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J'ai vu ma vie défiler très lentement en jeu simple gagnant
mercredi 08 novembre 2006, a 03:15
VIVE LE LIBERTY !
 

  Votre Hypo, chaud sur l’info, vous intime de suivre pendant le meeting qui s’annonce LE LIBERTY, cheval de l’entraînement de Pierre Levesque, et tout particulièrement déferré des quatre. Voici un équidé qui a su réjouir les parieurs il y a quelques mois, avant de connaître une éclipse particulièrement longue, le voici en retard de gains, à nous les beaux quintés d’hiver avec ce Liberty !

Et maintenant, quelque chose de complètement différent.

 

J’ai regardé le débat télévisé opposant les trois postulants au poste de candidat socialiste ; le niveau, les interventions des journalistes font que je ne peux toujours pas me décider. Quand abordera-t-on enfin dans cette campagne les vraies questions que se posent les français ?

Nous attendions la bouche en cœur une parole forte, que M.Fabius par exemple nous annonce que s’il était désigné puis élu, il allait en finir avec le numéro + et le quinté spot, que M.Strauss-Kahn nous donne son sentiment sur les déclassements de Jag dans l’Amérique et l’Elitlopett’, que Mme Royal nous annonce que le Jockey-Club devra à nouveau se courir sur 2.400 mètres, mais non, rien, tout ce qui intéresse les français, tintin.

De manière étonnante, le seul sujet qui importe, de l’extrême-gauche à l’extrême-droite, est celui de la sécurité. Sous toutes ces formes et depuis plusieurs années, ce sujet est omniprésent sans jamais être sublimé par un idéal de liberté.

Lutte contre les dégradations, la violence physique mais aussi verbale ( !?). Développement durable (éco-sécurité). Sécurité de l’emploi. Multiplication des lois et donc des procès (il y a même une loi contre l’insulte à présent, et si vous criez Elitlopett’ lors d’une remise de prix Goncourt, vous pouvez vous prendre une amende pour homophobie). Sécurité routière. Interdiction de fumer. Des marmots chez le pédopsychiatre. Des femmes voilées pour éviter le désir. Lutte anti-dopage. Protection des frontières. Syndrome du plombier polonais.

A un moment, ça va, alors on ouvre la fenêtre et on file à l’hippo ou au bar PMU. Ou bien on ouvre une gazette de turf, et pendant quelques minutes, on quitte ce monde hystéro-sécurisé dont on se demande bien quand il aura la peau des courses de chevaux.

 

Et pourtant.

Nous, turfistes, nous détenons la vérité même si nous puons de la gueule et que nous sommes absents des débats. Car nous faisons partie d’une société libre et sereine. Les hippodromes sont des lieux où on peut jouer, boire, fumer, insulter, bref où on peut faire tout ce qui est présenté comme malsain, et alors quoi, a-t-on vu un lieu plus paisible ? Combien de morts, de blessés, par an sur les champs de courses parmi l’assistance (je ne parle hélas pas de la piste), faisant fi de toutes les mesures de prudence (puisqu’on peut parfois y descendre les 500 derniers mètres sur le pied de 1’09) ?

L’ensemble turfiste, cette société secrète, est bien plus équilibrée que la société globale dont elle n’est qu’une marge. Pourquoi ? Parce que le turfiste est responsable de lui-même, que de lui-même, il est seul à jouer son fric sur une course qu’il choisit, en choisissant le mode de pari qui convient à son libre choix. Le turfiste est un homme seul, épanoui, libre, il emmerde les associations et les organismes de crédits. A chaque réunion à laquelle il décide de participer, il fait acte de liberté, mais seul à chaque fois. Il est même libre de ne pas parier, une fois qu’il est sur place.

 

Le turf est aussi démocratique. Prenez un prix Nobel, un chercheur au CNRS, un plombier, une doctoresse, un lycéen rappeur, un député-maire, un volleyeur, filez-leur un Paris-Courses et demandez-leur de trouver le gagnant de la sixième. Avant le coup, ils ont tous la même chance d’y parvenir.

De plus, le turf est une école d’excellence, qui encourage la persévérance, car il faut boulocher ses pantalons sur les bancs des travées d’hippos avant de commencer à gratter, et c’est aussi un espace d’anticipation, de réflexion et bien entendu d’éloquence (avec tout ce délicieux jargon hippique, visible dans la langue fleurie d’un Coquelicot par exemple).

