, porte d'Auteuil, portant des loups. |
Nous étions rentrés de notre périple en France profonde un samedi, à Paris donc (car c'est ici que quelques-uns d'entre nous vivent) et nous, société secrète, avions convenu de reprendre nos activités ni malsaines ni anar ni ordonnées ni rien, un samedi sur un endroit donné, la Butte Mortemart, simplement parce que c'était souvent beau et émouvant.
Nous nous étions mus à l'envie propre, chacun suivant notre for, nous avions pris qui, le metro, qui, l'auto, qui même n'avait bougé de chez soi (equidia), ou à deux pas (l'homme de bien s'abreuve au point-sources), mais bref, bon sang, on était là.
La sociète secrète.
Elle ignore la Corée du Nord.
Elle ignore les accidents ferroviaires.
Elle ignore la chute de l'action Royal Canin.
Elle ignore la chute de reins de Ségolène Royal.
Elle ignore que le Nobel de la paix a été decerné à l'inventeur du micro-Cofinoga.
La société secrète ignore les foutaises car elle est un organisme mille plus fois vivant que les représentations médiatiques de la société non secrète.
La différence entre la société non secrète et la sociète secrète, est que la seconde secrète.
Elle secrète par tous les pores, tous les orifices.
Elle hurle, jouit, pense, s'indigne, s'emporte, s'excite, excite, exhale, exhume, quand l'autre nous casse les burnes. Enfin, non, même pas, on la supporte très bien, l'autre, l'officielle (savez, celle qui ne parle pas de Pasquier dans ses journaux quand il gagne exemplairement un Arc de Triomphe, mais mouille à montrer une dingo qui congèle les morts-nés) quand on fait partie de la société secrète.
La société secrète est sortie des meubles, des appartements, des maisons, des rues, le paris-turf sous le bras, ce samedi matin, comme tous les autres matins.
Le grand soir, avec la société secrète, commence tous les matins, et se perpétue avec l'annonce du début des opérations dans la première. Ce jour-là, elle n'a pas hurlé révolution, la société secrète, mais Pride, Monika, Pinn Up, Good Bye Simon !
Elle n'a pas pris le parti du peuple, elle est le peuple. Elle s'en branle du deuxième four micro-ondes, du break et du micro-crédit, elle veut du sport et de l'émotion, Dean Gallagher endiguant le retour de Né à Pron.
Auteuil est un hippodrome à deux doigts du sublime, deux doigts caressés par les lèvres puis jetés vers le ciel ce samedi, comme souvent à Auteuil. Déjà, derrière la piste, quand vous êtes dans les tribunes, vous voyez Paris. Ensuite, vous respirez pleins poumons (c'est vert, of course, immense), le hall est des plus vastes, le rond de présentation accessible et proche, mille guichets sont accessibles et derrière des vitres un personnel détendu et sympathique.
Au-dessus du rond, une statue en modèle réduit (donc, comique) d'Al Capone II. Dans cette ambiance calme et feutrée, vous assistez à des courses endiablées, avec une visibilité maximale sur le rail-ditch and fence. Les tribunes sont chaleureuses, le public rigolard et respectueux (normal, il est traité avec égards, donc il rend), la queue du stand d'aide aux premiers paris est nulle, vous évoluez entre connaisseurs. C'est parfait.
La sociète secrète ne se reconnaît pas de leader, mais elle applaudit les administrateurs et le personnel d'Auteuil, Guillaume Macaire et Christophe Pieux, ainsi que tous ces jockeys et chevaux qui jouent leur peau.
La société secrète les idôlatre, ces gens, et elle se réunit avec plaisir, sans autre projet, que de continuer à prendre du plaisir ensemble, en jouant ses biftons tout en aspirant la mort par cigarettes en narguant le cancer. Quel bonheur, mes amis !
Un autre monde n'est pas possible, il est réel, le samedi à Auteuil, et plus tard à Vincennes, Longchamp, et demain à Laval...
Sur un champ de courses, et particulièrement Auteuil, l'utopie est moins forte que la vie. Et donc, ici comme ailleurs, l'extrême-gauche restera toujours un pis-aller. José Bové, malgrè sa moustache chatouilleuse, ne nous aura jamais fait couler dans le dos la moitié des suées qu'on a rendues en voyant Cyrlight batailler contre Kotkijet dans le Président pour au second poteau se faire torcher par la Princesse d'Anjou. Olivier Besancenot n'aurait aucune chance au second tour contre Jag de Bellouet. Va mourir, Olivier Besancenot, avec tes projets de sacoche gratuite mensuellement remplie de steaks de soja jusqu'à la fin du temps.
Nous, on veut pouvoir être prince le matin, clochard l'après-midi, et président le soir, et encore vivre la nuit, danseuse nue pour pape obèse, ou l'inverse.