 

Comme les discours politiques semblent petits face au désordre paisible qui est le nôtre au moment où tintinnabule le carillon annonçant « Départ de la course dans trois minutes ».

Cet hiver, tandis que dehors les élégants se cailleront les miches en rêvant d’un monde Iso 9002, nous, dans l’enceinte de Panam’Vincennes, à quelques mètres de Le Liberty se rendant à la volte, chacun derrière son ticson aluminium, on se dira qu’on va toucher la grâce, toucher ou bien, hein quand même, c’est aussi ça la liberté, se mettre minable. Et alors ?

Alors, tous ensemble, mais seuls, entonnons notre chant du meeting 2007 : « Vive Le Liberty ! »

 

 

 

mardi 17 octobre 2006, a 03:45
BILAN DE COMPETENCES
 

Des types en chemises non repassées remuaient la poussière du sol dans la file d'attente qui prenait un air de plus en plus avantageux pour leur propre cause au fur et à mesure de l'écoulement du temps. Derrière le guichet, une femme écouterait bientôt leur bon vouloir. Ailleurs, ils lui diraient "5 euros sur le 3, à cheval" mais ici, ils prononceraient d'abord, et pour commencer, et parfois, et même le plus souvent rien d'autre, la séquence de mots "Boujou m'dame".

Mes pensées battaient la campagne jusqu'à ce que vint mon tour. La guichetière s'étonna du fait que je n'avais pas travaillé depuis quelques années, me demanda si j'avais apporté un CV, quels métiers j'avais pu occuper, quelles étaient mes envies. Comme elle ne comprenait rien à ce que je marmonnais, elle me proposa d'opérer rapidement un bilan de compétences. J'en appris pas mal sur mon compte.

Je parlais anglais (enfin quelques mots, je connaissais le sens des mots yearling, stud-book, gigant neo), j'avais quelques bagages techniques (je connaissais par exemple la différence de rendu suivant qu'une terre est meuble, legere ou juste souple), j'étais physionomiste (l'employée m'a paru tutoyer les anges tandis que je lui expliquais l'art de reconnaître un bon canter), organisé, gestionnaire, moderne (elle appela sa collègue sitôt après que je lui révélais l'existence des alertes geny courses) et probablement sagittaire.

 

Elle entra ces renseignements dans sa base de données et l'ordinateur en conclut que j'avais le potentiel pour devenir architecte. Le marché étant obstrué, elle me dit aussi que j'avais le parfait profil pour faire équipier chez Flunch. Vraiment parfait. A ce poste, je pourrais devenir le meilleur de tous. L'employée venait soudain comme de me déboucher les oreilles et j'entendais les clameurs d'un hippodrome imaginaire scander le nom d'Hypopotamus dans la ligne droite, il fallait agir vite. Je la ramenais à la raison en m'inventant au débotté une phobie des frites.

 

Elle ajouta la mention "fritophobe" à ma petite liste de caractères, puis rêvassa à voix haute en regrettant de ne pas m'avoir rencontré sur Meetic, tout en guettant du coin de l'oeil ma réaction (il n'y en eût point) et ensuite me demanda de patienter quelques instants avant de s'éloigner pour revenir quelques minutes plus tard, accompagnée d'un grand maigre en costume passé. Je compris que j'étais un cas, que des gars comme moi on n'en voyait pas souvent passer par ici.

Le grand délavé, apparemment le directeur de l'antenne locale de l'ANPE, jeta un oeil à mes résultats et me tint à peu près ce langage :

 