Et aussi, nous sommes nombreux, nous membres de la société secrète, à avoir jeté un oeil sur Pride sortant du néant pour déposer Sir Percy et Hurricane Run, nous on voit et revoit ça tous les jours sur nos cerveaux-magnétoscopes, nous la société secrète.
Alors on ne peut pas nous la raconter, hélàs, amis de la société civile.
De sorte que, pour celui qui voit les courses, sans en être acharné matin et soir, il n'y a somme toutes que peu de choses aussi belles, depuis la création du monde, que l'invention, au XIXème siècle, des courses hippiques.
Et c'est pourquoi nous nous sentons les plus vivants.
En secret...
|
|
| vendredi 06 octobre 2006, a 19:48 |
| Assister à la réunion, bloqué dans la stalle de départ |
 Maisons-Laffitte n'est pas un hippodrome fait pour les turfistes, donc pour les hommes libres. Je ne m'y suis rendu qu'une fois, c'était l'époque où le turf n'avait pas encore fait de moi un homme richissime, j'avais dû faire du stop et j'étais arrivé pour la troisième, ratant le Fabre à 8/1 pour lequel j'avais fait le déplacement. Des courses proprement dites, je n'ai guère le souvenir, toutes les courses ou quasi s'étaient déroulées sur ligne droite et l'arrivée à Maisons-Laffitte se situe bien à gauche des tribunes, de sorte qu'on ne voit rien. Seul Chantilly peut afficher un tel mépris des parieurs : les tribunes sont vides, réservées aux pontes pour la plupart agglutinés au moment des courses à l'Espace Champagne Rosé (ce qui n'est pas forcément désagréable, j'ai ainsi pu voir pendant le Jockey-Club, Carole Bouquet errant seule dans les travées, et revendre mes photos un bon prix au magazine Gala), et les pleu-pleus sont contraints de se masser sur la pelouse, ce qui leur permet de prendre attentivement, pendant la course, qu'ils ne voient pas ou en tout cas sont dans l'incapacité concrète de comprendre, le temps de penser à la mort ou à leurs enfants, c'est kif-kif sur un hippodrome.
Ce lieu est en effet celui où vous ne devez être tendu que vers un seul objectif, palper dans la prochaine, et vers rien d'autre. Vous n'êtes pas la personne remarquable que vous êtes sans doute hors de l'enceinte, mais une monade. Jalousement, vous gardez vos impressions pour la suivante, vous vous asseyez sur un banc pour le plaisir d'écouter les mythos assis à côté répéter mille fois qu'ils sentaient la précédente, et puis au final, pester d'avoir misé la tirelire du gosse sur autre chose que leurs envies profondes.
Maisons-Laffitte et Chantilly ne vous permettent pas de profiter des spécificités du pari mutuel (jouer contre les autres), vous sentez que les autres, les tribunes chicos, ont joué depuis longtemps contre vous, et qu'ils ont gagné.
La seule manière de faire honte aux chicos est alors de s'habiller de façon ridicule. Que tous les lecteurs de ce blog se rendent samedi à Maisons, avec moumoute et masque de Roger Gicquel, et la comédie ne durera plus très longtemps. Ce moyen d'action, apparemment burlesque, nous permettra, nous les damnés de la ligne droite, de faire valoir notre droit à l'arrivée au premier poteau. Il sera alors bien temps de privilégier, pour nos paris cette fois, la corde, surtout avec la lice à zéro et par bon terrain.
|
|
| lundi 02 octobre 2006, a 22:03 |
| Le triomphe dure trois jours et la honte vous donne le sentiment d'éternité |
DEEP IMPACT, cheval soutenu par des milliers de femmes-fontaines nées autour d'Osaka, s'est présenté au rond, luisant. Puis il y eût le grondement de la foule dès l'entrée de la ligne droite. Ensuite suivirent les larmes des nipponnes après la défaite du champion en Arc de Triomphe, le tapis vert longchampeux comme mausolée de toutes les sympathies, voilà ce qu'entérina Stéphane Pasquier, jockey du vainqueur RAIL LINK par ces quelques mots prononcés d'un ton rieur au mic du voltigeur, devant un public d'occasion, bridouillant : "Je remercie le public venu en nombre pour me soutenir". Pour ma part, je finissais la journée sec comme un vagin post-Deep Impact, par moins 35, euros.
Je pétitionnais néanmoins dès l'arrivée de la course pour exiger que des conditions d'hébergement dignes entre toutes soient réservées à nos hôtes. Toute la journée, je n'avais pu parier et perdre davantage que 35 euros, les files d'attentes des parieurs étant immuables, il se trouvait toujours un japonais au sommet pour foutre sa maison, son jardin puis son chien, en simple gagnant sec, sur le DEEP.