"Monsieur, votre sagacité pour déchiffrer le Paris-Turf aurait pu vous servir dans d'autres domaines, étudier au microscope le comportement du VIH pour établir la parade suprême, aider votre pays à accélérer au mieux les particules afin de faire prospérer l'activité techno-économique de la nation, déchiffrer les formules absconses qui figurent en marge des manuscrits illisibles de grands écrivains à pattes de mouche, hélàs, la vie pour vous, d'après les éléments que vous nous avez fournis, c'est turf le matin, turf l'après-m' et turf le soir. Monsieur, votre pays a besoin de vos compétences, laissez tomber votre obsession hippologique qui n'est que le fruit d'une errance - et même d'une ignorance du beau, ajouta le pompeux - dans laquelle vous ont confinés le système éducatif et la modestie de vos origines, vous valez mieux que cela. Je pourrais vous proposer une formation, monsieur, mais je sais que vous êtes un homme, et un grand, parfaitement formé à l'existence telle qu'elle sied à un honnête homme. Monsieur, pour le bien de votre pays, je vous supplie de bien vouloir participer à notre séminaire "Thérapie", le taux de réussite est de 98%, rendez-vous compte, c'est exceptionnel, avec l'ANPE vous pourrez dire "je-po-si-tive" car oui, bientôt, vous ne serez plus fritophobe, et vous pourrez aider à rendre repus les forces vives de France car j'en suis convaincu, vous ferez un parfait équipier. Oubliez les chevaux, vivez debout, comme un homme, mieux comme un ours, et d'ailleurs connaissez-vous la mascotte Flunchy ? "

 

A la suite de quoi il nota sur un post-it les horaires de son foutu séminaire ainsi que le numéro de téléphone du DRH du Flunch d'Issy-les-Moulineaux.

Je me levais et protestais, était-ce donc tout ce qu'on pouvait faire pour moi ?

Certes non, dit-il, seriez-vous intéressé par faire de la télévision ? Je connais du monde, vous savez, je parlerai de vous à Alexia Laroche-Joubert, vous voyez qui c'est ?

 

En sortant de l'ANPE après avoir répondu "Non" à sa question ainsi qu'à l'affirmation qui s'en suivit "Vous portez l'élégance sur vous. Je suis sûr que vous êtes le genre d'homme qui refilerait un tuyau à Nikos Aliagas, pas vrai ? ", je me suis dit que c'était pas gagné pour trouver vite de quoi croûter, et je pensais à consulter les petites annonces, et accepter n'importe quoi. Je pris un café à deux euros dans un PMU pour prendre connaissance de mes résultats hippiques de la journée, j'avais gagné une mise, soit un euro 50 car je n'avais plus les moyens de jouer davantage que la mise de base. J'ai encaissé et me suis barré sans payer, après avoir pris soin de recracher mon café dans la tasse, afin de me justifier, au cas où le barman me courserait dans la rue.

 

En bas de chez moi, je recevais un appel de l'assistante de Flavie Flament. On me proposait pendant vingt-quatre heures d'entrer dans le jury de la Star Academy car le chanteur Michael Jones, suite à une discussion avec la directrice Joubert, avait émis le souhait, pendant une journée, de "vivre ma vie de fritophobe".

 

dimanche 08 octobre 2006, a 01:39
LE MYTHOMANE ET LE CHLORE
 

Les turfistes ne s'avouent jamais vaincus, même après avoir avalé leurs tickets dans une salade de mâchefer.

Ces beaux diables pipeautent, voilà aussi pourquoi ce jeu est si fascinant, tandis qu'avoir des secrets sera bientôt un délit.

Les turfistes portent des dents arrachées en collier.

L'exercice auquel je me suis prêté cette semaine dévoile malheureusement la vérité. Mon bilan chiffré l'atteste, je suis bénéficiaire aux courses et ne peux plus m'en cacher. Moi qui depuis une semaine vous bassine avec la dépouille inhérente au jeu, vous l'avez constaté, je suis plein aux as.

Effectivement, je joue mes propres pronostics depuis un certain temps avec une mise élevée, en pratique je joue en mise 100 sur Ump (pour alimenter la filière hippique) et 50 sur Satan (pour m'alimenter), ce qui fait que cette semaine j'ai gagné 16X100 et 30X50 : 3.100 euros. Là où le turfiste du dimanche joue chaque jour 1 euro 50 (pour lui, ceci posé, c'est tous les jours dimanche), moi, j'y vais par billets de mille anciens francs.

Comment en suis-je arrivé à jouer des sommes aussi élevées, moi qui ne suis pas fils de roturier ? En patientant. Charles Bukowsi estimait que quand il gagnait 18% de ses mises, la journée était fructueuse. J'ai procédé en suivant les conseils de Buk', mois par mois, 100X18% : 118, 118X18% : 139, 139X18% : 164, ad lib, au bout d'un an vous en êtes à 728. De deux, à 5310. De deux et demi, à 14.337. Et là, vous pouvez vraiment commencer à jouer, et profiter des prochains 18%, soit 2.600 euros mensuels. Mais pendant deux ans et demi, ceinture.

Je ne joue pratiquement que des chevaux dont le rapport se situe entre 2 et 5. Ce n'est pas du tout cuit, mais l'écart n'est jamais très important. Et je reste raisonnable, jamais je ne jouerai plus de 12.000 euros sur un cheval.

Enfin bref, avec tout ce pognon amassé cette semaine (où j'ai gagné ce que je fais d'ordinaire en un mois), j'ai décidé de m'octroyer quelques jours de repos loin des paris en ligne pour me déstresser, garder l'influx, changer d'air. Les mythomanes vous disent avec un sourire bênet (j'en ai vu certains, édentés, porter en bouche une authentique banane, pour donner le change) en indiquant leur hâlage qu'ils viennent de rentrer d'une semaine de vacances au Maroc. En fait, ils ont claqué leur RMI dans des salons UV, dormant dans des hôtels de passe pour embobiner leur famille.

Les joueurs authentiquement gagnants quant à eux ne partent jamais très loin et ne s'en cachent pas. Moi, pour parler de quelqu'un que je connais parfois, j'ai décidé de m'octroyer quelques jours de repos à Garbouzigues, en Loire-Atlantique. En rentrant, je sentirai le chlore, car je choisis toujours une villa avec piscine. Loin du turf, quelque temps, parfois juste deux-trois heures c'est bon, vous avez dû le constater.

Hélàs, je ne pars pas en sifflotant "Liberté", je sais combien ma cure est nécessaire pour me maintenir en vie, mais chaque fois que je pars, c'est pareil. Je me retrouve dans des villages sans borne internet et je suis contraint de parier dans des PMU. Il me faut alors chaque jour changer de lieu pour ne pas être dangereusement pisté par les ploucs du cru, si le lundi vous vous pointez avec vos biftons de 10 euros en liasse de 500, les autochtones vous repèrent. Le lendemain, quand vous revenez chercher vos biftons de 500 euros en liasse de 50, vous voyez à leur regard torve que le mercredi, ils vous attendront avec des crans d'arrêt pour vous faire la peau. Ou bien, l'inverse se produit, ils vous font fête en jappant, tout en espérant que vous distribuerez un peu de votre pactole, vous vous pointez au comptoir du pmu avec l'intention de vous siroter une binouze-détente, et le maire se précipite vers vous pour vous faire la bise.

Croyez-moi, chers lecteurs, vous faites bien de rester pauvres à espérer faire +600% en un mois, le mouron demeure minime.

La vie de gagnant est une vie d'errance, c'en est lassant. Et samedi, quand je regagnerai mon appartement et que les trois japonaises à qui j'ai offert le gîte se détourneront de moi à cause de mon odeur de chlore, j'en viendrai à regretter de n'être pas, comme la plupart des turfistes, un mythomane.

 

jeudi 05 octobre 2006, a 20:22
POURQUOI LES TURFISTES PLAISENT AUTANT AUX FEMMES
 

   Ce n'est un secret pour personne. Sapez-vous d'un imper miteux, videz des cendriers dans vos poches, commandez toujours la pression la moins chère possible, arrachez-vous quelques dents et les femmes vous courront systématiquement après. Le turfiste attire les femmes, c'est un fait.

Oh, certes, il est peu probable qu'elles s'entichent de vous à vie, mais une aventure oui, elles sont prêtes (bon, pas toutes non plus, soyons froids face aux données de l'existence comme au moment de miser gros sur un coup sûr placé).

Le turfiste est un accident dans la vie monotone des femmes (Madame Bovary aurait eu probablement un autre destin si elle avait lu Bilto), le turfiste incarne tout ce que les femmes ne désirent pas, c'est pourquoi elles le désirent plus que tout, pourquoi ? Parce qu'il est, il ne cherche pas à avoir. Tandis que les autres cherchent à accumuler de quoi tuner leurs bagnoles, à investir dans des baraques ou à se payer de supers bons gueuletons, le turfiste crame tout, il n'a rien, il est, point barre à la ligne.

Pouvez-vous décrire un joueur de loto, un aficionado du tac O tac ?

Impossible, ces types n'ont pas de forme.

Tandis que le turfiste a la gueule déformée à mort par l'accumulation de pertes sèches.