Moi, je fumais mon Pecos tranquillou dans la queue, j'avais encore un an pour cela, le humer, avant l'interdiction étatique de la fumaison en tout espace. J'ai ainsi raté le couplé placé à 28/1 Legereté/Darrfonah dans la 5 qui m'aurait remonté, mais je m'en cogne. Le spectacle du jour, (qui n'est pas spectacle mais le réel même) des bonshommes, des bonnes femmes, nés ailleurs et venus parier leur maison, s'étant tapé 10.000 bornes en avion pour jouer la maison, prêcher la bonne parole du DEEP puis ne pas pouvoir rentrer chez soi, ne même plus avoir de quoi se payer une Kro à 4.50 dans l'enceinte de l'hippo, et craquer le métro pour se rendre de Longchamp à Cachan.
Pas salaud, j'ai proposé l'asile à trois superbes japonaises que j'ai recueillies, leur proposant au sortir de leur calvaire, l'asile et une quiche au thon ; elles vivent à présent dans la troisième pièce, icelle surchauffée, de mon F3 dans le XIXeme. L'existence, une belle saloperie ; heureusement subsistent des mecs comme moi, le pluriel faut voir, en tout cas il y a moi. |
|
|
| Présentation |  Nouveauté, "J'ai vu défiler..." accueille pour la saison 4 un nouveau chroniqueur, l'épatant SAM SPADE DU RIB, alors soyez gentils d'arborer une tenue décente en lisant ses papiers.
Envoyer un mail à l'auteur | |
| Newsletter |
|
Pour vous inscrire à la newsletter de ce blog renseignez votre adresse mail :
|
|
| Articles précédents | | Q n'est pas du poulet (par SAM SPADE DU RIB) | | LA GRANDE BOUFFE (par sam spade du rib) | | LA THEORIE DU LITRE DE GAZOLE | | SEA THE STARS SEUL AU MONDE | | LE ROI EST NU | | Le dos de la miche | | La revanche de POKERFACE | | CHANGEMENT DE PARADIGME | | TROUBLE ONLY BOYS | | LA THEORIE DU 09/11 | | POST CARD (été 2009, saison 3 et demi) | | JOJOBA | | CALIGULA & SES SOEURS | | 3615 OLGA (8 euros/1 la minute) | | EN ATTENDANT LE PENO | | Docteur Podium, votre courrier ! ... Oui, j'arrive, Evelyne. | | L'argent des courses | | MEILLEURS VIEUX | | QUITTER PARIS (saison trois) | | TEST : Quel driver êtes-vous ? | | LE CAVALIER DE L'APOCALYPSE | | AMERICAN REMIX (le comment du pourquoi) | | VIVA VIVAUX | | HAPPY 2008, AMIS LECTRICES ET LECTEURS... | | LES PILOTES FONT DU SKI | | TRIP A L'HEROINE | | LA MULETA | | TROP COOL ! | | NEXT PLAYER, SHOOT AGAIN (shoot the cops) | | T'AS VOULU VOIR VENISE ET ON A VU VESOUL | | DES CHIFFRES ET DES LETTRES DE GUY MOQUÊT (Feuilleton, 57 eme épisode) | | Je m'voyais déjà... | | Prochain article incessamment sous très très peu | | CESSER DE PERDRE EN MOINS DE CINQ JOURS | | CE SOIR, CONFERENCE ! | | Mathilde est revenue | | Hypo saison deux, mieux que "Lost" !! | | Prix du Président du caveau de la République. Succès public mérité pour les duettistes Henry & Paddy (plus bas, extrait de leur spectacle enchanteur) | | Pourquoi M.Geslin, venir si tôt ? Et non, reprendre, se lover au chaud puis gicler dans le tournant final ou la ligne droite, et ainsi faire honneur à votre impériale jument ? | | Presentation officielle des nouvelles coiffures de Messieurs Verbeeck, Locqueneux et Guiverva. | | Figure 1 : Ricou surpris par la dérobade d'Or Noir Somoza dans le grand steeple. Figure 2 : Jockey Ricou rentre chez lui (cf. caméra cachée ci-dessous). Figure 3 : Jockey Ricou oublie de solliciter Or Noir et se fait passer par Lord Mirande. | | Augmentation de seulement 2% du Smic au 1er juillet. Reunion immédiate des cadres du conseil d'administration du PMU pour fêter la hausse modeste de leur chiffre d'affaires. | | Seize courses dimanche à Paris-Vincennes, l'après-midi des géants, le matin des nains. | | Sortilège vaudou ? Voici les images mentales qui viennent à l'esprit de Jean-Pierre Viel quand il se met au sulky, difficile pour lui d'éviter alors la quatrième épaisseur | | entraînement intensif pour nouba du saptel avant le prix Henri Ballière | | UN DIMANCHE AU GALOP ; VIVRE | | DERNIER ARTIK' MERCREDI MATIN ! | | Ô joie, ôte donc ce manteau ordinaire camouflant tes attraits extra ! | | CHERIE, PASSE-MOI LE PUNK | | LE ZO(Z)O DE VINCENNES | | ET MON « PLACE AUX JEUNES », C’EST DU POULET ? |
Liste des articles | |
|