Le turfiste qui parfois porte chapeau (casquette, capette ou béret, toujours un couvre-chef en tout cas pour montrer qu'il en est un, chef, et d'abord de lui-même) sort du lot, avec ses sillons dessinés à l'excavatrice pleine face, quand le joueur de Tac O Tac a le poil de minet, et d'ailleurs bien souvent, ce con se rase la poitrine. Quand tous n'aspirent qu'à se fondre dans la masse, le turfiste n'a pas peur de jouer non à masse fixe, mais en montante. Le turfiste est ascensionnel, ainsi, plus belle sera la chute.

Il est le dernier romantique, du jambon il ne mange que le gras, préférant jouer sa chair.

 

Ma théorie ne surprendra que le puceau qui ne connaît rien à la psyché d'Eve. Aussi vais-je l'étayer à belles preuves, issues du circuit marchand. Le cinéaste Lars Von Trier avait initié il y a quelques années une série de films pornographiques et plutôt intellectuels ainsi qu'élégants (enfin, il paraît, je n'en connais que les résumés) à destination des femmes, réalisés, écrits par des femmes et conçus pour en exciter d'autres. Les pitches que je vais livrer ne laissent aucune ambiguïté quant au postulat que je viens d'énoncer, l'attraction que le milieu du turf exerce sur le sexe faible est maximale, qu'on en juge aux dos de jaquettes suivantes : dans « Le patron du bar pmu n'a pas de culotte », une superbe énarque suédoise décide d'ouvrir un lieu de rencontres ouvert à tous mais principalement aux hommes ; dans « La doctoresse a de gros tickets de quinté + », une séduisante trentenaire, interne à l'hôpital Cochin, abandonne la médecine après avoir rencontré un plasticien-poète-turfiste avec lequel elle s'enfuit pour aller vivre dans un gîte au pied du Mont Canigou. Dans leur home sweet home de fortune, les amants découpent à la tombée du jour des feuilles de vigne que la jeune femme assemble soigneusement pour former des tickets de quinté géant. Dans « Trois biyatches au Mont-Saint-Miche », des jeunes filles aux espoirs plein la tête, quittent le neuf-trois et le hip-hop pour accomplir leur rêve commun, rencontrer leurs drivers préférés sur l'hippodrome du Mont-Saint-Chelmi. Dans « Les échangistes », monument d'érotisme, film sensuel sans aucun contact physique, deux couples se bandent les yeux et échangent leurs tickets de 2 sur 4 Spot.

Ce petit détour par l'ombrageux univers de la pornographie féminine (inconnu de la plupart de mes lecteurs qui sont souvent des hommes, puisque des turfistes), s'il donne confiance au turfiste quant à son potentiel de séduction, révèle aussi pourquoi la haine dirigée vers le milieu des courses est si tenace. Le monde est odieusement dirigé par des hommes non-turfistes qui font croire que ce qui importe, sont pêle-mêle l'argent, la bonne santé, la religion, la beauté, la philosophie, la culture, l'intelligence, ce qui n'est qu'un moyen pour eux de laisser prospérer leur ordre.

La vraie vie est ailleurs, sur les champs de courses, ces champs d'honneur. Les femmes auraient pu opérer un basculement en faveur de ces hommes d'exception, les turfistes. Hélàs, elles ont décidé de prendre elles-mêmes les rênes du pouvoir, à elles les toasts au hibou et les choco-party chez l'ambassadeure. Qu'importe, le turfiste se dressera toujours contre le pouvoir et continuera à mener sa vie d'olibrius moqué, décati dans un monde moderne modernant, et continuera de s'entendre traiter sans moufter d' « éculé » par des morts qui ont pris la forme de pignolos-bon-goût pour faire croire qu'ils étaient en vie.

 

Le turfiste, par sa seule existence, menace l'ordre établi (ou le désordre établi), il peut se pointer n'importe où, au bal de la Reine ou dans un colloque « Ruralité et vivre-ensemble », on ne peut pas l'impressionner, jamais. Lâchez-le n'importe où, la seule chose qui le préoccupera, savoir s'il y a un Tabac-PMU ouvert dans le quartier.

Sa monomanie épate l'individu contemporain, esclave de la nouveauté. Elle épate davantage encore et par là-même la femme, toujours amoureuse de ce qui se fanera demain (comme les fleurs, mon amour), qui voit là quelque chose qu'elle ne peut saisir, et qu'elle désire donc connaître. Le turfiste n'en a cure des fleurs (Mon amour, dans la huitième, deferré des 4), il est rivé à son obsession.

Aimer un turfiste est une tâche néanmoins surhumaine, jusque pour ces diablesses de femmes, qui préféreront toujours, parce que nature fait nécessité, faire des gosses à un expert-comptable ou à un artiste rebelle-subventionné. La vie sentimentale du turfiste ressemble souvent à un champ de ruines ; son coeur de parieur à l'hippo d'Evry en miettes.

A moins qu'il n'ait la chance de tomber sur une charmante désirant se marier à Epsom puis convoyer chaque année en noces au moment du Derby. C'est du 1.000/1. Mais dans tous les cas, il continuera (parfois) à faire chavirer le palpitant de la petite du cinquième, vous savez, celle qui court l'existence sans oeillères.

 

mardi 03 octobre 2006, a 18:37
MACCHABEE-BROCHETTES A L'HOSPICE BELINGUE
 

 Autour de 18 heures, mézigue, lou détective Hypo, m'apprêtais à me servir un nouvel antépénultième verre de Jack Daniel's quand mon Alcatel se mit à danser la gigue dans le poche de mon futal. J'appuyais sur le téléphone vert de mon cello pour mettre tristement fin à cette caresse ultramoderne, c'était une infirmière à fort accent normand, Lara Clayette, qu'avait eu mon numéro quasi par hasard. La donzelle m'signalait qu' « i s'passait d'ces choses louches à l'Hospice Belingue. C'est point diou joli-joli, m'sieu Hypo. Les macchabées, on sait pu quoi qu'en faire. » J'venais de foutre des ronds sur MIRAGE DU GOUTIER demain à Laval et j'me voyais pas faire le planton devant Equidia pour suivre les bourrins que j'avais allumé dans la nocturne. Un peu d'existence me ferait le plus grand bien, et de jugeote aussi, me suis-je dit, lassé de ne faire le papier que dans Tiercé-Magazine.

Ni une ni deux, j'enfournais mon verre de whiskos dans la poche de mon imper ainsi que mon Tiercé-Mag, par réflexe, et démarrais ma Taunus pour me rendre sur la « crime scene ».

La Clayette, bas blancs, blouse fermée, joli bout de femme, m'ouvrit la porte automatique de la maison de retraite ; je m'asseyais dans un fauteuil roulant de la maison d'arthrite et l'écoutais me faire la récap' des sales histoires qu'étaient arrivées à la tribu des cheveux mauves.

Depuis début septembre, quinze papis avaient clamsé et pis trois mémés. De mort naturelle, apparemment, mais les chiffres étaient foutrement impressionnants. D'habitude, me souffla la dondon, en septembre on fait du 1, 2, ... 3 cadav' maxi. Ok, merci pour le topo, loulou... dis-moi poupée, indices ? Empoisonnement ? Automne ? Ca commençait à me courir sur le haricot, cette histoire, pensai-je tandis que j'imaginais une rasade de Jack Da, mais mon verre s'était renversé dans ma poche, et la fille a fait de ces mines quand elle me vit tordre au-dessus de ma tête mon T-Mag trempé, tant d'efforts grotesques pour recueillir de précieuses gouttes de malt noyées dans l'encre de la feuille de chou. Au bout du compte, j'avais dû boire trois centilitres de whisky et la gueule entière de leur pronostiqueur-star Omar Sharif.

Pourquoi faire appel à Fred Mc Hypo et non à la police, lui demandais-je. Pardon ? Pourquoi qu't'as-t-y point fait appel à la poulaille, répétais-je dans son idiome natal. Pour la réputation de l'établissement, enfin !

Héhé, mais ouais, pas sot, ha ha, c'est bête comme chou, hi hi. Je riais comme un cave à la Bern.

Bon, vous la commencez votre enquête, m'sieu Hypo ?

Pas de doute. La chipie allait se mettre en pétard si j'démarrais pas illico le labeur. On discuta honoraires et nous convenâmes d'une formule de trio onze chevaux, ce qui m'allait, fallait juste que je sente la course à handicap bien degueu pour tenter le trio et ça pourrait faire la culbute. Des témoins, me dis-je, des témoins. J'entrais dans la chambre de Lucien O'Marney, ancien compagnon de box d'un pensionnaire disparu. « Salut ! J'me présente, Fred Mc Hypo, c'est mon blase, dites vieux, vous n'auriez pas remarqué quelque chose d'anormal ces derniers temps ? »

Le vieux se renfrogna et hurla, réveillant tout l'établissement (il était 19h30) : « Comment ça, si j'ai rien remarqué d'anormal ?! Bien sûr, il a disparu ! Il a disparu ! » Oui, ça j'sais bien, qu'votre camarade de chambrette, il est over, c'est pour ça qu'il est dans la place, bibi Hypo.

« Non, poursuivit-il, le tiercé, le tiercé, il a disparu ! On s'emmerde ! On s'emmerde ! ». J'eus comme un flash, mais pas de whisky hélàs... le tiercé avait été déprogrammé début septembre, passant de Canal + à une chaîne du câble crypto-kantienne. Quand vous n'aviez pas la chance de recevoir Equidia, vous étiez grosjean comme devant. Les retraités avaient souvent pour seule occupation l'étude du journal et la perspective de regarder la course, en attendant celle du lendemain, et ainsi de suite, fin de vie amusante et tranquille (ils perdaient souvent car ils devaient suivre les avis d'infâmes pronostiqueurs de la presse locale, et jouaient un euro ou deux par jour, ça leur suffisait, ils ne rêvaient pas à 80 ans de baraque sur la côte, mais juste voulaient passer le temps agréablement et casser leur pipe à la pepère cool).

Je retournai voir Miss Clayette et lui lâchais le fin mot de l'affaire, c'était l'absence de retransmission télé de l'évenement qui faisait qu'il n'y avait plus d'évenements dans la vie des pensionnaires, qui en conséquence décannaient d'ennui.

Qu'est-ce qu'on peut faire ? Qu'est-ce que VOUS pouvez faire ? sussura t-elle d'une voix soudain douce, tandis qu'elle m'entraînait dans une chambre vide, me poussant dans les draps encore chauds du mort du matin. Pour commencer, je lui fis l'amour dans les pyjamas et les plat-bassins, puis la promesse de lui refiler les bénéfs de mon trio en 11 pour procéder à l'installation onéreuse du Canal Satellite Machin Sport Bleu, ce, afin d'endiguer la saignée.

 

Je filais à Vincennes, dans ma Taunus, j'alpaguais un guichetier et jouais un trio de onze bourrins, les plus abandonnés possibles, persuadés de ma bonne étoile. Hélàs, un favori vint porter la discorde entre deux crêpes. Je me suis barré penaud de l'hippo, un peu triste pour toutes ces personnes en troisième âge. Je me sentais comme une dette. Alors, j'ai appelé un pote, mon partenaire privilégié, celui à qui je dois pourtant déjà un max, Cofidis. J'empruntais un pactole que je jouais dans la foulée mercredi sur KITO DU VIVIER et Mirage du Goutier, me couvrant aussi sur OISEAU DE FEUX, il en resterait toujours un peu au bout. Au moins, j'aurais tenté quelque chose, me suis-je chanté à moitié raide-def', tout en pressant au-dessus de ma bouche grande ouverte, la feuille de Tiercé-Magazine encore un peu humide.

Présentation
Nouveauté, "J'ai vu défiler..." accueille pour la saison 4 un nouveau chroniqueur, l'épatant SAM SPADE DU RIB, alors soyez gentils d'arborer une tenue décente en lisant ses papiers.

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commentaire(s)
Q n'est pas du poulet (par SAM SPADE DU RIB) coquelicot (18/11/2009 00:22)

petit q gros Q ils ...

Q n'est pas du poulet (par SAM SPADE DU RIB) Ranger94 (17/11/2009 19:47)

J'apprécie beau...

LA GRANDE BOUFFE (par sam spade du rib) hypo (17/11/2009 00:33)

Oui Ranger, ce furen...

LA GRANDE BOUFFE (par sam spade du rib) Ranger94 (15/11/2009 10:22)

Salutation au maitre...

LA GRANDE BOUFFE (par sam spade du rib) coquelicot (14/11/2009 08:22)

Totem de lyrisme ......

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